Robert Oppenheimer - Triomphe et tragédie d'un génie
Chapitre 8 - « Je l'ai découpé et l'ai envoyé »
CHAPITRE 8
« Je l’ai découpé et l’ai envoyé »
On ne considérait pas, peut-être bêtement,
comme un grand crime d’État
le fait d’être membre du Parti communiste,
ni cela ne nous semblait motif à honte ou déshonneur.
Robert Oppenheimer
Robert et son jeune frère Frank.
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Le 20 septembre 1937, Julius Oppenheimer meurt d’une crise cardiaque. Il avait 67 ans. Si Robert avait bien conscience que son père n’était plus vaillant, sa mort soudaine fut tout de même un choc. Au cours des presque six années écoulées depuis la mort d’Ella, en 1931, Julius avait développé des liens très étroits et affectueux avec ses fils. Il leur rendait fréquemment visite et, souvent, les amis de Robert étaient devenus ses amis.
Après huit ans de Dépression, la fortune de Julius 1 avait quelque peu fondu. Reste qu’à sa mort, le patrimoine qu’il lègue à parts égales à Robert et Frank s’élève encore à 392 602 dollars, une somme tout à fait coquette. Annuellement, les intérêts rapportent à chacun des deux frères une moyenne de 10 000 dollars en complément de leur revenus. Mais, comme pour
exposer le malaise certain que Robert ressent vis-à-vis de sa richesse 2, il va sans attendre rédiger un testament léguant la totalité de ses biens à l’université de Californie, en un fonds réservé à des bourses d’études.
Les frères Oppenheimer ont toujours été extrêmement proches. Si Robert a pu nouer des relations des plus intenses avec un certain nombre de gens, jamais aucune ne sera aussi profonde et durable que celle tissée avec son frère. Dans les années 1930, leur correspondance traduit une intensité émotionnelle rare pour les membres d’une fratrie, et d’autant plus pour des frères ayant huit ans d’écart. Souvent, le style de Robert ressemble davantage à celui d’un père écrivant à son fils. Jusqu’à être empreint d’une exaspérante condescendance pour Frank, qui le voyait manifestement comme un modèle à suivre. Frank va patiemment tolérer tout ce que dit ou
fait son génie de frère. Ce n’est que des années plus tard qu’il reconnaîtra 3 que « l’impudence juvénile […] est restée chez mon frère un peu plus longtemps qu’elle n’aurait dû ».
Ils étaient semblables – sans l’être vraiment. Personne ne détestait Frank Oppenheimer. Il était un Oppie sans aspérité, quasiment aussi brillant que lui, mais sans sa rudesse. « Frank est lui-même quelqu’un de doux et
d’aimable », observait la physicienne Leona Marshall Libby 4, qui fut amie des deux frères. Elle le surnommait la « fonction delta » : un dispositif mathématique utilisé par les physiciens dans lequel le delta est défini comme étant égal à zéro – sauf à un endroit ou un moment précis, où il égale l’infini. Quand on en avait besoin, Frank était toujours capable de déployer une réserve infinie de bonne volonté et de bonne humeur. Des
années plus tard, Robert dira lui-même de son frère 5 : « Il est un homme bien plus fin que moi. »
À une époque, Robert essayera de dissuader Frank de faire carrière dans la physique. Alors que Frank n’a que 13 ans et qu’il est manifestement décidé à marcher dans les pas de son frère, Robert lui écrit : « Je ne pense pas que tu apprécieras beaucoup la visite de la relativité tant que tu n’auras pas étudié un peu de géométrie, de mécanique et d’électrodynamique. Mais si tu veux t’y essayer, le livre d’Eddington est le meilleur point de départ. […] Et maintenant, un dernier conseil : tente de comprendre réellement, à ta propre satisfaction, de manière approfondie et honnête, les quelques sujets qui t’intéressent le plus ; car ce n’est que lorsque tu auras appris à le faire, lorsque tu réaliseras à quel point la chose est difficile, mais aussi très gratifiante, que tu apprécieras pleinement les domaines plus spectaculaires que sont la relativité ou la biologie mécanistique. Si tu penses que je me trompe, n’hésite pas à me le dire. Je ne parle que de ma toute petite expérience. »
Lorsqu’il arrive à Baltimore pour étudier à l’université Johns Hopkins, Frank n’a qu’une idée en tête : démontrer qu’il est fait du même bois que son frère. Comme Robert, il est polymathe ; il adore la musique et, contrairement à son frère, il n’est pas seulement mélomane, il est aussi un
excellent musicien. Il joue de la flûte traversière et, à Hopkins 6, se produit régulièrement au sein d’un quatuor. Mais la physique demeure son sacerdoce. Au cours de sa deuxième année, Frank rejoint Robert à La Nouvelle-Orléans, pour assister au congrès annuel de la Société américaine
de physique (APS). Comme Robert l’écrira à Ernest Lawrence 7 : « Nous avons passé de bonnes vacances ensemble ; et je pense que cela a définitivement fixé la vocation de Frank pour la physique. » Après avoir côtoyé bon nombre de physiciens, tous bouillonnants d’enthousiasme pour leur travail, Robert observe qu’« il est impossible de ne pas concevoir pour eux une grande sympathie et un grand respect, et pour leur travail, une grande attirance ». Au deuxième jour des conférences, Robert emmène Frank à une session conjointe sur la biochimie et la psychologie. Si l’événement est « absolument tumultueux et très drôle », il refroidit « toute foi excessive dans l’une ou l’autre de ces sciences ».
