Perle de Lune
Chapitre 12
Peak Castle – Pic Victoria
Samedi 19 juin 1993
Si Cynthia Andrews avait autant d’ambition qu’un taï-pan, ce n’était pas la fortune qu’elle recherchait ni même le pouvoir. Elle aspirait simplement à la célébrité. La belle et talentueuse journaliste de la BBC s’était déjà fait un nom à Londres, mais ses reportages ne portaient que sur les nouvelles locales. Elle aspirait à élargir son champ d’investigation au plan international, d’autant que son mépris pour la monarchie lui rendait insupportable ce qui passait en Angleterre pour des informations, à savoir l’interminable saga de la vie et des amours des membres de la famille royale.
Pour la reine Elizabeth II, 1992 avait été « l’annus horribilis », année durant laquelle la souveraine avait assisté à l’effondrement des mariages de ses enfants et vu son château préféré partir en fumée. Pour Cynthia aussi, cette année-là avait été la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Elle voulait rendre compte d’informations réelles, sérieuses ; elle trouverait sa pâture à Hong Kong. Bien que la restitution de la colonie à la Chine populaire fût encore éloignée de quatre ans, il se produisait tous les jours quelque fait important à l’heure où le gouverneur de Hong Kong entreprenait de démocratiser le territoire. La BBC n’avait aucune envie de perdre Cynthia Andrews, mais celle-ci menaça de les quitter pour CNN si elle n’était pas nommée à Hong Kong afin d’y couvrir le bras de fer entre le gouverneur Patten et la Chine.
Elle finit par obtenir satisfaction. A la mi-avril, à peine installée dans ses nouvelles fonctions, la journaliste découvrit avec surprise – et grand plaisir – un premier agrément à sa mutation : Tyler Vaughn était à Hong Kong.
Deux ans plus tôt, au moment où elle couvrait la visite de la princesse de Galles à Monte-Carlo, Cynthia s’était trouvée près de la ligne d’arrivée lorsque Tyler avait remporté le fameux Grand Prix de Monaco. Pour le champion de formule 1 devenu magnat du commerce maritime, cette victoire au Grand Prix avait été une revanche sur la course qui avait failli lui coûter la vie quatre ans auparavant. Suffisamment proche du podium, Cynthia avait pu décrypter sa réaction à l’issue de sa remarquable victoire. Plus grave que radieux, nullement étonné, le guerrier qui venait de vaincre son vieil ennemi était déjà loin, et son regard bleu fouillait l’horizon à la recherche de nouveaux mondes à conquérir.
A l’époque, à Monaco, Cynthia n’avait pas fait la connaissance de Tyler. Mais elle s’était juré que si l’occasion se présentait, elle trouverait le moyen de le contraindre à s’intéresser à elle, du moins pour un temps. Si la victoire de Tyler à Monte-Carlo avait marqué la fin de sa carrière de coureur automobile, il restait le nomade qu’il avait toujours été, errant d’un circuit à l’autre. Il voguait maintenant de port en port et régnait sur son empire maritime depuis les maisons qu’il possédait un peu partout dans le monde. Néanmoins, le Palais de jade lui imposait maintenant une escale un peu plus longue. Jusqu’à l’ouverture de l’hôtel, il vivrait à Hong Kong, dans une suite du Régent, afin de veiller personnellement à la qualité et à la livraison des matériaux de construction commandés spécialement, ainsi que des œuvres d’art acheminées par ses navires.
Peu après son arrivée à Hong Kong, Cynthia entreprit d’organiser sa rencontre avec Tyler. Malgré son impatience, elle s’aperçut que l’opportunité ne se présenterait sans doute pas avant le mois d’août. A cette date, elle ajouterait une interview d’une vedette de l’actualité à son bulletin télévisé du jeudi soir. Quel meilleur invité que ce patron de trente-six ans dont Grand Prix, la compagnie commerciale, était devenue en quatre ans seulement assez prestigieuse et florissante pour concurrencer la Lloyd-Ashton ?
A un moment, à l’antenne ou après, Cynthia demanderait à cet homme connu pour sa passion de la vitesse et du danger comment il assouvissait cette passion, maintenant que sa vie allait au rythme des lentes traversées de super-cargos et non plus à celui de la formule 1. Et puis, avec son sourire le plus provocant, elle lui offrirait un exutoire à sa passion parfaitement satisfaisant.
Malgré ce plan soigneusement ébauché, Cynthia n’eut pas à attendre le mois d’août pour rencontrer Tyler Vaughn. A la mi-mai, avant même qu’elle l’ait appelé pour lui proposer l’interview, ils firent connaissance sur le champ de courses de Happy Valley. A l’invitation de l’un des organisateurs du Jockey Club, tous deux assistaient aux courses de chevaux depuis une luxueuse loge privée.
