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Irvine Welsh · Chapitre 12 sur 43

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L’ÉCOSSE SE DROGUE POUR S’ABRITER LA TÊTE

 

J’allais pas parler du concert de Barrowland à Lizzy. Ça, mec, pas question. Tu m’étonnes. J’avais acheté ma place dès que j’ai eu mes Assedic. J’étais vraiment à sec, comme moi-même. C’était aussi son anniversaire. C’était la place ou un cadeau pour elle. Photo inutile. Le vainqueur est Iggy Pop. Je me disais qu’elle comprendrait.

— Tu peux t’acheter des putains de places pour cet enculé d’Iggy Pop mais tu peux pas m’acheter une saloperie de cadeau d’anniversaire !

C’était sa réponse. Tu vois quelle putain de croix je me trimballe ? La vraie folie, mec. Mais faut pas croire, hein. Je la comprends. Mais c’est pas ma faute tout de même, comme je dis, c’est pas ma faute. Le vrai naïf, c’est Tommy. J’avance balloches au vent. Je fais tout comme je le sens. Si j’étais un peu plus, c’est quoi le mot ? hypocrite, je n’aurais rien dit à propos des places. Mais je me suis emballé et j’ai vraiment ouvert ma vaste gueule bien

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grand. Tommy Gun l’Intrépide pour vous servir. Le vrai crétin.

Donc, depuis, pas un mot sur le concert. Le soir d’avant que ça pète, Lizzy me dit que ce serait le vrai pied d’aller au ciné voir Les Accusés. Elle me dit que la caille de Taxi Driver joue dedans. Le film ne me dit pas trop, trop de bla-bla et de pub autour. Mais, de toute manière, c’est au-delà du problème parce que comme tu me vois, je suis assis avec la queue enroulée autour des billets du concert d’Iggy. Donc je suis bien obligé de mentionner Barrow-land et le mec.

— Demain, je peux pas. Il y a le concert d’Iggy à Barrowland. Moi et Mitch on y va.

— Parce que tu préfères aller au concert avec cet enculé de Davie Mitchell plutôt qu’au ciné avec moi.

Ça, c’est du vrai Lizzy. La question de rhétorique, l’arme cachée des nanas et des psychopathes.

Le problème devient, genre, le vrai référendum sur notre relation. J’ai envie d’être franc et de dire oui mais ça voudra dire bazarder Lizzy et je suis accro à nos parties de cul. Seigneur, j’adore ça. La baiser par-derrière, dans ma piaule, pendant qu’elle gémit doucement, sa jolie tête posée sur la taie d’oreiller de soie jaune, celle que Spud a piquée pour moi au British Home Stores de Princes Street, un cadeau pour ma crémaillère. Je sais que je ne devrais pas divulguer ainsi notre vie privée mec, mais, l’image d’elle dans le lit est tellement forte que même la vulgarité de cette fille et sa façon d’être tout le temps offensée ne peuvent pas l’amoindrir. Je n’espère qu’un truc : que Lizzy soit toujours comme elle est au lit.

J’essaie de la calmer en murmurant des excuses mais elle est tellement dure, tellement implacable : douce et belle seulement entre des draps. Cette méchanceté permanente sur son visage aura détruit sa beauté bien avant que le temps ne l’ait fanée. Elle me traite de tous les enculés du monde, et quelques autres pour faire bonne mesure. Pauvre Tommy Gun. T’es plus le plus grand des combattants, t’es le plus grand des cons battus.

Et c’est pas la faute d’Iggy. On ne peut pas en vouloir à ce mec, quand même. Comment il aurait pu savoir qu’en ajoutant le Barrowland à sa tournée il foutrait la merde dans la vie de mecs dont il ignore même l’existence ? C’est le vrai flip quand on y pense. Mais bon, Iggy est un truc de plus qui vient charger la barque. Lizzy est une vraie femme de béton. J’ai du bol, pourtant. Même Sick Boy en est jaloux. Être le copain de Lizzy, ça vous donne un statut mais la célébrité se paye, comme on dit. Quand je m’en vais du pub, je ne doute plus de mon manque de valeur en tant qu’être humain.