Quelques mois plus tard, Robert va cependant conseiller à Frank de ne pas s’investir dans la physique sans avoir exploré d’autres alternatives. Selon lui, l’appétit intellectuel de Frank pourrait être aiguisé par des cours
de sciences biologiques. S’il affirme 8 : « Je suis très bien placé pour savoir que la physique a une beauté qu’aucune autre science ne peut égaler, une rigueur, une austérité et une profondeur », il exhorte Frank à approfondir son étude de la physiologie : « La génétique implique à n’en pas douter une technique rigoureuse, et une théorie constructive et compliquée. […] Par tous les moyens, et avec mon entière bénédiction, étudie la physique, tout ce qu’il y a à en apprendre, afin de la comprendre, de l’utiliser et de la contempler, et, si tu le souhaites, de l’enseigner ; mais n’envisage pas encore d’en “faire”, de t’atteler à la recherche en physique comme métier. Pour cette décision, il te faut mieux connaître les autres sciences, et en connaître largement plus en physique. »
Frank ne va pas tenir compte de ce conseil fraternel. Après avoir obtenu son diplôme de physique en à peine trois ans, il se rend en Angleterre où il passe les années 1933 à 1935 au Laboratoire Cavendish. Il étudie sous la direction de certains des physiciens ayant enseigné à Robert, et rencontre des amis de son frère comme Paul Dirac et Max Born. À ce moment-là, cependant, Robert est plus que réconcilié avec la voie choisie par son frère.
En 1933, il lui écrit 9 : « Tu sais à quel point j’ai été heureux de ta décision d’aller à Cambridge. » Mais il se languit de sa présence. Au début 1934,
Robert écrit à Frank 10 : « Tu m’as rarement manqué autant que ces derniers jours. […] J’en déduis que Cambridge t’a réussi, que la physique a su t’ébranler, la physique et les excellences évidentes de la vie qu’elle apporte. J’en déduis que tu as travaillé très dur, que tu as ferraillé au laboratoire, que tu t’es familiarisé avec les mathématiques et que tu as trouvé là, dans l’austérité naturelle de la vie à Cambridge, un terrain adéquat pour ton insatiable besoin de discipline et d’ordre. » Si Robert semble parfois endosser son rôle de frère aîné avec paternalisme, ses lettres prouvent combien l’étroitesse de ce lien fraternel lui importait autant qu’à Frank.
Contrairement à Robert, Frank excelle en physique expérimentale ; il
aime se salir les mains au laboratoire. Il adore bricoler des machines 11 et va un jour offrir un phonographe à Robert qu’il a fabriqué tout spécialement
pour lui. De l’avis de son frère 12, Frank avait une façon de « réduire une situation spécifique et plutôt complexe à son irréductible et centrale Fragestellung (formulation d’une question) ». Après avoir étudié deux ans en Angleterre et plusieurs mois en Italie – où il va observer le fascisme de Mussolini jusqu’à la nausée –, Frank s’inscrit dans plusieurs universités pour son doctorat en physique expérimentale. Alors qu’il hésite à aller à
Caltech, Robert « fit quelque chose 13 » qui lui en ouvre soudainement les portes, avec une bourse d’études basée sur le mérite. Sa décision est prise.
Au laboratoire 14, il travaille sous la supervision de Charlie Lauritsen, un vieil ami de Robert, et fait des expériences avec un spectrographe à rayons
bêta. Alors que Robert n’a mis que deux ans pour obtenir son doctorat 15, il en faudra quatre à Frank. En partie parce que le travail expérimental est souvent plus long que la physique théorique. Mais aussi parce que Frank a choisi, par tempérament et par goût, de ne pas réduire sa vie à la science. Il adore la musique et sera un flûtiste suffisamment doué pour que son frère, et de nombreux amis, estiment qu’il aurait pu faire carrière comme concertiste. Suivant la sensibilité artistique de sa mère, il aime la peinture et lit beaucoup de poésie. Contrairement à Robert, aux manières européennes rigoureusement correctes, des amis jugent Frank assez négligé dans sa façon de s’habiller, et « bohème » dans sa façon de se comporter.