La liaison de Cynthia avec Tyler durait maintenant depuis un mois à peine… et déjà elle sentait la lassitude de son amant. Mais Cynthia était philosophe. Leur relation était seulement physique, sans le moindre soupçon d’amour ; elle était aussi sensuelle que le climat de Hong Kong en juin. Tant que durerait le plaisir, elle le savourerait.
Ce soir, grâce à Tyler, elle aurait l’occasion extraordinaire de côtoyer l’élite au sommet du pic Victoria. Elle ne saurait jamais si Tyler avait eu l’intention de lui demander de l’accompagner. Dès qu’elle avait repéré l’invitation adressée à son amant – accompagné s’il le souhaitait –, elle s’était invitée de son propre chef. Le carton doré sur tranche était en soi une pièce de collection. Il portait, en lettres d’or, le cachet de sir Geoffrey Lloyd-Ashton et son nom en caractères chinois.
En réponse à la requête câline de Cynthia, Tyler, amusé, lui avait donné l’invitation. A présent, il s’apprêtait à lui offrir une soirée parmi l’élite de Hong Kong – uniquement des milliardaires, ainsi que le gouverneur. La journaliste qu’elle était travaillerait dur, car au cours de ce dîner de riches et de puissants à Peak Castle, on ne manquerait pas d’évoquer l’avenir du Hong Kong capitaliste.
– Pas d’interview, l’avertit Tyler, devinant ses pensées au moment où il arrêtait sa Lamborghini.
Avant que la portière ne fût ouverte par un valet vêtu de blanc, Cynthia adressa à son compagnon le plus innocent des sourires.
– Des interviews ? Moi ?
– Je suis sérieux, Cyn.
– Je sais, et je me tiendrai tranquille. Je me contenterai de tendre l’oreille.
Cynthia Andrews ne croyait pas aux contes de fées. Pourtant, songea-t-elle, Peak Castle avait quelque chose de fantastique. Même les deux volées de marches en marbre blanc qui menaient à l’entrée ajoutaient à la magie du lieu. En les gravissant, le regard était attiré, comme aspiré par l’édifice d’un blanc immaculé qui se détachait sur un ciel d’été rose et lavande, couronné ce soir de juin par un spectacle rare : l’alignement de Vénus et du croissant de lune.
Le tout-puissant sir Geoffrey Lloyd-Ashton était-il convenu avec les dieux de cette romantique conjonction de la planète avec la lune ? Un présent pour son épouse, peut-être, la femme qu’il chérissait plus que tous ses autres trésors ?
En quittant l’Angleterre, Cynthia avait cru laisser derrière elle la royauté. Or, à gravir l’escalier en marbre de Peak Castle, elle eut l’impression d’entrer dans la demeure d’un couple royal. Certes, sir Geoffrey pouvait légitimement prétendre à la couronne de Hong Kong. Citoyen le plus fortuné et le plus puissant de la colonie, il pouvait considérer Hong Kong comme son royaume.
Et Eve ? Cette femme qui deux fois par semaine – jamais plus, jamais moins – daignait quitter son château au milieu des nuages pour aller frayer avec ses respectueux sujets ? Pour uniques titres de renommée, lady Lloyd-Ashton possédait ses yeux bleus, ses cheveux sable, sa beauté éthérée – sans omettre le fait que, forte de cette arme efficace, elle avait réussi là où des légions de femmes avaient échoué : elle avait séduit le séducteur. Agée de vingt-six ans seulement à l’époque, de seize ans plus jeune que le fringant taï-pan, Ève avait su se faire épouser par le maître de Hong Kong.
La rumeur courait qu’après sept ans d’union, sir Geoffrey était toujours sous le charme. Lady Lloyd-Ashton était chérie par son bel époux, sir Geoffrey était adoré par sa ravissante femme ; ils représentaient à Hong Kong le couple idéal.
Cynthia refusa d’envisager que l’émotion douloureuse qu’elle éprouvait pût être de l’envie. Le temps que Tyler et elle parviennent en haut de l’escalier, elle avait savamment transformé son sentiment en pur mépris – à temps pour faire face à la femme qui apparemment prisait tant la vie de château qu’elle finissait par se prendre pour une princesse.
– Vous devez vous sentir très sûre de vous, susurra la journaliste.
Elle avait adopté une voix douce et ses lèvres souriaient, mais ses yeux violets fouillaient Eve comme on scrute une statue d’albâtre, non pas un être humain.
– Car vous êtes, au fond, l’une des rares princesses sans tache qui reste dans l’Empire britannique. Ce qui est un véritable tour de force de nos jours. N’est-ce pas, Tyler ?
Tyler ne put qu’acquiescer. La femme qu’il avait devant lui était belle à couper le souffle ; grande, fine, dotée d’une classe qui était le fruit de siècles de tradition. Dans cette prodigalité de qualités et de charmes, elle avait sacrifié l’un de ses plus glorieux attributs ; ses cheveux sable, qui auraient dû dévaler dans son dos en cascades lustrées, étaient coupés très court, de façon à encadrer simplement son visage exquis… aux yeux stupéfiants.
