Oeuvres complètes, tome 1 (Littérature étrangère) (French Edition)

Chapitre XVIII

 

 

Vint l'automne, plus froid qu'en toute autre année. Après son premier déferlement, l'Ouyane s'éclaircit, ses eaux recouvrèrent leur couleur habituelle, entre le bleuclair et le vert, mais, sous cette teinte que nous étions habitués à lui voir depuis des années, nous croyions déceler à présent la rage et l'humiliation.

Les travaux du pont se poursuivaient. Les maçons, portant des pierres et des seaux remplis de mortier, se mouvaient comme des lutins sur les planches qu'ils avaient jetées d'un pilier à l'autre. Au-dessous, la rivière continuait de couler, accomplissant sa besogne cependant qu'eux accomplissaient la leur.

Dans le courant de l'automne, il ne se produisit rien qui mérite d'être signalé. Un noyé, que les eaux avaient charrié Dieu sait d'où, vint heurter un pilier central, tournoya plusieurs fois autour, puis disparut. C'est précisément ce jour-là que, dans le fouillis de poutres et de planches des échafaudages, dont on ne devinait guère ce qu'il cachait, se dessina vaguement un arc reliant deux piles du pont. Apparemment, on se préparait à mettre en place la première arche.

 

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