Durant sa première année à Caltech, Frank fait la connaissance de Jacquenette « Jackie » Quann, une Canadienne francophone de 24 ans inscrite en économie à Berkeley. Ils se rencontrent à Berkeley au printemps 1936, alors que Robert emmène son frère rendre visite à une amie, Wenonah Nedelsky, et que Jackie s’occupe de garder ses enfants. Pour payer les factures, elle travaille aussi comme serveuse. Simple et franche, elle arbore un comportement terre-à-terre refusant toute prétention. « Jackie
était fière d’appartenir à la classe ouvrière, se rappelle Bob Serber 16, et elle n’avait que faire des intellectuels. » Son ambition : devenir assistante sociale. Ses cheveux sont simplement coupés à la garçonne et jamais elle ne s’embarrasse de rouge à lèvres ou d’une quelconque touche de maquillage. Ce n’est pas vraiment le genre de femme que Robert Oppenheimer aurait choisi pour son frère. Mais au printemps, Robert, Frank, Jackie et Wenonah (récemment séparée de son mari Leo) vont sortir à quatre à deux ou trois reprises. En juin, Frank invite Jackie à passer l’été à Perro Caliente, le ranch que son frère a acheté au Nouveau-Mexique. Ils y descendent à bord d’un
cadeau de Robert : un pick-up Ford flambant neuf à 750 dollars 17.
Lorsqu’au cours de l’été, Frank fait part à Robert de son intention d’épouser Jackie, son frère cherche à l’en dissuader. Jackie et Robert ne s’entendent pas. Elle se souvient qu’« il disait toujours des trucs comme “Bien sûr, tu es beaucoup plus vieille que Frank” – j’ai huit mois de plus, en réalité – et que Frank n’était pas prêt ».
Cette fois encore, Frank va ignorer les conseils de son frère. Il épouse
Jackie le 15 septembre 1936. Comme l’écrit Robert 18, ce fut « un acte d’émancipation et de rébellion contre sa dépendance à mon égard ». Robert ne cesse de dénigrer Jackie en la désignant comme « la serveuse que mon frère a épousée ». En même temps, il veut aussi « arranger les choses » pour son frère et sa nouvelle femme. « Nous nous voyions beaucoup tous les
trois à Pasadena, Berkeley et Perro Caliente, se souvient Frank 19, et entre mon frère et moi, il y avait un partage continu d’idées, d’entreprises et d’amis. »
Jackie avait toujours été très militante. « Elle pouvait vous rendre fou
avec ses élucubrations politiques », se souvient un proche 20. Étudiante à
Berkeley 21, elle avait rejoint la Ligue des jeunes communistes, avant de travailler pendant un an à Los Angeles pour le journal du Parti. Ce qui ne posait aucun problème à Frank. Comme il se rappelle : « Dès le lycée, j’ai plus ou moins penché vers le gauchisme. Je me souviens qu’une fois, j’étais allé avec des amis à un concert au Carnegie Hall qui n’avait pas de chef d’orchestre. C’était une sorte de mouvement “à bas les patrons”. »
Un jour, au début de 1937, Jackie et Frank tombent sur un coupon d’adhésion dans le journal communiste local, People’s World. « Je l’ai
découpé et l’ai envoyé, se souvient Frank 22. Nous étions vraiment très transparents à ce sujet – complètement transparents. » Mais il faut attendre plusieurs mois avant que leur demande obtienne une réponse. Comme à beaucoup de professionnels, on indique à Frank de rejoindre le Parti sous un pseudonyme. Il choisit Frank Folsom. « Lorsque j’ai adhéré au Parti communiste, témoignera-t-il plus tard, pour une raison que je n’ai pas comprise à l’époque et que je n’ai jamais saisie depuis, ils ont demandé de renseigner mon vrai nom et d’y ajouter un autre. Cela m’a semblé absurde. Je n’avais jamais utilisé d’autre nom que le mien, et en même temps, justement parce que cela me semblait si ridicule, j’ai opté pour celui d’une prison californienne [Folsom]. » En 1937, son « matricule » au Parti communiste est le 56385. Un jour, il va oublier sa carte verte du Parti dans la poche de sa chemise avant de la donner à la blanchisserie. Le vêtement lui reviendra avec la carte du Parti soigneusement protégée dans une enveloppe.
Frank comprend que son adhésion au Parti en heurte certains. « Je me souviens d’un ami de mon père, un vieil homme, qui disait qu’il n’enverrait
jamais son fils dans une université où j’aurais été enseignant 23. » Le
physicien de Stanford 24, Felix Bloch, essaye tant bien que mal de lui faire renoncer au Parti, mais Frank ne veut rien entendre. Reste que la plupart de ses amis y sont globalement indifférents. Son obédience politique n’était qu’un aspect de sa vie. À cette époque, Frank se consacre à ses études en spectroscopie bêta à Caltech. Comme son frère, il se lance dans une très prometteuse carrière.