Des saphirs, songea Tyler. De ces yeux qu’on ne peut oublier. Des yeux hantés aussi.
– Pardonnez-moi, fit-il.
Il répondait à la question de Cynthia, mais s’adressait à Eve, sans quitter les étonnants saphirs et comme désireux de s’excuser pour ce qui leur causait cette souffrance sourde.
– Je n’ai pas suivi la conversation, ajouta-t-il.
– Lady Lloyd-Ashton est la princesse de Peak Castle, expliqua Cynthia. Mais – et c’est tout à son honneur –, contrairement à tant de nos princesses des temps modernes, elle n’a jamais été effleurée par le moindre parfum de scandale.
Tyler ne pouvait plus s’arracher du regard d’Eve. Il lui semblait que son expression un peu hagarde – sa douleur même – s’était atténuée en réponse à son excuse muette.
Pourtant, il fallait faire taire Cynthia. Un coup d’œil glacé de son compagnon l’arrêta net. Alors que la couleur désertait les joues de Cynthia, Tyler revint à Eve.
– Bonsoir, lady Lloyd-Ashton, murmura-t-il en souriant.
L’espace d’un merveilleux instant, les yeux bleus dirent adieu à leurs fantômes, pour ne laisser briller que l’espoir et la gratitude.
– Bonsoir, monsieur Vaughn.
Ce fut alors que sir Geoffrey apparut, un sourire accueillant aux lèvres et tendant une main chaleureuse.
– Bonsoir, Tyler. Ravi que vous ayez pu vous joindre à nous.
– Tout le plaisir est pour moi, répondit Tyler autant pour l’hôte que pour son épouse qu’il devait renoncer à contempler.
– Ainsi que Mlle Andrews, continua Geoffrey, la star des journalistes de Hong Kong. Bienvenue à Peak Castle. Permettez-moi de vous présenter à quelques-uns de nos invités. Je gage que vous serez contente d’en rencontrer certains.
Cynthia lança un regard de défi à Tyler, puis sourit modestement au puissant – et si beau – taï-pan.
– Je n’en doute pas, sir Geoffrey.
Durant un instant, Tyler se demanda si le maître des lieux allait offrir son bras à Cynthia et l’entraîner sans même avoir paru prêter attention à son épouse. Mais, avant d’emmener la journaliste, Geoffrey posa sur sa femme un regard dont il ne chercha pas à déguiser l’infinie tendresse.
– Tu es ravissante ce soir, mon amour, souffla-t-il, les yeux caressants.
A l’évidence, sir Geoffrey Lloyd-Ashton eût volontiers passé des heures à contempler sa belle épouse. Pourtant, sur un sourire désarmant, il revint à Cynthia.
– Nous y allons, mademoiselle Andrews ?
Tyler ne les regarda pas descendre l’escalier à rampe d’or qui menait au grand salon. Il fixait Ève. Les tristes fantômes étaient revenus dans les yeux de saphir. Et Tyler eut beau sourire à la jeune femme, il semblait que des spectres lui avaient obscurci la vision.
Tyler allait se décider à parler quand, soudain, sur un battement de cils, les saphirs retrouvèrent leur éclat. D’autres invités arrivaient ; lady Lloyd-Ashton se devait à son rôle d’hôtesse… et de princesse.
Tout d’abord, James, Allison, Sam et Maylène avaient décidé de se rendre ensemble à Peak Castle dans l’une des limousines de l’hôtel. A quatre heures de l’après-midi, le projet ne tenait déjà plus : Maylène avait décidé d’emprunter la Jaguar de James pour se rendre toute seule à la soirée ; puis, à six heures, James s’aperçut qu’il avait encore de nombreux coups de fil à passer. Il informa le chasseur en chef que seuls Sam et Allison quitteraient l’hôtel à 18 h 45 et que lui-même aurait besoin d’une seconde voiture plus tard.
Le dîner ne devant pas commencer avant neuf heures, Eve avait prévenu James qu’il n’avait pas besoin d’arriver plus tôt et qu’il pouvait éviter les deux heures de mondanités préliminaires. Mais pour Eve, parce qu’elle donnait cette soirée en l’honneur de son hôtel, James arriva à 19 h 30.
Pour Eve… et pour Allison.
James n’avait pas vu la photographe depuis le lundi précédent, mais durant son séjour en Australie, une image aux joues roses et aux yeux d’émeraude avait – timidement et hardiment à la fois – occupé son esprit, même pendant les moments sacro-saints : quand il était censé se concentrer sur la solution des problèmes que lui posait le complexe… et quand il était seul, à penser à Gweneth.
