trainspotting

Irvine Welsh · Chapitre 5 sur 43

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En Surmutipliée

 

J’aimerais que mon ami au rectum en sac à foutre, le Rent Boy, arrête de me baver dans l’oreille, s’il te plaît.

Devant moi, une poule déplie son éventail de MVS (marques visibles du slip) et j’ai besoin de toute ma concentration pour m’assurer qu’une exploration approfondie est possible.

Yope ! Y a affaire à faire ! Oh, putain, je suis en surmultipliée… sur une multi putain pliée… C’est une de ces journées où les hormones me bombardent tout le corps, comme une couille d’acier dans un flipper, et les tilts et les flashs internes me font la tête lumineuse du zèbre.

Et que propose Rents par ce bel après-midi de soleil mis en bouteille pour le flaire-moutte ? Ce con a le cul de conseiller que nous courions à son clapier, qui mouette l’alcool, le sperme figé et les poubelles qu’on aurait dû jeter depuis des semaines, pour cloquer des vidéos. Tu tires les rideaux, tu débranches le soleil, tu te débranches aussi le micro-ondes, tant qu’à faire, et tu le regardes, une vraie tronche plate avec son joint à la main, se fêler devant tout ce qui tombe de la boîte à crottes.

Hé bien, non, non, non, messire Renton, Simone n’est pas faite pour se croiser le cul dans le noir, avec la plèbe de Leith et autres junkies en après-midi de conneries libres.

Cause ah wis made for lovin you bay-bee, you wir made for lovin me…

Car j’étais fait pour t’aimer, bébé, et tu étais faite pour m’aimer…

… un gros chien de bergère s’est infiltré devant le colis aux MVS, et il me bouche tout le point de vue sur ce dos subliminal achevé en cul obèse. Elle a l’enculé culot de porter des collants collants – c’est se foutre complètement de la nature délicate de l’estomac de Simone ! !

— T’as vu, y a Cuisse de mouche ! je fais, mais j’ironise.

— Si tu allais te faire foutre, espèce de con sexiste, répond le Rent Boy.

J’ai envie d’ignorer ce salaud. Putain, les amis, c’est vachement bien pour perdre son temps. Ils sont toujours prêts à vous inviter dans leur petit désert social, sexuel et intellectuel. Mais je vais quand même casser ce pauvre type sinon il va croire qu’il m’en a mis une.

— Le fait de tricoter ensemble le terme « con » et le terme « sexiste », montre que tu utilises ici les mêmes facultés cognitives vaseuses et confuses qui te servent à tout le reste.

Ça lui coupe la chique à ce con. Cul serré autour de sa biscotte, il craquouille une réponse pathétique, histoire de sauver la situation. Rent Boy 0, Simone 1. Nous le savons tous les deux. Renton, Renton, on en est où…

Bridges regorge de cramouilles. Ooh, ooh la la, let’s go dancin, ooh, ooh la la, Simon dancin… Ooh, ooh la la, allons danser, ooh, ooh la la, la danse de Simon… Il y a des chattes de toutes races, couleurs, religions et nationalités. Oh, mon connaud ! C’est le moment de hisser les voiles. Deux moules à l’orientale cherchent sur une carte. Mais le service Simone Express leur conviendra parfaitement ! Et que Rents aille se faire mettre une benne, ce mec est inutile.

— Puis-je vous aider ? Où allez-vous ? je demande. La bonne hochpitalité écochaise à l’anchienne, aye, vous ne chaurez trouver mieux, chuchurre le jeune Sean Connery, le nouveau James Bond, hé, les filles, ça vous dirait une petite partie de bandage ?

— Nous cherchons Royal Mile, me fait-on dans un anglais d’outremer très je-ne-pète-que-dans-la-soie.

Putain ! Quelle bonne petite langue à caleçon et tout…

C’est simple, répond Simon. Tu poses d’abord les mains sur les pieds…

Bien entendu, le Rent Boy fait sa tête de pine en flanelle jetée dans un tonneau rempli de foufounes. Ma théorie : ce type croit qu’une érection sert à pisser par-dessus les murs trop élevés.

— On vous y amène. Vous allez voir une pièce ?

Ça, on ne va pas reprocher au Festival d’attirer les mantovani.

— Ui.

Une des poupées (de porcelaine) me tend un papier. Brecht : Le Cercle de craie caucasien par le Groupe théâtral de l’université de Nottingham, lis-je. À tous les coups une bande de branleurs à voix d’étranglés et à gueules d’acné, qui exhibent leurs petites prétentions artistiques en attendant d’avoir le diplôme qui les fera soit tourne-manettes dans des centrales électriques qui fileront la leucémie aux gosses du coin, soit bureaux-conseil en investissements pour fermeture d’usines et lâchage du peuple dans la misère et le désespoir. Bon, commençons par précipiter le destin des théâtreux. Des gants à branlette, t’es bien d’accord, Sean, mon vieux pote, qui fut garçon laitier ? Oui Chimon, je penche que tu fais là une

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remarque échenchielle Ce vieux Sean et moi avons tant de points

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communs. On est des gosses d’Édina tous les deux, et tous les deux, on a

livré le lait de la coopé. Mais si je me tapais uniquement le tour de Leith, Sean, et ça n’importe quelle vioque vous le dira, se coltinait les bidons de toutes les familles de la ville. Les lois sur le travail des enfants étaient plus libérales à cette époque, je crois. Notre seule différence est physique. Dans cette matière, Sean est complètement largué par Simone.