Plus tard, Robert fera peu de cas des idées communistes de son frère. Il est certes adhérent au Parti, mais la vie de Frank ne s’arrête pas là. Comme
le résume Robert 25 : « Il aimait passionnément la musique. Il avait beaucoup d’amis absolument pas communistes. […] Il passait ses étés au ranch. Impossible qu’il ait été un communiste très zélé à cette époque. »
Quelque temps après avoir adhéré au Parti, Frank tient à venir à Berkeley, passer la soirée chez son frère et lui annoncer la nouvelle. Comme
Robert le dira dans son audition de 1954 26 : « J’en ai été assez contrarié », mais sans expliquer plus avant les raisons de ce déplaisir. Adhérer au PC, bien sûr, n’était pas sans risque. Reste qu’en 1937, ce n’est pas quelque chose qui dérange outre mesure les milieux gauchisants de Berkeley. « On ne considérait pas, peut-être bêtement, comme un grand crime d’État le fait d’être membre du Parti communiste, ni cela ne nous semblait motif à honte ou déshonneur. » Du côté de l’administration de l’université de Californie, par contre, l’hostilité au PC est manifeste. Ce qui n’est pas de bon augure pour Frank, qui est en train d’essayer de se construire une carrière universitaire et qui, contrairement à Robert, n’est pas titularisé. Ce qui explique peut-être la contrariété de Robert, c’est qu’il pense que son jeune frère est trop téméraire en prenant un tel engagement, ou alors qu’il est trop sous la coupe des radicalités de sa femme. Si Robert s’était lui-même éveillé à la politique, il ne sent pas obligé d’adhérer au Parti communiste par principe. Chez Frank, en revanche, il y avait manifestement un besoin émotionnel de s’engager aussi formellement.
En 1943, un collègue 27 de Frank durant ses deux années à Stanford va déclarer à un agent du FBI que, « selon lui, Frank Oppenheimer avait suivi l’exemple et les directives de son frère, J. Robert Oppenheimer, pour toutes ses attitudes et affiliations politiques ». Cette source anonyme avait surtout tort : Frank avait rejoint le Parti de manière indépendante, contre l’avis de son frère. L’informateur voyait cependant juste sur un point : au FBI, il assure que les deux Oppenheimer sont « fondamentalement loyaux envers ce pays ». Aux yeux de leurs amis (et du FBI), les frères Oppenheimer étaient d’une proximité extraordinaire. Les actions de Frank rejailliront toujours sur Robert. Et malgré ses efforts pour arranger les choses pour Frank, Robert n’arrivera jamais à protéger totalement son frère des brûlures de sa propre gloire.
Par rapport à son frère en qui on lit comme dans un livre ouvert, Robert a tout d’une énigme. Si l’ensemble de leurs amis savent situer ses sympathies politiques, la nature exacte de ses relations avec le Parti communiste reste, encore à ce jour, floue et vague. Il décrira plus tard son ami Haakon Chevalier comme « une rose de salon. Il avait des contacts très étendus avec toutes sortes d’organisations de couverture ; il s’intéressait aux écrivains de gauche, […] il parlait assez librement de ses opinions ». Une description qu’Oppenheimer aurait pu très facilement s’appliquer à lui-même.
Ce qui ne fait pas le moindre doute, c’est que Robert a été entouré de parents, d’amis et de collègues qui, à un moment ou à un autre, furent membres du Parti communiste. Soutien de l’aile gauche du New Deal, il sera extrêmement généreux avec des causes défendues par le Parti. Tout en
insistant n’avoir jamais pris sa carte au PC. En revanche, il a pu faire part 28 d’associations « très brèves et très intenses » avec le Parti. Ici, il faisait référence à la période de la guerre civile espagnole, mais il va aussi participer ultérieurement à des réunions rassemblant des adhérents en bonne et due forme du Parti communiste et visant à débattre de l’actualité. Des réunions, encouragées par le Parti, d’ailleurs spécifiquement conçues pour impliquer des intellectuels indépendants du genre d’Oppenheimer et brouiller les frontières de l’identité partisane. Reste que de n’avoir jamais été un membre officiel du Parti laissera la possibilité à Oppenheimer d’être le seul à pouvoir caractériser sa relation avec celui-ci. Pendant une très courte période, il se définira comme un « camarade non affilié ». Ce qui semble également évident, c’est qu’il tentera plus tard de minimiser l’étendue de ses associations avec le Parti. Pour le dire en deux mots, essayer de qualifier Robert Oppenheimer de communiste est un exercice périlleux – comme le FBI va l’apprendre à ses dépens durant de longues années.