Il avait envie de passer du temps avec Allison, il en avait besoin. A n’en pas douter, dès qu’il serait confronté à la femme en chair et en os, non plus à une rêverie sans objet, son attirance pour elle s’éteindrait.
Il la découvrit sur l’une des nombreuses terrasses en marbre du château. Immobile, elle contemplait la cité à ses pieds. Un arc-en-ciel, reflet des lumières de la ville, miroitait sur sa chevelure rouge et or, repris en écho par les innombrables arcs-en-ciel qui chatoyaient sur sa robe. Bien qu’il ne vît pas son visage, il imagina son expression adorable. A cet instant, il dut admettre la réalité : la seule chose réellement impossible était son espoir de voir ses sentiments pour elle mourir aisément.
Doucement, si doucement, il murmura une question qu’il adressait plus à son propre cœur qu’à celui de la jeune femme :
– Vous sentez-vous coupable ?
Au son de sa voix, le bonheur saisit Allison. Elle fut heureuse qu’il soit là, heureuse qu’il ait pris la peine de la chercher. En son absence, elle s’était fait une promesse courageuse : puisqu’il semblait qu’elle fût incapable de prononcer des paroles intelligentes ou recherchées, elle avait décidé, la prochaine fois qu’elle verrait James Drake, de lui parler en toute simplicité, comme elle s’était toujours exprimée, avec franchise et candeur, sans artifice. Il risquait de la trouver affreusement naïve ? Tant pis. Elle était ainsi.
Quand elle se tourna vers James, son cœur frémissant prit son envol. Derrière lui, Vénus et le croissant de lune plongeaient son visage dans l’ombre, mais elle distinguait ses yeux argentés éclairés par le brasier qui couvait en lui.
Il faut que je lui parle, décida-t-elle. Avec des mots simples, tout de suite.
– Très coupable, confessa-t-elle sourdement. Comment le savez-vous ?
– Lors de notre première conversation téléphonique, quand je vous ai dit que j’espérais que vous seriez ici à cette date, vous avez fait allusion à un mariage auquel vous aviez l’intention de vous rendre ce week-end.
– J’avais oublié que je vous en avais parlé.
– Vous deviez être demoiselle d’honneur ?
– Non.
Comme elle secouait doucement la tête, des éclats de lune miroitèrent dans la nuit.
– Je devais être la mariée.
– Allison… je suis absolument désolé.
– Merci, James, mais il ne faut pas. Ce mariage n’aurait pas été heureux.
Contrairement au vôtre.
– Pourtant, lui rappela James, vous vous sentez coupable.
– Pas à cause de cela.
Comme elle inclinait une tête pensive en reconnaissant qu’elle n’éprouvait aucun remords d’avoir annulé son mariage quasiment à la dernière minute, les boucles souples qui auréolaient son visage se firent rayons de lune joueurs… puis flammes dansantes… et les deux lumières s’épousèrent dans un pas de deux extraordinaire.
– Je pensais à ma famille, surtout à mes grands-parents. Ils ne voulaient pas que je vienne à Hong Kong. Je sais qu’ils espéraient qu’à peine arrivée, je détesterais cet endroit et reprendrais le premier avion pour Dallas.
– Mais vous êtes toujours là.
– Oui.
– Vous ne détestez pas Hong Kong.
– Oh non, répondit Allison, fidèle à la promesse de franchise qu’elle s’était faite. Je l’adore.
Sam devina, à la seconde près, l’instant où Maylène arriva à Peak Castle. Il l’avait cherchée, il s’était fait du souci pour elle, se demandant pourquoi elle avait préféré venir seule. Quand il la vit paraître en haut de l’escalier de marbre blanc, il regretta de s’être inquiété.
Elle avait voulu faire une entrée remarquée, voilà tout. Et l’effet était réussi. Tous les regards se rivèrent sur l’apparition dorée, et un silence respectueux accompagna sa lente progression, digne d’une reine. Elle ne portait pas de couronne, elle n’en avait pas besoin. Sa noire chevelure, coiffée en épaisse torsade, brillait comme si on l’avait parsemée de diamants.
La règle, non édictée mais tacite, concernant la parure des invités pour cette réception à Peak Castle, était assez conformiste : smokings noirs et robes longues en soie. Au milieu de ces tenues de cérémonie, Maylène Kwan portait un pantalon, élégant, coûteux ; un ensemble Chanel à n’en pas douter. Un plissé de lamé doré moulait de façon provocante son buste parfait avant de s’évaser sur le pantalon flottant.
Sam s’apprêtait à détourner le premier le regard de la déesse dorée, mais quand il vit ses yeux assombris par une douleur secrète et profonde, il comprit. Voilà comment Maylène survivait dans un monde dont elle ne percevait qu’hostilité et mépris. Prenant l’offensive, elle attirait l’attention sur sa différence, elle accentuait – elle glorifiait – son exception.
