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Irvine Welsh · Chapitre 34 sur 43

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ÇA TOMBE DU CIEL POUR LES PROS

 

C’étaient des conneries, des totales conneries, mais si tu veux, Begbie est vraiment pas cool, man : je te le dis, genre.

— Pas un putain de mot à personne, compris ? Rien à aucun con, qu’il me dit.

— Eh, si tu veux, on te reçoit cinq sur cinq, et clair, si t’aimes. Comme du cristal. Redescends un peu, Franco man, redescends. On a pigé, si tu veux, genre.

— Ouais, mais rien à aucun putain de con. Même pas à cet enculé de Rents et compagnie. Fais gaffe.

Avec certains matous, c’est pas la peine de raisonner. Tu dis « raison », ils miaulent « trahison ». Non ?

— Et pas de foutues drogues. Tu oublies cette putain de dope pour un moment, qu’il ajoute.

Maintenant, le matou me dit comment me brûler mon blé, genre.

C’est une scène nulle, si tu veux. On a deux mille livres chacun, après qu’on a, genre, payé le petit mec, et ce chat a toujours la fourrure au garde-à-vous. Le Beggar n’est pas un félin à se rouler tranquille dans son petit panier chaud et à ronrrrronner…

On descend une autre pinte, puis on appelle un Joe Baxi. Ces sacs de sports qu’on trimballe, mec, ils devraient avoir VOL sur le côté au lieu de ADIDAS et HEAD, si tu veux. Deux mille livres, putain. Pouh ! Don’t you-

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ho be te-heh-heh-rified, it’s just a token of my extreme… comme dirait

l’autre Franco, Mister Zappa.

Le taxi nous jette chez Begbie. June est là et elle a le nain Begbie sur les genoux.

— Bébé est réveillé, qu’elle fait à Franco, genre j’explique.

Franco la regarde, genre je veux vous tuer tous les deux.

— Putain de Dieu. Viens, Spud, dans la putain de chambre. Tu peux même pas avoir une putain de seconde de paix dans ta propre putain de maison !

Il montre la porte, genre.

— Cékoatoussa ? demande June.

— Putain, tu demandes même pas. Occupe-toi de ton putain de mioche, c’est tout ! aboie Begbie.

La manière dont il dit ça, c’est genre, comme s’il n’y avait pas de bébé du tout, quoi. Je suppose que dans un sens, il a raison, si t’aimes bien. Franco n’est pas ce qu’on appellerait un parent modèle, quoi… eh, c’est quel genre de modèle, Franco ?

C’était joliment couillu, man. Pas de violence, pas de bagarre, quoi. Un jeu de fausses clés et on est entré, simplement, si tu veux. Il y avait le faux panneau dans le carrelage derrière le comptoir, sous la caisse, et il y avait le grand sac de toile bourré de jolis billets. Extra ! Tous ces beaux billets et ces pièces. Mon passeport pour des temps meilleurs, man, mon passeport pour des temps meilleurs.

La porte sonne. Franco et moi on est un peu emmerdés au cas où ce soit les fliques mais il se trouve que c’est ce petit mec qui vient pour sa part. Ça tombe bien, si tu veux, passe queue Franco et moi on a étalé des billets et des pièces sur tout le lit. Partage, genre, quoi.

— Ça a marché ? fait le petit mec, les yeux en soucoupe de ne pas croire tout ce qu’il voit de beau sur le lit.

— Pose ton foutu cul ! Et tu fermes ta putain de chatte sur cette histoire, d’acc ? crache Franco.

Le petit mec se chie dessus, genre.

J’aurais dit à Franco de se calmer avec le gosse, quoi. Si tu veux, c’est le minet qui nous a mis sur la piste. Le petit mec nous a raconté son histoire, il nous a même filé les clés pour faire un double, genre. Même si j’ai rien dit, si t’aimes bien, le matou Begbie lit parfaitement sur ma figure.

— Ce petit connard va filer directement à sa putain d’école et jeter son foutu fric en l’air pour épater ses trouducus de copains, et toutes les petites cailles.

— Nan, je ferai pas ça, fait le petit mec.

— Tu fermes ton cul, putain ! siffle Begbie.

Le petit se chie dessus un peu plus. Begbie se tourne vers moi : – Putain, moi je le ferais, si c’était moi.

Il se lève et balance trois fléchettes dans la cible contre le mur, avec force, man, vraie violence. Le petit mec a l’air embêté.

— Il y a une putain de chose pire qu’un con qui moucharde, qu’il fait en arrachant les fléchettes à la cible et en les renvoyant avec la même force mauvaise. Et c’est un foutu con qui tire sa bouche. Le con qui raconte des foutues histoires fait plus de dégâts qu’un mouchard. C’est ce genre de con qui donne à brouter au mouchard. Et le mouchard engraisse ces putains de fliques. Et on est tous foutus.

Et il balance la fléchette droit dans la gueule du petit.

Je bondis, le petit hurle et se met à chialer comme un hystérique, à trembler, comme s’il avait une crise, si tu veux.

Je vois que Begbie a juste envoyé les ailettes en plastique, il a discrètement dévissé l’aiguille et le corps de métal avant de lancer la fléchette. Le petit mec pleure toujours, genre, sous le choc et tout.

— Les foutues ailettes, petit con débile ! Un petit bout de foutu plastique !

Franco ricane avec mépris et il compte une pile de billets, mais surtout des pièces, pour le petit mec.

— Si les fliques te chopent, t’as gagné ça aux jeux de Porty ou aux putains de machines à sous. Pète un seul foutu mot de tout ça au moindre connard et t’as plus qu’à espérer que ces trouducus de fliques te mettent le grappin dessus et t’expédient à Polmont avant que, putain, je te chope, tu m’entends ?

— Aye…

Le petit mec tremble encore, genre.

— Maintenant, tu vas te faire foutre, tu retournes à ta saloperie de boulot du samedi au libre-service. N’oublie pas, si j’apprends que tu joues au drapeau avec ce putain de blé, je te défonce le cul avant même que tu comprennes qui t’a cogné.

Le petit mec prend son blé et s’évapore. Le pauvre gosse n’a presque rien eu, genre deux cents livres sur au moins cinq mille, si tu veux. Enfin, ça fait quand même beaucoup pour un minet de cet âge, si tu vois ce que je veux dire. L’un dans l’autre, je dis quand même que Franco y est allé un peu fort avec le môme.