En réalité, ses associations avec les communistes furent une conséquence naturelle et socialement spontanée de ses amitiés et de sa situation existentielle. Professeur à l’université de Californie à la fin des années 1930, Oppenheimer évolue dans un environnement politiquement chargé. Dans de tels cercles, il va inévitablement donner l’impression à nombre de ses amis, pour le coup adhérents stricto sensu du Parti, d’être l’un des leurs. Robert, après tout, voulait être apprécié et partageait très certainement les aspirations de justice sociale portées et défendues par le Parti. Et ses amis avaient bien le droit de penser ce qu’ils voulaient. Rien d’étonnant à ce que des membres du Parti aient vu en lui un authentique camarade. Et, naturellement, quand le FBI en mettra certains sur écoute, il les entendra parfois parler d’Oppenheimer comme de l’un des leurs. Mais d’autres écoutes révèlent combien des membres du Parti ont pu se plaindre de sa distance et de son manque de fiabilité. Plus important encore, rien ne prouve qu’Oppenheimer se soit jamais soumis à la discipline du Parti. Vu la force de son alignement personnel avec le gros, voire l’ensemble du programme du Parti, en cas de désaccord, jamais il n’a toléré de se contorsionner pour se conformer à la ligne du Parti. Qu’il ait eu assez tôt des réserves sur la nature totalitaire du régime soviétique est aussi très révélateur. Il admirait ouvertement Franklin Roosevelt et défendait le New Deal. Et s’il a pu adhérer à diverses organisations du Front populaire, où le Parti communiste était hégémonique, il fut également un fervent défenseur des libertés civiles et un membre de premier plan de l’American Civil Liberties Union. En résumé, en progressiste et partisan du New Deal, il fut un classique compagnon de route, admirant l’opposition du Parti communiste au fascisme en Europe et sa défense des droits des travailleurs dans son pays. Qu’il ait œuvré auprès de membres du Parti pour soutenir ces objectifs n’a rien de surprenant, ni de significatif.
Une ambiguïté exacerbée par le fait qu’au cours de ces années de Front populaire, la structure organisationnelle même du Parti communiste, en particulier en Californie, brouillait de facto la distinction entre affiliation
occasionnelle et adhésion réelle. Comme l’écrit Jessica Mitford 29 dans ses irrévérencieuses mémoires revenant sur son passage dans la branche de San Francisco du PC, « à cette époque […] le Parti était un étrange mélange d’ouverture et de secret ». La très conspirative « cellule » de trois à cinq membres avait été remplacée par des « branches » ou des « clubs » – une « nomenclature jugée plus conforme à la tradition politique américaine ». Des centaines de personnes pouvaient appartenir à ces « clubs », où la petite cuisine du Parti se faisait de manière assez ouverte et informelle. Tout le monde était le bienvenu et les gens, dont souvent des informateurs du FBI, assistaient aux réunions hebdomadaires dans des salles louées sans trop se demander si tel ou tel était à jour de sa cotisation. D’autre part, comme le rapporte Mitford, elle et son mari avaient « d’abord été affectés au Southside Club, l’une des rares branches “fermées” ou secrètes, réservée aux fonctionnaires, aux médecins, aux avocats et à d’autres personnes dont la profession aurait pu être menacée par une affiliation ouverte au Parti ».
À la fin des années 1930, bien des intellectuels de gauche, pro-syndicats et antifascistes, ont même cherché à s’éloigner le plus possible du Parti communiste. Et beaucoup des authentiques adhérents au PC ont également voulu cacher leur affiliation, même si, à l’instar d’Oppenheimer, ils étaient politiquement actifs et soutenaient des causes portées par le Parti. Ces membres secrets du Parti seront d’ailleurs si nombreux que le secrétaire
général du Parti communiste américain, Earl Browder 30, finira par pousser une grosse colère en juin 1936 : « Comment allons-nous pouvoir dissiper la peur du rouge parmi les rouges ? Certains de ces camarades cachent leurs opinions et affiliations communistes comme une maladie honteuse ; ils abreuvent le Parti de suppliques hystériques pour qu’il se tienne aussi loin que possible de leur travail. »
Des années plus tard, Haakon Chevalier affirmera qu’Oppenheimer faisait lui aussi partie de ces adhérents secrets au PC. Mais interrogé précisément sur l’unité à laquelle Robert aurait appartenu, Chevalier va décrire une coterie tout à fait anodine d’amis, très similaire au « groupe de discussion » dont il fait état dans ses mémoires de 1965 et très loin du genre d’« unité fermée » officielle décrite par Mitford. « C’est nous/lui qui en
sommes à l’origine, dira Chevalier à Martin Sherwin 31, en parlant d’Oppenheimer. C’était une unité fermée et non officielle. Il n’y a aucune trace de cela. […] Personne n’était au courant, sauf une personne. Je ne sais pas qui c’était, mais [cette personne était] dans l’échelon supérieur du Parti à San Francisco. » Ce groupe « non officiel » connu seulement d’« une personne » ne comptait au départ que six ou sept membres, pour en rassembler à un moment donné jusqu’à douze. « Nous discutions de ce qui se passait localement, dans l’État, dans le pays et dans le monde », se souviendra Chevalier.