Non qu’elle s’en glorifiât réellement, Sam le savait. Elle détestait être en représentation, mais croyait ne pas avoir le choix. Créature exotique, elle savait que les gens l’observeraient quoi qu’elle fasse ; alors, en leur donnant des raisons de la détailler, elle conservait un semblant de dignité, de contrôle.
Sam ne se détourna pas. Impatient, ayant mal pour elle, il la regarda se frayer un chemin au milieu de tout ce que Hong Kong comptait de personnalités riches et célèbres. Dès qu’elle eut salué quelques relations, il vola à son secours.
– J’ai besoin de m’entretenir en privé avec mon architecte, prétexta-t-il avant de l’entraîner.
Il 1’emmena sur la terrasse la plus proche qui embaumait le frangipanier.
– Vous y êtes arrivée.
– Bien sûr !
Son ton était brusque, presque cinglant, les blessures de son cœur à vif.
– Je ne suis pas des leurs, Maylène. Je suis votre ami. Je veux l’être.
Ses paroles la troublèrent, ou peut-être sa gentillesse.
– Vous vouliez me parler de l’hôtel, Sam ?
– Non, répondit-il avec un sourire. C’était un pèlerinage sentimental ?
– Pardon ?
– Je me suis demandé où vous étiez, pourquoi vous veniez toute seule et non avec nous. Je me suis inquiété.
Dans un élan absurde, dangereux, elle faillit tout lui avouer. Oui, un pèlerinage sentimental. D’abord, elle était passée en voiture devant l’appartement où Juliana et elle avaient vécu durant les années heureuses, quand leur vie n’était qu’amour, puis les années suivantes, quand n’avaient plus existé que les blessures et les mensonges. Ensuite, elle avait roulé vers Mount Cameron Road, d’où elle pouvait apercevoir, à une courte distance, la charmante maison victorienne qui dominait la Vallée heureuse : la demeure de Vivian Jong, là où vivait sa mère quand elle avait rencontré Garrett Whitaker, là où elle était née. Sa mère habitait de nouveau la luxueuse propriété, ainsi qu’elle en avait fait le vœu. Cette récente acquisition prouvait bien que Juliana Kwan n’avait pas renoncé aux souvenirs romantiques de son amour imaginaire.
Une seule chose était vraie dans ce prétendu « amour » entre Garrett Whitaker et Juliana Kwan : leur fille, l’enfant de deux mondes… qu’aucun ne réclamait.
– Jade ?
– J’étais simplement d’humeur à faire une balade en voiture, dit-elle avec un sourire radieux qui se mua en masque hiératique. Alors, Cow-boy, que pensez-vous du château ?
– Magnifique.
– Vous n’avez pas l’air convaincu.
– Tout cela me paraît un rien prétentieux.
– De s’établir en monarque au sommet de la montagne ?
– Oui. Ou bien, ajouta doucement Sam, de se croire autorisé à aveugler un dragon.
– Avez-vous entendu parler du fung sut, Allison ?
La question de sir Geoffrey tomba entre les cinquième et sixième plats d’un dîner qui en comportait huit, festin cantonais préparé par l’un des plus grands chefs cuisiniers de Hong Kong. Les quarante convives étaient installés par tables de huit dans la salle de banquet du château. Des reproductions de fresques florentines en décoraient les murs, du plafond pendaient de superbes lustres vénitiens, et dans les quatre angles de la pièce se dressaient des statues de marbre signées Donatello.
A la table ronde en acajou sculptée à la main, où les invités d’honneur étaient attablés avec l’hôte et l’hôtesse, la conversation allait bon train. Non content de raconter merveilleusement les histoires, Geoffrey savait aussi encourager autrui à s’exprimer et il accueillait chaque anecdote, même la plus anodine, avec un grand intérêt.
Pour l’heure, son intérêt était tout entier porté vers Allison, arrivée de fraîche date à Hong Kong.
– J’ai lu des choses à propos du fung sui, répondit la jeune femme. Et au cours des visites guidées que j’ai faites, j’en ai appris un peu plus. Mais j’aimerais entendre votre définition, sir Geoffrey.
Geoffrey accueillit d’un rire appréciateur la finesse avec laquelle elle lui retournait la question et, sans se faire prier, se lança dans une description colorée, précise et divertissante de cette science « de l’eau et du vent » vieille de quatre mille ans.
– A Hong Kong, conclut-il, il ne faut jamais oublier les dragons Nous sommes dans une région accidentée, où chacune des collines est la demeure d’un dragon. J’imagine, Allison, que durant votre excursion au pic Victoria vous avez entendu parler de Peak Castle ? Comme quoi ma demeure transgresse toutes les règles du fung sui ? On dit même qu’elle bouche la vision de l’un des dragons les plus vénérés de Hong Kong.
– En effet, reconnut Allison, les joues un peu plus roses, un délicieux sourire aux lèvres. Le guide y a fait allusion.
