Requiem américain
Chapitre 21
Jeudi 7 novembre
Il arriva quinze minutes à l’avance au bureau. La commission parlementaire était désormais derrière lui. Chalifour, qui reconnut ses pas dans le corridor, l’arrêta au passage.
— Félicitations, Owen. T’as été à la hauteur hier. Les ministres de la Justice et de la Sécurité publique sont très contents.
— Et à Ottawa?
— Ils ont reçu le message et sont prêts à travailler avec le Québec. C’est positif, «fédérateur», comme ils disent. «C’est la preuve que le fédéralisme fonctionne», a dit le ministre des Affaires intergouvernementales. Les conservateurs aiment bien cette idée de la loi et de l’ordre. Un amendement constitutionnel serait envisageable, selon eux.
Montanero, de l’escouade antimafia, s’arrêta pour lui serrer la main et le féliciter.
— T’étais nerveux au début, mais tu t’es détendu… Les secrétaires t’ont trouvé cute. Pas sûr que les motards ont autant aimé…
— Merci, Monty.
Il s’installa à son bureau. La boîte vocale était pleine de messages. Il y en avait un de Nicole, sa belle-mère. D’un ton de mauvais augure, elle disait: «Hi, Owen. It’s about your father. Can you call me back?» Il appela directement au CHSLD. Son père avait fait une chute de tension et était tombé. L’infirmière lui dit qu’il s’était cogné la tête contre le plancher et qu’il souffrait d’une commotion cérébrale. Pendant un moment, il songea à se rendre là-bas, mais la perspective d’y rencontrer son frère l’en dissuada et il décida plutôt d’éplucher encore une fois tout ce qu’il avait sur Jesse Morel.
À sept heures cinquante-cinq, une télécopie de la GRC entra: il s’agissait d’une photo de Morel prise à l’aéroport Pearson le 18 octobre. Cheveux courts, visage glabre, lunettes d’intello. Derrière lui, on reconnaissait Julie Saint-Laurent. Cette photo prouvait que Morel était bien revenu au pays sous une fausse identité, mais ne prouvait pas qu’il avait tué Saint-Laurent.
— Et puis? demanda Yelle en voyant Hayden. Remis de tes émotions?
— Oui, ça va, merci.
Hayden montra la photo à ses collègues.
— C’est confirmé, dit-il, c’est Jesse Morel que nous recherchons, alias Jean Labonté. La bonne nouvelle, c’est qu’il est ici et qu’on va l’empêcher de sortir du pays.
— Et la mauvaise?… lança Yelle.
— On le recherche non seulement pour un double meurtre, mais aussi pour agression sexuelle. Le pathologiste m’a dit que Julie Saint-Laurent a été violée.
Après un moment d’indignation générale, la photo de Morel fut transmise dans tous les postes de police de Montréal et de la SQ. Le Journal de Montréal la publia, précisant que la police offrirait une récompense de dix mille dollars à quiconque l’aiderait à capturer le fugitif.
Hayden vérifia ensuite une piste signalée dans un dossier de Guevara et Yelle: la possibilité que la dynamite ayant servi à tuer Ben Harvey ait pu provenir d’une carrière située dans les Laurentides. Un responsable de l’entreprise vérifia les stocks et les documents. Il ne trouva rien d’anormal. En outre, aucun vol d’explosifs n’avait été rapporté. Les inventaires étaient en règle.
— Les gars, vous n’allez pas m’aimer, dit Hayden, mais même si ça n’a rien donné jusqu’à présent, on va continuer à contacter les pharmacies. On a maintenant une photo à leur montrer, ça peut aider. Tôt ou tard, Morel aura besoin de médicaments pour son asthme.
— C’est comme chercher une aiguille dans une botte de foin, se plaignit Yelle.
— Oui, je sais, mais il faut bien que quelqu’un la cherche, cette aiguille. Et s’il faut ratisser les égouts, nous le ferons.
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