Et c’est cette version de l’histoire que l’on retrouve dans les archives du FBI qui, en 1941, ouvrira pour la première fois un dossier sur Oppenheimer. Son nom avait été porté à l’attention du Bureau tout à fait par hasard quelques mois auparavant, en décembre. Pendant près d’un an, le FBI avait
mis sur écoute William Schneiderman 32, secrétaire du Parti communiste de Californie, et Isaac « Pops » Folkoff, son trésorier. Non autorisées par un tribunal ou par le procureur général, ces écoutes étaient donc illégales. Reste qu’en décembre 1940, lorsqu’un agent du FBI à San Francisco entend Folkoff parler d’un rendez-vous à 15 heures chez Haakon Chevalier comme
d’une réunion de « grands garçons 33 », un agent est envoyé pour noter les numéros de plaques d’immatriculation. L’une des voitures trouvées garées devant la maison de Chevalier est le roadster Chrysler d’Oppenheimer. Au printemps 1941, le FBI identifie Oppenheimer comme un professeur « signalé par d’autres sources comme ayant des sympathies communistes ». Le FBI note qu’il siège au comité exécutif de l’American Civil Liberties Union – qualifiée par le Bureau de « couverture du Parti communiste ». Inévitablement, un dossier d’enquête est ouvert sur Oppenheimer. Il se remplira de quelque 7 000 pages. Le même mois, le nom d’Oppenheimer
rejoint une liste 34 de « personnes à considérer pour une détention préventive avant enquête en cas d’urgence nationale ».
Un autre document du FBI 35, citant un dossier d’enquête du « T-2, une autre agence gouvernementale », affirme qu’Oppenheimer était membre d’une « section professionnelle » du Parti communiste. L’un de ces documents « T-2 » trouvés dans le dossier d’Oppenheimer au FBI comprend un extrait de deux pages d’un rapport non identifié énumérant les membres de diverses branches du Parti communiste. Des noms et adresses sont consignés pour la « branche des dockers », la « branche des marins » et la « section professionnelle ». Neuf noms sont répertoriés dans cette dernière : Helen Pell, Dr Thomas Addis, J. Robert Oppenheimer, Haakon Chevalier, Alexander Kaun, Aubrey Grossman, Herbert Resner, George R. Andersen et I. Richard Gladstein. Oppenheimer connaissait manifestement certaines de ces personnes (Pell, Addis, Chevalier et Kaun), et il est tout aussi clair qu’il y avait là des adhérents effectifs du Parti communiste. Mais impossible d’évaluer la crédibilité de ce document non daté.
Selon Chevalier, qui se sera longuement et précisément entretenu avec Martin Sherwin, chaque membre de cette prétendue « unité fermée » payait une cotisation au Parti communiste – à l’exception d’Oppenheimer. « Oppenheimer payait les siennes séparément, probablement parce qu’il donnait beaucoup plus que ce qui était demandé. » Ou alors, comme Robert l’a toujours dit, parce qu’il finançait des causes, sans jamais s’acquitter de réelles cotisations. Comme le précise également Chevalier : « Mais le reste d’entre nous payait à un membre qui était aussi un membre connu, un membre déclaré [du Parti]. Je ne suis pas censé le dire, mais il s’agissait de Philip Morrison. » Autrement, le groupe ne recevait aucun « ordre » du Parti et fonctionnait simplement comme une clique d’universitaires qui se fréquentaient pour partager des idées sur les affaires internationales et la
politique. Morrison, évidemment 36, avait depuis longtemps admis avoir rejoint la Ligue des jeunes communistes en 1938 et le PC lui-même en 1939
ou 1940. Interrogé sur les souvenirs de Chevalier 37, Morrison niera catégoriquement avoir été dans la même unité du Parti qu’Oppenheimer. Comme il le souligne, en tant qu’étudiant, jamais il n’aurait été affecté à une unité avec des membres du corps enseignant.