Sir Geoffrey Lloyd-Ashton parut plus amusé que chagriné d’entendre confirmer que son défi manifeste et moqueur aux lois du fung sui était encore mentionné dans les visites guidées, dix ans après la construction du château. A l’évidence, il ne redoutait pas que quelque conséquence néfaste s’abatte sur sa demeure.
– L’eau n’est pas un gros problème à cette altitude, plus de 550 mètres au-dessus du niveau de la mer, expliqua-t-il. Et si le vent essayait de renverser le château, il emporterait avec lui une bonne partie de la montagne. J’espère donc, Allison, que vous n’hésiterez pas à nous rendre visite.
– Je n’y manquerai pas, sir Geoffrey, je vous remercie.
Elle lui eût volontiers précisé qu’elle savait les appareils photo interdits dans l’enceinte du château, mais déjà l’intérêt du maître de maison se portait ailleurs.
– Et vous, Maylène, croyez-vous au fung sui ?
Il n’y avait pas le moindre sous-entendu dans l’intonation de Geoffrey ; et il était logique qu’il posât la question à une native de Hong Kong qui se trouvait être également l’architecte du plus grand hôtel de la colonie. D’ailleurs, plus tôt dans la soirée, lorsqu’il avait porté des toasts à tous les convives de la tablée, il avait trouvé, pour louer Maylène, un souffle quasi lyrique.
Pourtant, Sam Coulter perçut la question comme un sarcasme. Exactement, il le savait, comme la percevait Maylène. Elle était assise auprès de lui et il la sentit se raidir. Mais l’éblouissante actrice sut se ressaisir très vite, pour répondre avec un sourire coquet, et sur le ton de la plaisanterie :
– J’y crois… à moitié, sir Geoffrey.
Si la question était destinée à voir si Maylène était susceptible sur le chapitre de son métissage, voire honteuse, elle remportait l’épreuve avec brio. Lumineux, ses yeux de jade disaient sans ambages que par sa double origine elle s’offrait le luxe de ne prendre que le meilleur de chaque culture, acceptant les traditions qui lui plaisaient et dédaignant les autres.
Le test – si test il y avait – était terminé. Quoique… Auprès de Sam, la femme drapée d’or ne semblait pas en être certaine. Geoffrey continuait de l’observer d’un regard bienveillant, et Sam la devinait qui s’armait pour d’autres questions, qui se préparait à briller quelle que fût sa souffrance intime.
Sam ne voulait pas qu’elle ait mal – jamais.
– Je suis certes nouveau venu à Hong Kong, sir Geoffrey, intervint l’entrepreneur d’un ton aussi nonchalant que son sourire, et je ne suis qu’un cow-boy, pourtant il se trouve que je crois au fung sui.
Sa réplique produisit l’effet escompté : Geoffrey cessa de soupeser Maylène pour s’intéresser à lui.
– Un bon point pour vous, Sam, approuva-t-il, nullement déconcerté. Un bon point, surtout, pour le Palais de jade. Votre croyance attirera plus encore la chance sur ce projet tellement important.
– Plus encore ? releva Allison.
Ce fut James qui répondit :
– Je crois que Geoffrey fait allusion à vous, Allison, ainsi qu’à Maylène, Sam et Tyler.
– Exactement, renchérit Geoffrey. Sans vous oublier, James. Mais il y a plus encore. J’ignore s’il s’agit de fung sui, ou plus simplement de l’amenuisement de la couche d’ozone, mais l’Observatoire royal s’apprête à annoncer que les pluies d’été ne tomberont pas avant un mois – sinon davantage.
– Il ne pleuvra pas avant fin juillet ? s’exclama Cynthia. Ce serait tout à fait inhabituel, non ?
– Absolument, répondit Geoffrey. Mais chaque année, les saisons semblent se décaler un peu plus. Même les typhons apparaissent plus tard dans l’automne. Un été sec sera une bonne chose pour vous, n’est-ce pas, Sam ?
– Je serais content de couler les fondations de l’hôtel dans une terre bien dure.
– Et vous, Allison ? Je présume qu’un temps sec est préférable pour la photo ?
– Oui, mais je trouverai toujours de quoi faire les jours de pluie. Cela dit, si l’air pouvait rester un peu plus longtemps tel qu’il est, ce serait merveilleux.
– Tel qu’il est ? Vous voulez dire affreusement humide ?
A la question outrée de Cynthia, Allison s’empourpra légèrement.
– Justement, cette humidité ambiante produit un effet remarquable. Une clarté irisée… magique. En tout cas, très photogénique, ajouta-t-elle, rougissant davantage. Je n’avais pas l’intention de commencer mes photos si vite, mais je vais aviser.
– Vous n’aviez pas l’intention de commencer si vite ? répéta Cynthia, surprise.
A Hong Kong, on ne remettait pas au lendemain ce qui pouvait être fait le jour même.
