Oeuvres complètes, tome 1 (Littérature étrangère) (French Edition)
I - Genèse. Une Vieille Idée Reprise à Grand-Peine
I
GENÈSE. UNE VIEILLE IDÉE REPRISE À
GRAND-PEINE
Lorsque, par un matin de fin d'automne, le nouveau pharaon, Chéops, qui n'était monté que depuis quelques mois sur le trône, laissa entendre qu'il renoncerait peut-être à se faire édifier une pyramide, ceux qui l'écoutaient, l'astrologue du palais, certains ministres parmi les plus proches, le vieux conseiller Ouserkaf et le grand prêtre Hemiounou, qui faisait en même temps office d'architecte en chef d'Égypte, se rembrunirent comme s'ils avaient entendu annoncer une catastrophe.
Ils restèrent un moment à scruter attentivement le visage du souverain dans l'espoir d'y déceler une trace d'humour, puis, comme ils devaient l'un après l'autre le raconter par la suite, ils tâchèrent de se redonner courage en se rappelant le peut-être que le pharaon avait proféré entre ses dents. Mais les traits de Chéops demeuraient impénétrables et leur espoir que ce ne fussent là que des mots lâchés à la légère, de ceux que les jeunes monarques se plaisent à lancer en prenant leur collation, s'amenuisa de plus en plus. Quelques semaines auparavant, n'avait-il pasfait fermer deux des plus anciens temples d'Égypte pour ordonner, aussitôt après, de libeller le décret interdisant désormais aux Égyptiens la pratique des sacrifices ?
Chéops aussi sondait leurs visages. Une lueur ironique dans son regard semblait leur dire : Cela vous afflige à ce point ? Comme s'il ne s'agissait pas de ma pyramide à moi, mais de la vôtre ! Ô Rê, regarde leurs faciès déjà altérés par la servilité ! Qu'en sera-t-il plus tard quand j'aurai pris de l'âge et serai devenu plus inflexible ?
Sans mot dire, sans même leur concéder un regard, il se leva et s'en fut.
Sitôt seuls, ils tournèrent leurs visages angoissés les uns vers les autres. Qu'est-ce qui nous arrive ? murmuraient-ils. Quel est ce malheur ? Un des ministres, pris de malaise, dut s'appuyer au mur de la terrasse. Le grand prêtre avait les larmes aux yeux.
Au-dehors, les spirales de sable soulevées par le vent se trémoussaient. Ils contemplèrent d'un air éperdu ces colonnes tourbillonnantes à la conquête du ciel. Ils se tenaient cois, seuls leurs yeux paraissaient dire : Par quel escalier vas-tu monter là-haut, ô notre souverain ? quand viendra le jour, comment grimperas-tu jusqu'au firmament pour te muer à ton tour en étoile, à l'instar de tous les autres pharaons ? comment nous illumineras-tu ?
Ils échangèrent quelques propos à voix basse, puis se séparèrent. Deux d'entre eux allèrent solliciter une entrevue avec Khentkaous, mère du souverain ; un autre s'en fut s'enivrer ; les plus avisés descendirent dans les caves où étaient conservées les anciennes archives afin d'y trouver le vieux scribe borgne Ipoour.
Durant tout l'automne, on ne reparla plus de la pyramide, pas même lors de la réception des ambassadeurs où Chéops, grisé par la boisson, laissa échapper des chosesqu'il ne sied pas à un monarque d'évoquer en présence d'étrangers.
Les autres, à qui il avait déjà confié son projet, entretenaient l'espoir qu'il ne s'agissait là que d'une plaisanterie, et pensaient même parfois qu'il valait sans doute mieux ne plus y faire allusion, comme si l'idée, à force de n'être plus remuée, s'ensevelirait d'elle-même. Mais l'hypothèse contraire était si terrifiante que, jour et nuit, ils ne songeaient plus qu'à la manière dont ils devraient se préparer à y faire face.