En 1982 38, lorsque Sherwin lui demande : « Qu’est-ce qui faisait de vous des membres du Parti communiste, par opposition à un simple groupe de gens de gauche ? », Chevalier va répondre : « Je ne sais pas. Nous avons payé des cotisations. » Quand Sherwin insiste : « Avez-vous reçu des ordres du Parti ? », Chevalier ajoute : « Non. En un sens, nous n’étions pas [des membres réguliers du Parti]. » À l’époque, explique-t-il, il était possible pour des gens comme lui et Oppenheimer de se considérer comme des intellectuels politiquement engagés, mais libres de la discipline du Parti. Les membres de ce groupe contribuent financièrement aux causes du Parti, font des discours lors d’événements qu’il parraine et rédigent des articles et autres tracts qui rejoignent les publications du Parti. Et pourtant, explique Chevalier, « nous l’étions et nous ne l’étions pas, tout à la fois. Selon l’angle sous lequel on considère les choses ». Pressé d’expliciter, Chevalier poursuit : « C’était comme une sorte d’existence obscure. Cela existait, tout en n’étant pas identifié, et avait une certaine influence parce que nous avions nos opinions sur certaines choses qui se passaient et qui étaient transmises au centre, et nous étions consultés sur certaines choses. […] Apparemment, la même chose s’est produite dans de nombreuses autres régions des États-Unis, des unités fermées pour les professionnels ou les gens qui ne voulaient pas être identifiés de quelque manière que ce soit. »
L’ambiguïté des relations entre Oppenheimer et le PC, telle que décrite par Chevalier, est corroborée par Steve Nelson, leader charismatique du Parti communiste à San Francisco et ami d’Oppenheimer dans les années 1940-1943. Nelson fréquente Oppenheimer amicalement, mais aussi parce qu’il avait été missionné comme l’un des agents de liaison du Parti avec la communauté universitaire. Comme l’expliquera Nelson dans une interview de 1981 :
« Je me réunissais socialement avec ce groupe qui comprenait des membres du Parti et des personnes extérieures au Parti, où on parlait librement de la situation actuelle. […] Ce groupe discutait de questions de politique étrangère. L’humeur générale, qui était aussi celle d’Oppenheimer, était qu’il aurait été tragique que les États-Unis, l’Angleterre et la France ne forment pas une alliance quelconque contre l’Italie ; tragique. Je ne peux plus dire aujourd’hui si c’est Chevalier ou Bob [Oppenheimer] ou quelqu’un d’autre qui a eu ce mot. Mais c’était très certainement le sentiment partagé durant la réunion. »
Nelson 39 va dans le sens des commentaires ambigus de Chevalier sur l’appartenance d’Oppenheimer au Parti. « Je ne sais pas si je pourrais prouver ou réfuter ce point, dit-il. Je vais donc m’en tenir à cela – qu’il était un proche sympathisant. Je le sais parce que nous avons eu un certain nombre de discussions sur les politiques de la gauche. […] Maintenant, cela ne signifie pas qu’il était membre du Parti. Je pense qu’il était proche d’un certain nombre de membres du Parti sur le campus. »
Nelson lui-même quittera le Parti communiste en 1957. En 1981, il publie des mémoires dans lesquelles il évoque brièvement sa relation avec Oppenheimer. Lorsqu’il fait lire le manuscrit à l’un de ses anciens camarades californiens, pour sa part toujours encarté, ce vieux communiste
le juge 40 « trop gentil » avec Oppenheimer – Nelson aurait dû lui reprocher d’avoir nié son affiliation au Parti. Comme le commente Nelson : « Ce que je pensais personnellement d’Oppenheimer, c’est qu’il penchait effectivement à gauche. Que l’on ait sa carte au Parti ou non n’avait pas d’importance. Il était associé aux causes de la gauche, et ce fut suffisant pour l’assassiner politiquement. »
Tous les membres de cette unité prétendument fermée sont morts. Mais l’un d’eux aura laissé derrière lui des mémoires qui n’ont jamais été publiés. Gordon Griffiths (1915-2001) avait rejoint le Parti communiste à Berkeley en juin 1936, juste avant de partir pour Oxford. À son retour, à l’été 1939, Griffiths renouvelle discrètement son adhésion au Parti – sa femme, Mary, ayant perdu ses illusions, il demande une affectation confidentielle. On finit par lui confier le poste de « liaison avec le groupe de
la faculté de l’université de Californie 41 ». Griffiths accepte cette mission à l’automne 1940 et la quitte au printemps 1942. Dans ses mémoires, il écrit que, sur les plusieurs centaines de membres de la faculté de Berkeley, seuls trois étaient membres de ce « groupe communiste de la faculté » : Arthur Brodeur (une autorité sur les sagas islandaises et le Beowulf au sein du département d’anglais), Haakon Chevalier – et Robert Oppenheimer.
Griffiths admet qu’Oppenheimer a toujours nié avoir adhéré au PC. Comme il le souligne, les défenseurs d’Oppenheimer ont toujours expliqué sa proximité avec les communistes par sa naïveté politique. « Énormément d’énergie a été dépensée par tout un tas de gens qui, à gauche et avec les meilleures intentions du monde, ont pensé que c’était là la seule façon de défendre son cas. Sans doute était-ce vrai à l’époque – au plus fort du maccarthysme. […] Mais le temps est venu de remettre les pendules à l’heure et de poser la question comme on aurait dû toujours la poser : pas pour savoir s’il avait ou non été membre du Parti communiste, mais si cette appartenance aurait dû, en soi, empêcher qu’il serve à un poste de confiance. »
