Mon calendrier de l’amour
Chapitre 23
J – 20
Ce matin, je fais tout dans le désordre. La nuit a été courte, je n’ai pas
cessé de me torturer l’esprit au sujet de ma vie amoureuse. Il y a moins
d’une semaine, c’était le néant le plus total. J’honorais des rencards foireux
pour faire plaisir à ma mère avec des Peter « le boss » et compagnie.
Maintenant, trois hommes m’occupent l’esprit en permanence et viennent
perturber mon sommeil. J’ai passé chaque heure à me demander si j’avais
bien fait de refuser la proposition de Hayden, ou alors si je devais me jeter
au cou de mon meilleur ami pour tenter une histoire au risque de tout
gâcher.
Et puis il y a Christmas. Je ne sais pas qui il est, et lever le voile sur son
identité me fait peur. Cet homme sait comment me séduire, il me connaît,
de près comme de loin. Il devine quelle carte il doit jouer pour me
convaincre de poursuivre l’aventure, et pourtant je n’ai pas le sentiment que
tout est calculé. Je sens la sincérité cachée derrière ses mots.
C’est pour lui que j’ai décidé de bousculer ma routine matinale. À peine
ai-je posé le pied par terre que j’enfile une paire de chaussettes hautes pour
couvrir mes jambes nues avant de mettre des chaussons et de me ruer sur le
palier. Je descends les marches jusqu’au hall de l’immeuble à la hâte et me
rue sur ma boîte aux lettres. Secrètement, j’espère la trouver vide, cela voudrait dire que j’ai une chance d’apercevoir mon admirateur lorsqu’il
prendra le rôle du facteur.
Sauf qu’elle est là.
Je récupère l’enveloppe où mon nom est inscrit et referme la petite porte
métallique sans plus y prêter attention. Les yeux rivés sur le rectangle lisse
comme si je pouvais voir à travers, je reste figée au milieu du passage. Je ne
l’ouvre pas tout de suite, savourant ce petit moment d’excitation. C’est un
rire amusé qui me tire de mes pensées pour me ramener à la réalité.
— Bonjour, mademoiselle Alyson. C’est une bien drôle de tenue pour
aller travailler, lance le vieux Dan, moqueur.
Dans la précipitation, je n’ai même pas pensé au fait que mes voisins
pourraient me croiser en pyjama. Mon short et mon T-shirt ne cachent pas
grand-chose de mon corps, assortis à mes chaussettes, et mon chignon ne
parvient plus à retenir ma tignasse blonde. Je dois faire l’effet d’une folle
débraillée. D’une main, je tente de redonner un peu de sens à ma coiffure
sous le regard amusé de Dan.
— Excusez-moi, dis-je, gênée. Je suis un peu tombée du lit ce matin et
je n’ai pas encore avalé ma dose de café.
— Vous êtes pardonnée, mais si vous voulez un conseil remontez vite
chez vous avant que le godelureau du septième ne vous aperçoive.
— Le fils Tanner ?
— Affirmatif, déclare Dan tout en hochant la tête. Ses hormones le
titillent déjà suffisamment, si vous voulez mon avis.
J’étouffe un rire avant de lui souhaiter une bonne journée. Josh Tanner a
tout juste quatorze ans, et je le trouve adorable. C’est vrai qu’il lui arrive de
forcer légèrement sur la drague peu subtile, mais après tout il fait ses
premières expériences. Toutefois, je suis les recommandations de Dan et
retourne à mon appartement, rien ne sert de donner des idées à un
adolescent sous testostérone.
Une fois seule et de retour dans ma chambre, je prends le temps de
décacheter l’enveloppe et d’en extraire la feuille noircie. Je découvre les
dernières pensées de Christmas et tous les sentiments qu’il ne parvient plus
à garder pour lui. Il se met à nu de l’une des manières les plus romantiques.
Sans que je puisse le contrôler, mes yeux s’emplissent de larmes, qui
finissent par dévaler mes joues.
Je ressens tout ce qu’il ressent, mon cœur balance autant que le sien. Je
ne suis pas capable de dire que je l’aime, ni que je suis en passe de tomber
amoureuse de lui, pourtant, les émotions de cet homme font écho aux
miennes. J’aime qu’il soit capable de me faire vivre tout ça, qu’il m’offre
mon film de Noël en direct.
Je souris en lisant sa petite note en rapport avec sa lettre d’hier. J’attrape
les photos posées sur ma table de chevet et me concentre sur celle de Keira
Knightley et Andrew Lincoln. Le baiser qu’offre Juliet à Mark est magique.
Puis je pense au message qui peut se cacher derrière cette photo. Ce couple
a-t-il été choisi au hasard ? Est-ce une leçon sur la frontière entre l’amour et
l’amitié ? Je reste interdite sans parvenir à trouver des réponses. Les deux
autres images sont banales et ne retiennent pas mon attention outre mesure.
Je ne sais pas combien de temps je reste assise en tailleur sur mon lit à
fixer la dernière lettre et la photo qui accompagnait la précédente,
néanmoins, je finis par me relever. L’heure tourne et je ne peux pas me
permettre d’être en retard deux jours de suite.
Durant tout le temps où je me prépare pour cette journée, je n’ai de
cesse de penser à Christmas et à ce jeu auquel nous jouons. Ça fait presque
une semaine et je n’ai rien dit à personne. En réalité, je n’en ai pas ressenti
le besoin jusqu’à aujourd’hui, et puis il existe un risque que mon meilleur
ami soit impliqué dans cette histoire. Sauf que j’ai besoin d’éclairage,
naviguer à vue est en train de me faire perdre la tête et peut-être que je
passe à côté d’une belle histoire également.
J’ai toujours été discrète sur ma vie amoureuse, je ne suis pas du genre à
m’épancher, ni à demander conseil. Pour moi, le couple relève de l’intime et
ne concerne que deux personnes, je ne parle pas avec mes amis de ce qui se
passe une fois la porte fermée. Pourtant, aujourd’hui, j’en ai besoin, sans
doute parce que je ne peux pas parler avec qui que ce soit. L’autre partie de
ce pseudo-couple est un fantôme.
J’attrape mon portable et le déverrouille pour envoyer un message à
Elsa avant de me dégonfler. Je lui propose de me retrouver pour déjeuner à
notre restaurant japonais préféré. Mon amie a vécu plus d’histoires d’amour
cette année que moi en dix ans. À bien y réfléchir, elle n’est peut-être pas la
mieux placée pour m’aider. Néanmoins, Elsa a un don pour percer les gens
à jour et deviner leurs intentions dès l’instant qu’elle est extérieure à la
relation.
Sa réponse ne se fait pas attendre. Je suis surprise de la savoir déjà
debout un samedi matin, ou alors peut-être qu’elle n’est pas encore
couchée. Qui sait où elle est allée faire la fête hier soir ?
OK, message reçu, mon flocon de neige. Rendez-vous à 13 heures !
Qu’est-ce que je disais ? Elle a un don.
Et prévois une vraie et trèèèès longue pause.
Je souris avant de ranger mon portable dans mon sac à main et
m’équiper pour affronter le froid de Boston en hiver.
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