Certains plaçaient encore leurs espoirs en la reine mère, dont ne leur était pourtant parvenu aucun signe encourageant, cependant que la plupart poursuivaient leurs recherches parmi les archives.
Plus ils s'y plongeaient, plus leur quête leur paraissait ardue. Bon nombre de papyrus avait été perdus, d'autres étaient détériorés, et même les dossiers existants contenaient des passages effacés ou découpés, souvent avec en marge la mention par ordre d'en haut, voire sans aucune annotation.
Néanmoins, même tronqués, les papyrus leur dispensèrent toutes sortes de renseignements sur l'objet de leurs recherches. On y trouvait presque tout à propos des pyramides : les sépultures originelles, les mastabas, qui avaient été leur préfiguration, l'histoire de la première d'entre elles, de la deuxième, de la cinquième, leurs modifications successives, l'élargissement de leur base, l'augmentation de leur hauteur, la formule secrète de l'embaumement, les premières tentatives de pillage, les plans destinés à empêcher ces profanations, divers témoignages sur le transport des pierres, des blocs de granit obstruant les accès, les décrets élevant les maîtres d'œuvre à telle ou telle dignité, des vestiges de comptes, des sentences de mort, des ébauches incompréhensibles ou bien tracées à dessein pour ne pas être élucidées, etc.
Tout cela était plus ou moins clair, mais l'objet de leurs recherches opiniâtres s'entêtait à leur échapper parmi le fouillis des papyrus, apparaissant çà et là pour se redissimuler aussitôt comme un scorpion qui se carapate. Ils traquaient l'idée qui avait présidé à la conception de la pyramide, la raison secrète de son existence, mais celle-ci ne cessait de leur échapper. Elle se cachait principalement dans les fragments effacés des papyrus et, si elle refaisait parfois surface, ce n'était que l'espace d'un éclair.
N'ayant jamais été contraints de fournir un pareil effort intellectuel, ils en avaient mal à la tête. Pourtant, bien que l'objet de leur quête se dérobât constamment à eux, ils finirent peu à peu par le cerner. Sinon lui-même,, du moins son ombre.
Ils dissertèrent longuement sur tout ce qui s'y rapportait et, à leur grande surprise, ils prirent conscience qu'ils étaient déjà parfaitement au courant de ce qu'ils cherchaient. Ils avaient toujours été au fait de l'essentiel, de l'idée première, de la raison d'être de la pyramide, sauf que celle-ci gisait dans leur esprit en deçà de l'expression verbale, voire en deçà même de leur pensée. Les papyrus des archives n'avaient fait que l'habiller de mots et de signification. Dans la mesure où une ombre peut en être parée.
Tout cela est parfaitement limpide, avait dit le grand prêtre au cours du dernier conciliabule précédant leur rencontre avec le pharaon. Nous connaissions déjà le fond du problème, autrement nous n'aurions pas été aussi épouvantés quand le souverain a prononcé ces paroles que je ne veux même plus rappeler.
Deux jours plus tard, l'air grave, les traits tirés par l'insomnie, ils furent reçus en audience par Chéops. Le pharaon n'était pas moins sombre qu'eux. L'espace d'un instant, le doute les effleura que le souverain pouvait avoir oublié toute cette affaire et qu'eux-mêmes allaient souffler inutilement sur les braises. Mais lorsque le grand prêtre eut prononcé les mots : Nous sommes venus nous entreteniravec vous de votre remarque au sujet de la construction de votre pyramide, Chéops ne manifesta ni stupeur ni surprise et ne leur lança même pas un : Qu'est-ce à dire ?
Il se borna à ébaucher un signe de tête qui signifiait : Je vous écoute ! Ils se mirent alors à parler, le grand prêtre en premier, suivi des autres à tour de rôle.
