trainspotting

Irvine Welsh · Chapitre 33 sur 43

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L’évanescent M. Hunt

 

Kelly travaille derrière le bar d’un pub à blaireaux dans South Side. Elle bosse beaucoup car l’endroit est assez populaire. C’est particulièrement bondé ce samedi après-midi quand Renton, Spud et Gav entrent pour un verre.

Sick Boy, vissé au téléphone du pub d’en face, appelle le bar.

— Je suis à toi dans une minute, Mark, fait Kelly alors que Renton se lève pour venir chercher les verres. Le bar de Rutherford, qu’elle gazouille.

— Salut, fait Sick Boy en déguisant sa voix.

Il prend le ton école commerciale genre Malcolm Rifkind :

— Y a-t-il un Mark Hunt au bar ?

— Il y a un Mark Renton, répond Kelly.

Un instant, Sick Boy se croit découvert mais il continue.

— Non, c’est Mark Hunt que je cherche.

— MARK HUNT ! gueule Kelly à travers le bar.

Les clients, des mâles surtout, se tournent vers elle ; les visages commencent à sourire.

— QUELQU’UN AURAIT VU MARK HUNT ?

Au bar, il y a des mecs qui s’effondrent de rire.

— Non, mais j’aurais aimé ! fait l’un d’eux.

Kelly ne comprend toujours pas. Avec une expression étonnée par les réactions qu’elle obtient, elle fait :

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— Il y a ce type au téléphone qui demande Mark Hunt …

Puis sa voix faiblit, ses yeux s’écarquillent et elle met la main sur sa bouche, comprenant enfin.

— Il n’est pas le seul, sourit Renton alors que Sick Boy fait son entrée dans le pub.

Ils rient si fort qu’ils sont obligés de s’accrocher l’un à l’autre.

Kelly leur jette le contenu d’une carafe mais ils le remarquent à peine. Ça a fait rire tout le monde mais elle se sent humiliée. Elle se sent mal de se sentir mal, de n’être pas capable de bien prendre une vanne.

Et puis elle réalise que ce n’est pas la vanne qui l’ennuie mais les réactions des hommes dans le bar. Derrière son comptoir, elle se sent comme un animal encagé au zoo, qui a fait quelque chose de drôle. Elle regarde leurs visages déformés en un masque rouge, écarquillé, jubilant. Ils rient d’une femme une fois de plus, se dit-elle, de la petite conne derrière le bar.

Renton la regarde, il voit sa colère et sa peine. Ça le douche. Ça le trouble. Kelly a pourtant le sens de l’humour. Que se passe-t-il ? L’expression réflexe : elle a ses affaires est en train de se former dans sa tête quand il regarde autour de lui et saisit les intonations des rires qui secouent le bar.

Ce ne sont pas des rires pour rire.

C’est le rire d’une foule prête au lynchage.

Comment pouvais-je savoir, se dit-il. Bordel, comment pouvais-je savoir ?

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