Les mémoires de Griffiths développent peu la description faite par Chevalier sur la fameuse « unité fermée ». De manière compréhensible, Griffiths estime que le simple fait de la participation d’Oppenheimer à ces réunions en faisait un communiste. Il écrit que le groupe se réunissait régulièrement, deux fois par mois, soit au domicile de Chevalier, soit chez Oppenheimer. En général, Griffiths y venait avec des documents du Parti à distribuer, et collectait les cotisations de Brodeur et Chevalier, mais pas d’Oppenheimer. « On m’a laissé entendre qu’Oppenheimer, en tant qu’homme pouvant compter sur une fortune personnelle, apportait sa contribution par un canal spécial. Personne n’avait de carte du Parti. Si le paiement des cotisations était le seul critère d’adhésion, je ne pourrais pas témoigner qu’Oppenheimer était membre, mais je peux dire, sans aucune réserve, que les trois hommes se considéraient comme des communistes. »
Comme s’en souvient Griffiths, ce groupe d’universitaires ne faisait pas grand-chose « qu’on n’aurait pas vu plus généralement chez des gens de gauche ou des démocrates ». Ils s’encourageaient mutuellement à s’investir dans de bonnes causes, comme le syndicat enseignant et le sort des réfugiés de la guerre civile espagnole. « Il n’y a jamais eu de discussion sur les passionnants développements de la physique théorique, qu’ils soient ou non classifiés, et encore moins pour suggérer que des informations pouvaient être transmises aux Russes. En bref, notre activité n’avait rien de subversif ni d’assimilable à de la trahison. […] Les réunions étaient principalement consacrées à des discussions sur l’actualité mondiale et nationale, et à l’interprétation de tels événements. Dans ces discussions, Oppenheimer était toujours celui qui donnait les explications les plus complètes et les plus profondes, à la lumière de sa compréhension de la théorie marxiste. Décrire son attachement aux causes de gauche comme le résultat d’une naïveté politique, comme beaucoup l’ont fait, est absurde, et diminue la stature intellectuelle d’un homme dont la clairvoyance sur ce qui se passait dans le monde politique était largement supérieure à la plupart de ses contemporains. »
Kenneth O. May, le responsable du PC de Berkeley ayant affecté Griffiths à ce groupe, déclarera au FBI que Haakon Chevalier et d’autres professeurs de Berkeley assistaient à ses réunions, mais qu’il « ne considérait pas que les personnes qui participaient à ces rassemblements
constituaient un groupe du PC 42 ».
Ancien étudiant du département de mathématiques 43 de Berkeley, Ken May fut un ami d’Oppenheimer. Il rejoint le Parti communiste en 1936 et se rend en Russie pendant cinq semaines en 1937, puis à nouveau en 1939 pendant quinze jours. Il en revient séduit par le modèle politique et économique soviétique. Lors des élections locales de Berkeley en 1940, May prononce un discours devant la commission scolaire pour défendre le droit des candidats locaux du Parti communiste à tenir un meeting dans l’enceinte d’une école publique. Une fois ce discours couvert par la presse locale, son père, un politologue conservateur de l’UC Berkeley, le déshérite publiquement et l’université lui retire son poste de maître de conférences. L’année suivante, May fera campagne sur une liste communiste pour un siège au conseil municipal de Berkeley, alors qu’il n’avait pas encore terminé ses études de mathématiques. Son affiliation au Parti communiste n’avait donc rien de secret lors de sa première rencontre avec Oppenheimer. May était un ami de Jean Tatlock, et les deux hommes furent sans doute présentés lors d’une réunion de la Teachers’ Union en 1939.
Des années plus tard, après avoir quitté le Parti, May déclarera au FBI s’être rendu au domicile d’Oppenheimer à plusieurs reprises pour parler politique et se souvenir de l’avoir vu lors de « réunions informelles […] censées aborder des questions théoriques concernant le socialisme ». En ajoutant qu’à ses yeux, Oppenheimer n’était pas un membre du Parti ni quelqu’un « sous la discipline du PC ». Oppenheimer était un intellectuel indépendant et, comme May l’explique au FBI, « le PC avait tendance à se méfier des intellectuels, en tant que groupes, dans la gestion des affaires du PC, mais en même temps le Parti avait très envie d’influer sur la pensée de ces individus et de gagner leur prestige et leur soutien pour des objectifs dont le Parti aurait pu se targuer. Pour cette raison, May resta en contact avec le sujet [Oppenheimer] et d’autres professionnels ; il pouvait discuter communisme avec eux et leur fournir de la littérature du PC ».
Comme May le dira aux agents du FBI 44, Oppenheimer était le genre d’homme tout à fait disposé à « approuver les buts et objectifs du PC si jamais il avait décidé, dans son propre esprit, qu’ils avaient du mérite. Jamais il n’aurait cependant approuvé les objectifs avec lesquels il n’était pas d’accord ». Et May d’observer que le « sujet s’associait ouvertement avec qui il voulait, communistes ou non ».
Le FBI n’a jamais pu déterminer si Robert était ou non membre du PC – ce qui veut dire que peu d’indices pointaient vers une adhésion. Sur cette question, la plupart des données contenues dans les dossiers du FBI sont circonstancielles et contradictoires. Si quelques informateurs du FBI ont pu affirmer qu’Oppenheimer était communiste, la plupart d’entre eux se contentent de dresser le portrait d’un compagnon de route. Et certains nient catégoriquement toute adhésion. Le FBI n’a pu compter que sur ses propres soupçons et des conjectures extérieures. Pour cette énigme, seul Oppenheimer avait la réponse. Et comme il ne cessera de le répéter, jamais il ne fut membre du Parti communiste.
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