Longuement, laborieusement, ils rendirent compte de tout ce qu'ils avaient appris en consultant les papyrus, sans cesse tourmentés à l'idée d'en dire plus ou d'en dire moins que ce qu'il était judicieux de dire. Ils évoquèrent la première pyramide érigée par le pharaon Djoser, qui n'était haute que de vingt-cinq coudées, puis la colère du pharaon Horus Sakhem-Khet qui fit fouetter son architecte lorsque celui-ci lui eut présenté son projet, sa pyramide lui paraissant trop basse. Ils glosèrent ensuite sur les modifications des projets ultérieurs élaborés notamment par l'architecte Imhotep, les galeries, la salle aux sarcophages, les passages secrets et leur obturation au moyen de blocs de granit, les trois pyramides que fit construire le pharaon Snefrou, dont l'une avait une arête longue de près de cinq cents coudées et une hauteur de trois cents, que l'on pouvait vraiment juger vertigineuse.
Après chaque chiffre cité, ils s'attendaient à être interrompus – que m'importent ces détails ! – , et ils l'escomptaient si bien que, voyant qu'ils ne l'étaient point, le grand prêtre ajouta d'une voix rauque : Vous penserez peut-être : qu'ai-je à faire de tous ces détails ? Et vous aurez raison... Peut-être en effet sont-ils pour vous superflus, mais ce n'étaient là que préliminaires avant d'entrer dans le vif du sujet.
Encouragés par le silence du souverain, ils développèrent cet aspect central de la question plus longuement qu'ils ne l'avaient prévu. Sans commettre le moindre lapsus, ils expliquèrent que, d'après leurs recherches, bien que la pyramide fût une sépulture grandiose, l'idée de cetteconstruction n'avait à l'origine aucun rapport avec un tombeau ni avec le trépas. Elle était née à part, autrement dit indépendamment de ces deux notions, et son rapprochement avec elles n'avait été que le fruit du hasard.
Pour la première fois, un tressaillement sur le visage de Chéops y inscrivit un signe de vie. A leur grande joie, il hocha la tête et murmura : Étrange !
En effet, renchérit le grand prêtre. Bien des choses que nous allons vous dire vous paraîtront étranges.
Il inspira si profondément qu'il eut mal à ses poumons anémiés par l'âge.
L'idée de la pyramide, Majesté, a vu le jour en période de crise.
Le grand prêtre était bien conscient de l'importance des pauses entre les phrases. Elles accentuaient le poids et l'élévation de la pensée, comme les ombres sur les paupières des femmes épaississent le mystère de leur regard.
C'était donc une période de crise, reprit-il au bout d'un moment. Le pouvoir pharaonien, ainsi qu'en témoignent les chroniques, était affaibli. Sans doute n'était-ce pas là un phénomène nouveau. Les vieux papyrus sont truffés de pareilles vicissitudes. Ce qui était nouveau, c'était bien autre chose. Inédite, étrange, voire abasourdissante était la cause de cette crise. Une cause perfide, sans précédent : la crise n'était pas provoquée par la pénurie, par un retard dans les crues du Nil, par la peste, comme ç'avait toujours été le cas, mais, tout au contraire, par l'abondance.
Par l'abondance, répéta Hemiounou. Autrement dit par le bien-être.
Les sourcils de Chéops s'arquèrent. Douze degrés d'angle, constata l'architecte en chef. Quinze... Que le Ciel nous protège !
On avait eu bien du mal à cerner cette cause de prime abord, reprit-il. Maints esprits éclairés ou confidents du pharaon qui avaient été les premiers à la mettre au jourpayèrent de leur tête ou d'une peine de déportation leur effrayante découverte. Mais l'explication qu'ils en avaient donné, selon laquelle le bien-être, en rendant les gens indépendants, plus libres d'esprit, les faisaient aussi plus rétifs à l'autorité en général et notamment au pouvoir pharaonien, bien qu'on lui eût au début opposé de multiples objections, s'était peu à peu frayé un chemin. De jour en jour, tous en étaient venus à se persuader que cette nouvelle crise était plus grave que celles qui l'avaient précédée. Une seule question restait à élucider : comment en découvrirait-on l'issue ?