Maintenant, Rents divague à propos de Galilée et Mère Courage et Baal et tout le merdier. Les salopes semblent impressionnées et tout. Putain, ça me baise à froid ! En fait, ce branleur peut arriver à quelque chose. Quel monde étrange. Oui, Chimon, plus j’en vois, moins je crois. Moi comme toi, Sean.

Les mantos japonaises vont à leur spectacle mais elles veulent bien nous revoir pour un verre à Deacon. Rents, il peut pas. Booh-putain-ooh. Je vais en chialer jusqu’à pioncer. Il a un rencard avec Miss Mogadon, la belle Hazel…

Bof, j’aurais deux poulettes à distraire, voilà tout… si je décide de me montrer. Car je suis un homme très pris. Le travail avant tout, hein Sean ? Abcholument, Chimon.

Je lui en serre cinq, salut Rents, casse-toi et va mourir avec tes drogues. Putain, mais je n’ai que des potes en caca ou quoi ! Spud, Deuxième Prix, Begbie, Matty, Tommy : ces gars-là s’écrivent L-I-M-I-T-É-S. Une compagnie à responsabilité très limitée. Bon, j’en ai jusqu’aux molaires des nuls, des désespérés, des brouillons, des trafiquants, des junkies et compagnie. Je suis un jeune homme ! Je suis intrépide, je suis énergique et dynamique, dynamique, dynamique…

… les communistes nous touchent les pieds avec nos camarades, notre classe, notre syndicat, notre société. On s’en fout, c’est de la merde ! Les Tories nous baignent avec notre employeur, notre pays, notre famille. On s’en fout encore plus ! C’est moi ! Moi, moi, moi, putain ! MOI, Simon David Williamson, NUMÉRO UN, PUTAIN et contre le reste du monde ! Et je me bats tout seul ! Putain, c’est vachement facile… Je les encule tous. J’admire ton individualichme chournois, Chimon. J’y vois des rechemblanches avec moi, jeune homme. Enchanté que tu t’en aperçoives, Sean. D’autres ont fait les mêmes commentaires.

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Eurgh… un puceau à boutons dans une écharpe Hearts … ça, les

cons sont chez eux aujourd’hui. Non mais, regardez-le : le non-style qui tape sur la table ! Je préférerais avoir une sœur dans un bordel qu’un frère dans une écharpe Hearts et c’est pas une blague… ouh, houps, une nouvelle moule faite au moule droit devant… sportive, bronzée… mmmm… suce, baise, suce, baise… on tombe tous…

… où aller… suer un coup au gymnase du club, ils ont un sauna et des UVA maintenant… se faire bander les muscles… la tremblote que refile le smack n’est plus qu’un souvenir lointain. Les poules chinoises, Marianne, Andréa, Ali… dans quel bon trou me glisser pour la nuit ? Qui baise comme un dieu ? Quelle question… moi, bien sûr. Je pourrais peut-être même trouver quelque chose au club. Là-bas, la dynamique est féerique. Trois groupes : femmes, hétéros et pédés. Les pédés draguent les hétéros, qui sont des espèces de gorilles aux biceps comme des cuisses accrochés à un ventre à bières. Les hétéros draguent les femmes, qui coursent les petits mecs souples, minces et soyeux. Aucun de ches chalauds n’arrive à quoi que che choit. Chauf moi, hein, Sean ? Abcholument, Chimon.

Pourvu que je ne revoie pas le soyeux qui m’a dragué l’autre fois. Il m’a carrément dit, au bar, qu’il était positif mais que tout allait bien, que ce n’était pas une condamnation à mort, qu’il ne s’était jamais senti aussi bien. C’est quel modèle de con qui va raconter ce genre de choses à un étranger ? C’est certainement du pipeau.

Salope de folle mal lavée… ça me rappelle, fauk je m’achète des capotes… mais c’est pas possible d’adopter le virus à Édimbourg en baisant une nana. On dit que Goagsie l’a eu comme ça mais il faut reconnaître qu’en douce, il ne chômait pas du shoot. Si tu ne t’es rien chopé en te shootant avec la clique à Renton, Spud, Swanney et Seeker, c’est que c’est sûr, il n’est pas fait pour toi…

cela dit

pourquoi jouer avec

et pourquoi pas

au moins je sais que je suis toujours là, toujours vivant, parce que tant qu’il y a une occasion de s’en donner avec une femme et son petit sac en fourrure…