Une fois à la maison, je me fais une ligne de speed et je descends une demi-bouteille de Merrydown. Je peux vraiment pas dormir alors je téléphone à Rents et je lui demande s’il veut venir voir une cassette de Chuck Norris. Rents va à Londres demain. Il passe plus de temps là-bas qu’ici. Un truc pour arranger son Assedic. Ce salaud est dans une sorte de bande avec ces mecs qu’il a connus quand il bossait sur le ferry transmanche Harwich-Hook of Holland, il y a des années. Il ira voir Iggy au

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Town and Country pendant qu’il sera à Smoke . On fume un peu d’herbe

et on s’explose de rire pendant que Chuck dégomme les antéchrists communistes par paquets de douze, avec cette expression stoïque et constipée qui ne lui quitte jamais la gueule. Lucide, c’est inregardable. Raide, c’est vraiment immanquable.

Le lendemain, j’avais la bouche pleine d’aphtes redoutables. Temps, Gav Temperley, qui vient d’emménager dans l’apparte, dit que je l’ai pas volé. Je m’assassine avec le speed, qu’il me dit. Temps dit qu’avec mes compétences, je devrais trouver un job. Je lui dis que pour un copain, il s’exprime beaucoup trop comme ma mère. Mais bon, on peut considérer le point de vue de Gav. Il est le seul à bosser, pour cette salope d’Assedic, et il se fait toujours taper par nous autres. Pauvre Temps. Je crois que Rents et moi, on lui a gardé l’œil ouvert toute la nuit. Comme tous ceux qui travaillent, Temps ne supporte pas que les tiques d’Assedic fassent la fête. Il a carrément la haine que chaque jour Rents lui pompe des infos pour arriver à prolonger ses droits.

Je retourne chez ma mère taper un peu de cash pour le concert. J’ai besoin de thunes pour le train et pour la dope et l’alcool. Les speeds, c’est ma drogue. Ça va parfaitement avec l’alcool et j’ai toujours aimé picoler. Tommy, le vrai dingo du speed.

Ma Ma me fait un sermon sur les dangers de la drogue, elle me dit comme je l’ai déçue, et que j’ai déçu mon père aussi. Il n’en parle pas beaucoup mais il se fait vraiment du souci pour moi. Plus tard, quand il revient du boulot, il me dit, alors qu’elle est montée au premier, que si elle n’en parle pas beaucoup, elle se fait vraiment du souci pour moi. Franchement, il me dit, il est vraiment déçu par mon attitude, il espère que je ne prends pas de drogues ; le tout en me scrutant le visage comme s’il pouvait deviner. C’est marrant, je connais des junkies, des dopés et des dingues du speed mais les mecs les plus pourris par la drogue sont bien ceux qui picolent, comme Secks. C’est à dire Rab McLaughlin, le Deuxième Prix. Il pulvérise tous les records, ce con.

J’encaisse le cash et je retrouve Mitch au Hebs. Mitch est toujours avec cette nana, Gail. Mais ça saute aux yeux que ça ne lui soulève pas les guiboles. Tu les écoutes dix minutes et pour de vrai, tu lis entre les lignes. Il a l’humeur de la vraie éponge alors je lui tape un peu de blé. On descend quatre pintes et on grimpe dans le train. Je me fais quatre canettes d’Export et deux lignes de speed pendant le voyage jusqu’à Glasgow. On s’en enfile deux chez Sammy Down puis on prend un taxi pour Lynch. Après deux autres demis, et une ligne pour chacun aux chiottes, on chante un medley de titres d’Iggy et on va droit au Saracen Head, à Gallowgate, de l’autre côté de Barrow-land. On boit de quoi faire descendre ce qu’on a bu tout en léchant comme des fous le speed qui reste dans la feuille de papier alu.