Sous-Offs

Lucien Descaves · Chapitre 39 sur 47

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Sous-Offs

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Quand le prêtre rentra le soir, chez son frère, Virginie avait disparu… Les choses restaient en l’état où elles étaient, le matin. Elle n’avait emporté que ses robes, son linge. Rien ne trahissait plus la femme.

L’abbé, cependant, avant de se mettre au lit, ouvrit la fenêtre un moment, – pour changer l’air.

 

VII

 

Lorsque Virginie se présenta à l’hôpital, le lendemain, on lui fit observer, avec une brusquerie qui l’étonna, que les ma-lades étaient visibles le jeudi et le dimanche seulement.

Des permissions exceptionnelles n’étaient accordées qu’aux membres de la famille.

— Mais…, commença Virginie.

— Nous n’avons pas d’ordre… D’ailleurs, vis-à-vis du capitaine, ces formalités sont inutiles. Son état le condamne à l’isolement ;… prescription du major.

Tout de suite, elle courut chez le commandant.

Il lui fit comprendre qu’il s’était heurté contre une volon-té supérieure à la sienne.

Alors elle se trouva seule, car elle avait menti, ne con-naissait personne, sans ressources presque, dans une chambre d’hôtel.

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Elle ne pouvait songer à retourner en journées, comme il y avait vingt ans. La vue, devenue mauvaise, se refusait aux travaux d’aiguille. Elle attendit, ne désespérant pas encore. Peut-être sortirait-il, une seconde fois, de cette crise.

Elle fit venir sa fille. Et elles se présentaient le jeudi et le dimanche, à l’hôpital, pour voir « parrain », disait l’enfant, en son ignorance entretenue.

Muratel demeurait invisible. Elle n’avait de ses nouvelles que par le brosseur, le seul qui l’approchât, le vît tous les jours. Car les officiers observaient à la lettre les prescriptions du major. On avait parlé du fou, au mess, pendant trois jours. Puis l’oubli s’était creusé. Même on était d’avis que l’accident avait heureusement tranché une situation pénible pour tous.

Virginie allait attendre l’ordonnance à la sortie de l’hôpital. Elle l’interrogeait :

— Un peu mieux…, pas bien aujourd’hui…, comme d’habitude.

Le soldat chantait chaque jour le même refrain.

Elle avait sur les lèvres une question : Parle-t-il de moi ? – qu’elle n’osait poser. Elle espérait qu’il la devinerait ou que le hasard lui donnerait satisfaction. Enfin, l’ordonnance parut comprendre.

— Non, il ne demande personne.

Il ajouta, infatué de la confiance du malade :

— Il ne connaît que moi ! Il m’embrasse quand j’arrive… Ah ! écoutez donc…

 

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Elle se penchait, anxieuse.

— … Il veut que je lui amène son cheval, oui…, sous les fenêtres. Il s’ennuie de ne plus le voir.

— Ah !… son cheval ?… répétait Virginie.

— J’oubliais. Il attend aussi la réponse du ministre, au sujet de la mission, vous savez bien ? Ça, par exemple, il y tient !… Il veut nous emmener.

— Nous ?…

— Oui, moi, son cheval et le sergent-major. Il est rigolo tout plein quand il nous promet la médaille militaire, à moi et au double !

Et, après une pause, se ravisant, éclairé :

— Oui, c’est bien drôle tout de même qu’il ne parle ja-mais de vous !

Un jeudi, une quinzaine après l’entrée de Muratel à l’hôpital, comme Virginie s’y présentait, le portier s’étonna.

— Le capitaine ? Mais il est parti lundi pour Charenton. On avait été forcé de lui mettre la camisole. Oh ! incurable ! Le major l’a dit : — Il peut durer des années… Y a encore de l’huile dans la lampe, mais, la mèche charbonne… Ça sent mauvais !…

Et baissant la voix, heureux de paraître bien informé :

— On s’y attendait. Et en prévision d’une position d’absence qui peut se prolonger indéfiniment, il paraît que le colonel, malin, a demandé la permutation du capitaine… Il se débarrasse de lui, quoi !…

 

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