Mon calendrier de l’amour

Emma Berthet · Chapitre 28 sur 76

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Mon calendrier de l’amour

Chapitre 23

 

J – 20

 

Ce matin, je fais tout dans le désordre. La nuit a été courte, je n’ai pas

cessé de me torturer l’esprit au sujet de ma vie amoureuse. Il y a moins

d’une semaine, c’était le néant le plus total. J’honorais des rencards foireux

pour faire plaisir à ma mère avec des Peter « le boss » et compagnie.

Maintenant, trois hommes m’occupent l’esprit en permanence et viennent

perturber mon sommeil. J’ai passé chaque heure à me demander si j’avais

bien fait de refuser la proposition de Hayden, ou alors si je devais me jeter

au cou de mon meilleur ami pour tenter une histoire au risque de tout

gâcher.

Et puis il y a Christmas. Je ne sais pas qui il est, et lever le voile sur son

identité me fait peur. Cet homme sait comment me séduire, il me connaît,

de près comme de loin. Il devine quelle carte il doit jouer pour me

convaincre de poursuivre l’aventure, et pourtant je n’ai pas le sentiment que

tout est calculé. Je sens la sincérité cachée derrière ses mots.

C’est pour lui que j’ai décidé de bousculer ma routine matinale. À peine

ai-je posé le pied par terre que j’enfile une paire de chaussettes hautes pour

couvrir mes jambes nues avant de mettre des chaussons et de me ruer sur le

palier. Je descends les marches jusqu’au hall de l’immeuble à la hâte et me

rue sur ma boîte aux lettres. Secrètement, j’espère la trouver vide, cela voudrait dire que j’ai une chance d’apercevoir mon admirateur lorsqu’il

prendra le rôle du facteur.

Sauf qu’elle est là.

Je récupère l’enveloppe où mon nom est inscrit et referme la petite porte

métallique sans plus y prêter attention. Les yeux rivés sur le rectangle lisse

comme si je pouvais voir à travers, je reste figée au milieu du passage. Je ne

l’ouvre pas tout de suite, savourant ce petit moment d’excitation. C’est un

rire amusé qui me tire de mes pensées pour me ramener à la réalité.

— Bonjour, mademoiselle Alyson. C’est une bien drôle de tenue pour

aller travailler, lance le vieux Dan, moqueur.

Dans la précipitation, je n’ai même pas pensé au fait que mes voisins

pourraient me croiser en pyjama. Mon short et mon T-shirt ne cachent pas

grand-chose de mon corps, assortis à mes chaussettes, et mon chignon ne

parvient plus à retenir ma tignasse blonde. Je dois faire l’effet d’une folle

débraillée. D’une main, je tente de redonner un peu de sens à ma coiffure

sous le regard amusé de Dan.

— Excusez-moi, dis-je, gênée. Je suis un peu tombée du lit ce matin et

je n’ai pas encore avalé ma dose de café.

— Vous êtes pardonnée, mais si vous voulez un conseil remontez vite

chez vous avant que le godelureau du septième ne vous aperçoive.

— Le fils Tanner ?

— Affirmatif, déclare Dan tout en hochant la tête. Ses hormones le

titillent déjà suffisamment, si vous voulez mon avis.

J’étouffe un rire avant de lui souhaiter une bonne journée. Josh Tanner a

tout juste quatorze ans, et je le trouve adorable. C’est vrai qu’il lui arrive de

forcer légèrement sur la drague peu subtile, mais après tout il fait ses

premières expériences. Toutefois, je suis les recommandations de Dan et

retourne à mon appartement, rien ne sert de donner des idées à un

adolescent sous testostérone.

Une fois seule et de retour dans ma chambre, je prends le temps de

décacheter l’enveloppe et d’en extraire la feuille noircie. Je découvre les

dernières pensées de Christmas et tous les sentiments qu’il ne parvient plus

à garder pour lui. Il se met à nu de l’une des manières les plus romantiques.

Sans que je puisse le contrôler, mes yeux s’emplissent de larmes, qui

finissent par dévaler mes joues.

Je ressens tout ce qu’il ressent, mon cœur balance autant que le sien. Je

ne suis pas capable de dire que je l’aime, ni que je suis en passe de tomber

amoureuse de lui, pourtant, les émotions de cet homme font écho aux

miennes. J’aime qu’il soit capable de me faire vivre tout ça, qu’il m’offre

mon film de Noël en direct.

Je souris en lisant sa petite note en rapport avec sa lettre d’hier. J’attrape

les photos posées sur ma table de chevet et me concentre sur celle de Keira

Knightley et Andrew Lincoln. Le baiser qu’offre Juliet à Mark est magique.

Puis je pense au message qui peut se cacher derrière cette photo. Ce couple

a-t-il été choisi au hasard ? Est-ce une leçon sur la frontière entre l’amour et

l’amitié ? Je reste interdite sans parvenir à trouver des réponses. Les deux

autres images sont banales et ne retiennent pas mon attention outre mesure.

Je ne sais pas combien de temps je reste assise en tailleur sur mon lit à

fixer la dernière lettre et la photo qui accompagnait la précédente,

néanmoins, je finis par me relever. L’heure tourne et je ne peux pas me

permettre d’être en retard deux jours de suite.

Durant tout le temps où je me prépare pour cette journée, je n’ai de

cesse de penser à Christmas et à ce jeu auquel nous jouons. Ça fait presque

une semaine et je n’ai rien dit à personne. En réalité, je n’en ai pas ressenti

le besoin jusqu’à aujourd’hui, et puis il existe un risque que mon meilleur

ami soit impliqué dans cette histoire. Sauf que j’ai besoin d’éclairage,

naviguer à vue est en train de me faire perdre la tête et peut-être que je

passe à côté d’une belle histoire également.

J’ai toujours été discrète sur ma vie amoureuse, je ne suis pas du genre à

m’épancher, ni à demander conseil. Pour moi, le couple relève de l’intime et

ne concerne que deux personnes, je ne parle pas avec mes amis de ce qui se

passe une fois la porte fermée. Pourtant, aujourd’hui, j’en ai besoin, sans

doute parce que je ne peux pas parler avec qui que ce soit. L’autre partie de

ce pseudo-couple est un fantôme.

J’attrape mon portable et le déverrouille pour envoyer un message à

Elsa avant de me dégonfler. Je lui propose de me retrouver pour déjeuner à

notre restaurant japonais préféré. Mon amie a vécu plus d’histoires d’amour

cette année que moi en dix ans. À bien y réfléchir, elle n’est peut-être pas la

mieux placée pour m’aider. Néanmoins, Elsa a un don pour percer les gens

à jour et deviner leurs intentions dès l’instant qu’elle est extérieure à la

relation.

Sa réponse ne se fait pas attendre. Je suis surprise de la savoir déjà

debout un samedi matin, ou alors peut-être qu’elle n’est pas encore

couchée. Qui sait où elle est allée faire la fête hier soir ?

 

OK, message reçu, mon flocon de neige. Rendez-vous à 13 heures !

 

Qu’est-ce que je disais ? Elle a un don.

 

Et prévois une vraie et trèèèès longue pause.

 

Je souris avant de ranger mon portable dans mon sac à main et

m’équiper pour affronter le froid de Boston en hiver.

 

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