trainspotting

Irvine Welsh · Chapitre 37 sur 43

Pages du PDF

trainspotting

DILEMMES DE NORMOPATHE n° 1

— C’est exactement ce que tu fais, putain.

Spud et Alison bavardaient. Renton se dégagea de Franco pour les rejoindre. Franco retint Stevie, le brandissant comme un trophée à l’attention de Nelly en lui répétant quel grand con c’était.

Spud se tourna vers Renton :

— Je disais juste à Ali, que c’est vraiment lourd, comme bordel, tout ça, si tu veux, man. Je suis allé à trop d’enterrements pour un mec de mon âge, si tu veux. Je me demande qui sera le prochain.

Renton haussa l’épaule.

— Au moins, qui que ce soit, on aura l’expérience. S’ils filaient des diplômes en deuil, je serais un foutu docteur à l’heure qu’il est.

À la fermeture, ils se répandirent dans la nuit glacée. Ils allèrent chez Begbie pour un affame-sandwich. Ils avaient déjà passé douze heures à boire et à pontifier autour de la vie de Matty et de ses motivations. Maintenant, les plus sensés réalisaient que tous leurs efforts réunis n’éclairaient guère le triste puzzle qu’elle avait été.

Ils n’étaient pas plus renseignés maintenant qu’au début.

 

DILEMMES DE NORMOPATHE n° 1

 

— Allons, prends un brin de ça, c’est vachement bon, qu’elle dit, en me tendant le joint.

Comment j’ai fait pour atterrir ici, putain ? Je devrais rentrer et me changer, et puis regarder la télé ou aller au Princess Diana. C’est à cause de Mike, lui et son petit rapide après le boulot.

Maintenant, je suis vraiment déplacé ici, encore en costume cravate, assis dans cet appartement confortable au milieu de jeans et de T-shirts qui se croient plus vauriens qu’ils ne le sont. Les givrés de fin de semaine sont d’un chiant.

— Fous-lui la paix, Paula, fait la femme que j’ai rencontrée dans le pub.

Elle fait tout pour m’allumer, avec ce désespoir évidemment paniqué qu’on repère souvent dans les soirées londoniennes. Elle réussira certainement, en dépit du fait que, j’ai beau aller à la salle de bains pour essayer de penser à l’air qu’elle a, je n’arrive qu’à évoquer une image approximative. C’est le genre gonzesses chiantes ; salopes en plastique. Rien d’autre à en faire que les baiser, s’en servir et se casser. Elles te donnent même l’impression qu’elles seraient déçues si on en fait autre chose. Je parle comme Sick Boy mais son attitude a sa raison d’être et c’est ici et maintenant.

— Allons, laisse-toi faire, M. Costume Cravate. Je parie que t’as jamais pris un truc pareil de toute ta vie.

Je sirote ma vodka et j’examine la fille. Elle est bien bronzée, des cheveux bien coiffés mais tout ça semble plus souligner qu’amoindrir un air vaguement hagard, malsain. Je branche mon petit œil : une minable connasse de plus qui cherche à s’encanailler. Les cimetières en sont pleins.

Je prends le joint, le flaire et le rends.

— Herbe et opium, c’est ça ? je fais.

En fait, ça sent le bon matos.

— Ouais… qu’elle fait, un peu douchée.

Je regarde le joint qui se consume entre ses doigts. J’essaie de ressentir quelque chose. N’importe quoi. Ce que je cherche en fait c’est le démon, le vrai salaud, le malade qui en moi verrouille mon cerveau, qui pousse ma main sur le joint et le joint à mes lèvres et qui tète et tète comme un aspirateur. Il ne vient pas jouer. Peut-être a-t-il déménagé. Il ne reste plus qu’un trouducu fonctionnarisé.

— Je crois que je vais décliner ton offre. Traite-moi de branleur si tu veux mais la drogue ça m’a toujours rendu nerveux. Je connais des gens qui s’y sont mis et qui ont quelques problèmes maintenant.

Elle me regarde intensément, on dirait qu’elle découvre que ce que je dis n’a aucune importance. Elle se sent un peu conne, faut croire, parce qu’elle se lève et s’en va.

— Tu es fou, toi.

La femme que j’ai rencontrée au pub, c’est quoi son nom déjà, rit très fort.

Kelly me manque, elle est retournée en Ecosse. Kelly a un beau rire.

En vérité, la drogue est devenue chiante, même si je me fais encore plus chier maintenant que quand je prenais de l’héro. Le truc, c’est que cet ennui est nouveau et pourtant il n’est pas aussi assommant qu’il semble être. Je vais faire avec. Un petit moment, juste un petit moment.