Requiem américain

Jacques Côté · Chapitre 31 sur 36

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Requiem américain

Chapitre 31

 

 

Mercredi 20 novembre

À la première heure, avant l’arrivée de ses collègues, Hayden prit de quoi écrire pour coucher sur le papier les idées qui le tracassaient. Du meurtre de Ben Harvey à l’enlèvement de Jesse Morel, il ressentait le besoin de mettre en question toutes leurs hypothèses, de réviser toutes les conclusions de l’enquête dans l’espoir de découvrir l’élément clé qui leur échappait. Il noircit un grand tableau de multiples flèches, soulignements et ratures, et il se perdit en conjectures sur le cas Morel.

Jesse «Molosse» Morel

Était-il un maillon si essentiel de l’organisation que les Hells veuillent le faire évader d’un hôpital?

Contacts privilégiés avec les narcotrafiquants. Aurait-il bénéficié d’une complicité à l’interne? Voire de policiers? S’il en avait trop dit, pourquoi ne l’avaient-ils pas abattu sur place? L’a-t-on enlevé pour le faire parler? Est-il mort maintenant? Morel organisait des livraisons. Peut-être voulait-on qu’il soit présent pour conclure une grosse transaction.

Morel a-t-il cherché à nous aiguiller sur une fausse piste? Le jeune loup ambitieux (retranscrire tout l’enregistrement de Morel).

Les collègues arrivèrent l’un derrière l’autre, un café fumant à la main. Tous avaient sous les yeux les cernes d’une nuit courte et mouvementée. Hayden les salua et les convoqua dans la salle de conférence. Avant de faire le bilan de l’opération Octopus, il voulait leur parler du cas Morel. Il demanda:

— Qui croit que Morel a été enlevé et exécuté?

— C’est ce que je pense, répondit Oligny, mais il fallait qu’il ait des informations essentielles sur un deal ou quelque chose du genre.

— Moi, je crois qu’il est en vie, dit Yelle. Morel a permis à l’organisation de s’enrichir et de créer des liens importants avec les cartels colombiens. Je crois qu’ils le cachent. Ils l’ont peut-être même déjà installé dans un pays où personne ne pourra l’extrader. Il est trop précieux.

Chacun se tourna vers Guevara.

— Et toi, Che?

— Je pense que les Hells avaient peur qu’il ne retourne sa veste quand la SQ nous a pris le dossier.

— Oui, mais les Hells savent que Morel est un fin renard, dit Hayden. C’est un manipulateur. Et s’il avait craint pour sa vie en voyant des hommes découper la vitre de sa chambre d’hôpital, il aurait appelé les policiers qui gardaient sa porte, non?

— Il dormait, dit Oligny. Les gars ont peut-être réussi à sauter assez vite sur lui pour l’empêcher de crier.

— Je suis dans le brouillard, avoua Hayden. Je suis frustré que la SQ nous ait privés de Morel. Il faut l’oublier pour l’instant. S’il est vivant, il sait que tout le monde le cherche, du FBI à la DEA en passant par la GRC. Il est cerné de toutes parts, mais le Molosse en a vu d’autres. Qui sait s’il n’est pas sous le soleil du Panama ou de la République dominicaine. Il doit avoir des planques partout. Comme Escobar en avait. Il n’a pas le choix, il doit se mettre à l’ombre. Et, s’il est mort, nous perdons notre temps à le chercher. Il faut se concentrer sur un aspect de sa déposition qui aurait pu causer sa disparition. On reprend tout depuis le début…

* * *

En milieu de matinée, Chalifour convoqua Hayden dans son bureau.

— Content de la rafle? demanda le lieutenant.

— Oui. Les médias en parlent beaucoup. De belles saisies, des truands notoires arrêtés, un laboratoire clandestin à dé manteler. Good job, les gars!

* * *

Dans l’après-midi, Hayden et ses hommes planchèrent sur la révision de l’enquête.

— Sal nous a dit que Scalese est un bon hitter. Il a quand même parlé deux fois à Vargas la nuit de la disparition de Morel.

— On pourrait vérifier s’il a un alibi, proposa Hayden.

— On retourne aussi voir Gatti.

— Oui, sur la base du précédent mandat, et on en demande un pour Scalese.

— Et Costello?

— Il a joué l’innocent en disant qu’il ne savait pas grand-chose, pas même que sa compagnie était fermée pour inventaire!

Hayden retourna dans son bureau avec l’impression que l’enquête était à la croisée des chemins. Son humeur vacillait, parfois excellente, parfois exécrable. Chaque piste semblait pouvoir les conduire à la solution ou dans un cul-de-sac.

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