Le magicien astrologue Sobekhotep, envoyé par le pharaon dans le Sahara pour y méditer sur ce problème dans une totale solitude, revint au bout de quarante jours complètement défiguré, comme d'ailleurs la plupart de ceux qui s'en allaient ainsi communiquer avec le désert en vue de rapporter son message. Celui-ci était plus terrible qu'on ne s'y serait attendu : il fallait éliminer le bien-être.
Le pharaon et, à sa suite, tout le palais s'abîmèrent dans de profondes réflexions. Anéantir le bien-être, mais comment ? Inondations, tremblements de terre, assèchement temporaire du Nil, ces idées traversèrent leur esprit à tous, mais rien de cela n'était en leur pouvoir. La guerre ? C'était une arme à double tranchant, à plus forte raison dans une pareille conjoncture. Mais alors, que fallait-il faire ? On ne pouvait tout de même pas rester les bras croisés devant une pareille menace. D'une manière ou d'une autre, il fallait écouter la voix du désert, on risquait autrement de ne pouvoir éviter le désastre.
Le bruit a couru que ce fut le gardien du harem, Reneferef, qui, curieusement, émit l'idée de rechercher quelque procédé qui stérilisât une part des richesses de l'Égypte. Les rapports des ambassadeurs en poste dans les pays d'Orient évoquaient de grandioses travaux hydrauliquesmésopotamiens dont les proportions, selon la rumeur, étaient sans commune mesure avec le profit économique qu'on en tirait. S'il en était bien ainsi, et c'était probablement le cas, l'Égypte devait elle aussi trouver quelque moyen de consumer le surcroît d'énergie de sa population. Entreprendre une œuvre qui passât l'imagination, dont les effets seraient d'autant plus débilitants et anémiants pour ses habitants qu'elle serait plus colossale. Bref, quelque chose d'épuisant, de destructeur pour le corps et l'esprit, et d'absolument inutile. Ou, plus exactement, une œuvre aussi inutile pour les sujets qu'elle serait indispensable à l'État.
A l'époque, le pharaon reçut beaucoup de propositions de ses ministres : un trou sans fond foré dans le sol, en direction des portes de l'Enfer ; un rempart ceignant l'Égypte entière ; une cataracte artificielle... Mais, bien qu'elles fussent animées d'un idéal élevé, patriotique ou bien mystique, il les rejeta toutes. Du mur on finirait bien un jour par voir le bout, et le trou dans le sol exaspérerait le peuple du fait même qu'il était sans fond. Il fallait trouver autre chose, quelque chose à quoi les gens seraient occupés jour et nuit au point de s'oublier eux-mêmes. Mais une œuvre qui, par sa nature même, pût à la fois être achevée et ne jamais l'être. En somme, qui se renouvelât en permanence. Et qui fût en outre bien visible.
C'est ainsi que le souverain et ses ministres en vinrent peu à peu, comme l'attestaient les papyrus, à l'idée d'un grand monument funéraire. D'un maître tombeau.
Le pharaon fut fasciné par cette idée. L'édifice principal de l'Égypte ne serait donc plus un temple ni un palais royal, mais un tombeau. Progressivement, l'Égypte s'identifierait à lui, et lui à l'Égypte.
Les géomètres présentèrent de nombreux croquis figurant différents volumes, pour finir par se rallier à celui de la pyramide.
Celle-ci réunissait toutes les conditions requises. Elle reposait sur une idée on ne peut plus sublime : le pharaon et la mort, ou plus exactement sa célestisation. Elle était visible, et même de fort loin. Troisième argument, déterminant, en sa faveur : elle était de nature à la fois finie et infinie. Chaque pharaon aurait sa propre pyramide, de sorte qu'avant même qu'une génération ne se fût remise de ses fatigues et de son hébétude, un autre pharaon viendrait, avec sa propre pyramide, la plier à nouveau. Et ainsi de suite, inexorablement, jusqu'à la fin des temps...