– Je souhaitais consacrer davantage de temps à me promener, expliqua Allison, à faire connaissance avec la ville.
– Vous promener ? A pied ?
– A pied, en ferry, en train… et bientôt, j’espère, par air. James,
Mme Leong m’a dit que je pourrais emprunter l’un de vos avions. J’espère que cela ne pose pas de problème.
– Aucun. Les appareils, ainsi que les pilotes, sont à votre disposition.
– Merci.
Allison n’hésita qu’un instant avant d’ajouter :
– Mais je n’ai pas besoin de pilote, pas avant d’être prête à prendre effectivement des photos. D’abord, j’effectuerai toute seule quelques vols de reconnaissance.
– Vous savez piloter, Allison ?
La question venait d’Eve, ses premiers mots depuis le début du dîner.
– Je suis très admirative, reprit-elle quand Allison eut acquiescé. Pas vous ?
Ève s’adressait maintenant à James, mais d’une voix si douce qu’il ne parut pas l’entendre. James était loin, perdu dans une vision de l’avenir qui, il l’espérait, ne se concrétiserait jamais. Sans savoir que Garrett Whitaker avait été pilote de guerre, ni qu’il avait risqué sa vie pour arracher Sam Coulter à une plate-forme pétrolière en train de couler dans une mer déchaînée, il n’avait aucun mal à imaginer l’adorable fille de Whitaker volant à la rescousse de gens en péril dans un Hong Kong dévasté.
– Je crains de n’avoir guère impressionné James quant à ma capacité à me déplacer à pied, finit par murmurer Allison, répondant elle-même à Ève. J’imagine donc qu’il doute de mes compétences de pilote.
– Que reproche-t-il à votre façon de marcher, Allison ? plaisanta Sam. Elle est trop texane ?
– Trop américaine. Je suis trop habituée à voir les voitures rouler à droite.
A James dont le regard d’argent se concentrait à nouveau sur le moment présent, sur elle, Allison précisa :
– J’ai appris à traverser depuis la dernière fois que je vous ai vu.
Les yeux gris eurent un sourire destiné à elle seule.
– Je n’ai pas douté un instant que vous y arriveriez.
– Avez-vous l’intention de conduire dans Hong Kong, Allison ? s’enquit Cynthia.
– Conduire ? Je…
– Non, décréta soudainement Maylène. A mon avis, Allison, poursuivit-elle avec plus de douceur, vous feriez mieux de vous abstenir. Même pour ceux qui sont accoutumés à rouler à gauche, c’est délicat, énervant et même dangereux.
– Je suis d’accord, renchérit Geoffrey. D’ailleurs, ce n’est pas indispensable. Vous avez tout le parc automobile des Alizés à votre disposition.
Durant cet échange, les yeux violets de Cynthia s’étaient dilatés ; maintenant ils lançaient des éclairs.
– Vous supportez cela, Allison ? Si vous étiez un homme
– un mâle texan, comme Sam –, nous n’aurions pas cette conversation. Pour ma part, j’estime que si vous êtes capable de traverser l’espace aérien surchargé de Hong Kong, vous parviendrez à vous faufiler dans la circulation automobile. J’en suis certaine. Qu’en pensez-vous, James ? conclut-elle en inclinant la tête vers le promoteur. Nous savons tous que Maylène a conduit votre voiture ce soir. Vous feriez aussi bien confiance à Allison, n’est-ce pas ?
La confiance n’avait rien à voir en l’occurrence. James était d’accord avec Maylène et Geoffrey : il était inutile qu’Allison conduise dans Hong Kong. Pourtant, comme il quittait le regard provocateur de Cynthia pour celui, incertain, d’Allison, il comprit que cette dernière était encore confuse de son faux pas sur Murray Road et qu’il était important pour elle qu’il la crût capable de se débrouiller dans la circulation la plus dense du monde.
Il sourit aux ravissantes émeraudes.
– Je vous fais entière confiance pour conduire ma voiture, Allison, fit-il doucement.
Il n’était pas besoin d’en dire davantage. A ces mots, l’incertitude de la jeune femme se dissipa comme par magie. Égoïstement, parce qu’il désirait faire durer l’enchantement dans ce regard radieux, James ajouta :
– D’ailleurs, si vous acceptez de me prendre comme passager ce jour-là, j’en serai ravi.
– Oh, moi aussi !
– Dans ce cas, rendez-vous est pris. Nous en ferons une fête. En décembre, quand vos photos seront accrochées aux murs de l’hôtel, vous m’emmènerez en voiture de l’autre côté de l’île et nous dînerons à Aberdeen, dans un restaurant sur l’eau.
– Considérez le marché comme conclu, Allison, commenta Geoffrey. C’est là une promesse de gentleman et vous avez toute une tablée de témoins. En attendant, puisque vous ne pourrez nous conter vos aventures d’automobiliste qu’en décembre, parlez-nous un peu de vos plans de vol au-dessus de Hong Kong. Il faut absolument être en solo pour ce genre de reconnaissance ?
