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Irvine Welsh · Chapitre 16 sur 43

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DILEMME JUNK n° 65

Des éclaboussures de merde brune glissent le long des verres de lunettes de M. Houston, sur son visage et contre sa chemise blanche. Il y en a sur le lino de la table et dans son repas. On dirait qu’il a touillé son assiette avec du nuoc-mam. La blouse jaune de Gail a écopé, aussi.

Putain de Dieu.

— Mon Dieu… mon Dieu… mâchonne M. Houston pendant que Mme Houston gerbe et que je fais des efforts pathétiques pour remettre ce que je peux de mes saletés dans les draps.

Gail me regarde avec mépris et dégoût. Je vois bien que notre relation n’ira pas plus loin. Je ne la mettrai jamais dans mon lit. Pour une fois, ça ne me tracasse pas. Je voudrais surtout sortir d’ici.

 

DILEMME JUNK n° 65

 

D’un coup, il fait froid. Putain, vachement froid. La bougie a presque disparu. La seule vraie lumière provient de la télé. Il passe des choses en noir et blanc… mais la télé est en noir et blanc donc les choses sont forcément en noir et blanc… avec une télé couleur, ç’aurait été différent… peut-être.

Ça caille, mais bouger ne donnerait que plus froid… en donnant encore plus conscience qu’il n’y a rien à faire, rien à faire du tout, pour avoir chaud. Au moins, en ne bougeant pas, je peux me faire croire que j’ai le pouvoir de me réchauffer rien qu’en me déplaçant ou en mettant le radiateur. Le truc est de rester le plus immobile possible. C’est plus facile que de ramper à travers la pièce pour mettre ce foutu radiateur.

Il y a quelqu’un d’autre dans la pièce avec moi. Spud, je crois. Difficile à dire dans le noir.

— Spud… Spud…

Il ne dit rien.

— Il fait vraiment vachement froid, mec.