Le grand prêtre Hemiounou observa un silence plus prolongé que les précédents.
Ainsi donc, mon pharaon, reprit-il, la pyramide, avant d'être destinée à l'autre vie, a sa fonction dans celle-ci. En d'autres termes, avant d'être conçue pour l'âme, elle l'est pour le corps.
Il se tut à nouveau, reprit haleine avant d'imprimer à son discours un débit plus lent :
Au premier chef, elle est pouvoir, Majesté. Elle est répression, force, argent. Mais elle est tout autant obnubilation des foules, constriction de l'esprit, amollissement de la volonté, monotonie et déperdition. Elle est, mon pharaon, ta garde la plus sûre. Ta police secrète. Armée. Flotte. Harem. Plus elle sera haute, plus ton sujet paraîtra minuscule à son ombre. Et plus ton sujet est petit, mieux tu te dresses, Majesté, dans toute ta grandeur.
Hemiounou avait encore baissé le ton, mais telle était sa conviction intime qu'à mesure que sa voix faiblissait, elle se faisait plus distincte et menaçante.
La pyramide est le pilier qui soutient le pouvoir. Si elle branle, tout s'effondre.
Ses mains esquissèrent un mouvement mystérieux et ses yeux se vidèrent comme s'ils avaient réellement contemplé un champ de ruines.
Ne songe donc pas, mon pharaon, à modifier la tradition... Tu t'effondrerais et nous entraînerais tous dans ta chute.
Hemiounou ébaucha un autre geste des mains et, à la manière dont il ferma les yeux, laissa entendre qu'il ne parlerait plus.
Les autres, du même ton funèbre, redirent plus ou moins la même chose. L'un d'eux évoqua de nouveau les canaux de Mésopotamie sans lesquels le royaume accado-sumérien serait depuis longtemps tombé en quenouilles. Tel autre ajouta que la pyramide était aussi la mémoire profonde de ce pays. Un jour, avec le temps, tout finirait par s'embrumer. Les papyrus et les objets d'usage quotidien vieilliraient, les guerres, les famines, les épidémies, les retards dans les crues du Nil, les alliances, les décrets, les scandales du palais seraient oubliés ; elle seule, l'altière pyramide, que rien, aucune force, aucune durée ne pourrait ensevelir, entamer ou décomposer, se dresserait au milieu du désert, toujours semblable à elle-même, jusqu'à la fin des temps. Il en a été ainsi, Majesté, et il doit en être toujours de même. Sa forme non plus n'est pas le fruit du hasard. C'est une forme divine que la Providence elle-même a suggérée aux géomètres antiques. Vous êtes là tout entier, à la tête, au sommet, à la cime, mais aussi dans tous les blocs de pierre anonymes qui vous soutiennent, collés les uns aux autres, épaule contre épaule, Majesté.
Chaque fois qu'ils en venaient à évoquer l'aspect de l'ouvrage, ils refaisaient allusion à l'éventualité d'un effondrement général. Chéops se souvint alors de ce matin d'automne où il avait pensé que leur consternation, à propos de cette affaire de pyramide, n'avait été qu'une manifestation de servilité. A présent, il mesurait son erreur. Leur contrariété était bien réelle. Il était désormais convaincu que, tout autant que la sienne, sinon plus, cette pyramide serait aussi la leur.
Il leva la main droite pour leur faire comprendre qu'il souhaitait mettre un terme à l'entretien.
Le cœur serré, ils prêtèrent l'oreille à son arrêt, qu'il rendit en peu de mots, sobres et secs : La pyramide sera construite. La plus haute de toutes. La plus majestueuse.
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