Ce serait préférable, bien sûr, afin qu’elle puisse se concentrer pleinement, mais…
– Souhaitez-vous m’accompagner, sir Geoffrey ? J’en serais ravie, sans compter que vous me serviriez de guide.
– Merci, Allison. L’offre est tentante mais, à vrai dire, ce n’est pas à moi que je pensais.
Geoffrey posa alors sur sa ravissante épouse le plus tendre des regards.
– Tu aimerais survoler Hong Kong avec Allison, n’est-ce pas, mon amour ?
– Oui, s’empressa de répondre Ève.
Parce qu’il le fallait, parce que la politesse l’exigeait. Et lady Lloyd-Ashton eut même un sourire.
– Oui, cela me ferait grand, grand plaisir.
Au bout de quelques instants, le regard caressant de sir Geoffrey quitta sa princesse pour revenir sur Allison.
– Malheureusement, soupira-t-il, mon Ève adorée n’en serait pas capable. Elle est terrifiée par l’avion. Nous nous en sommes aperçus en venant nous marier ici. Depuis, elle n’est jamais remontée en avion, et je ne voudrais surtout pas lui imposer cette épreuve.
– Pourtant, vivre ici, à Peak Castle, c’est un peu comme un vol, releva doucement Allison. L’invitation reste valable, ajouta-t-elle en regardant son hôtesse. Si nous le faisons et que vous éprouvez la moindre crainte, je vous jure de me poser aussitôt.
– C’est très généreux de votre part, Allison, rétorqua Geoffrey. Mais si vous vous contentiez toutes les deux de « voler » dans le château ? Quand le temps changera, Allison, vous serez la bienvenue si vous désirez venir déjeuner ici avec Eve.
– C’est très aimable à vous, murmura la jeune Américaine.
– J’attendrai ce moment avec impatience, Allison, fit Eve avec, cette fois, une sincérité qui dépassait la simple politesse.
D’ailleurs, Eve se désolait que ce déjeuner fût fixé à un mois au moins, peut-être plus. Mais Geoffrey avait parlé : Allison et elle se verraient lorsque la pluie tomberait sur Hong Kong… pas avant.
– Quelle soirée ! s’extasia Cynthia tandis que Tyler et elle marchaient vers l’entrée de l’immeuble « les Glycines », sur Arbuthnot Road. J’ai adoré chaque seconde. Pas toi ?
– Pas chaque seconde, Cynthia.
A entendre le ton trop calme sur lequel Tyler lui répondait, elle comprit qu’il n’avait ni oublié ni pardonné.
– D’accord, je n’aurais pas dû faire un tel plat à propos d’Allison au volant, mais…
– Je ne parle pas de cela, tu le sais bien.
Evidemment, elle savait. Une lueur de défi brilla dans ses yeux violets.
– Quoi ! Tu es encore fâché ! Je n’ai dit que la pure vérité à lady Lloyd-Ashton. Et, franchement, je crois qu’elle en a été flattée. Elle sait bien qu’elle est la princesse de Peak Castle, Tyler. C’est ce qu’elle cherche.
Était-ce vraiment le souhait d’Ève ? s’interrogea Tyler. Sa vie était-elle à l’image de ses rêves ? Tout y avait des allures de conte de fées et cependant…
– Elle n’a qu’un seul but, qu’un seul rôle dans l’existence : être décorative !
Cynthia en rajoutait, poussant son avantage à mesure que l’expression sévère de son amant s’adoucissait sous l’effet de quelque pensée secrète.
– Elle passe une matinée par semaine comme volontaire à l’hôpital des enfants, mais c’est uniquement pour la galerie. Au-delà de ça, rien !
Les traits de Tyler se durcirent à nouveau et Cynthia vit percer une froide colère dans les yeux bleu de glace.
– Tu ne montes pas avec moi ?
– Non.
A son tour, Cynthia fut prise de colère en constatant qu’il avait été subjugué par cette prétendue princesse. Mais comme elle n’avait rien à gagner en provoquant davantage Tyler Vaughn, elle se consola à l’idée de son futur tête-à-tête avec sir Geoffrey. Ils prendraient un verre ensemble, lui avait assuré le taï-pan. C’était elle qui avait manœuvré de façon à obtenir cette promesse de rendez-vous, prétextant l’occasion pour elle d’apprendre une foule de choses sur Hong Kong par l’un de ses plus puissants citoyens. Les séduisants yeux noirs de l’homme d’affaires lui avaient promis autre chose. Sir Geoffrey vénérait peut-être sa princesse, mais les maigres appas du corps pâle et fluet d’Ève ne suffisaient manifestement pas à le satisfaire.
– Je crois comprendre que notre histoire s’arrête là, Tyler, c’est ça ?
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