Après l’amour
Gaypride
Rue des Écouffes. Elles sont toutes là. La rue est pleine de femmes qui aiment les femmes. Aujourd’hui, une foule puissante se forme et exhibe une fierté, celle de ne pas être dans le placard. Aujourd’hui, les femmes luttent pour leur liberté, se montrent, rient, s’embrassent. À la télévision, les médias relaient les images de travestis, les paillettes, le glamour. Dalida’s day ; c’est excellent pour l’audience.
Souvent, je me fais larguer au moment de la Gaypride. Le défilé bariolé devient un moment mélancolique. Visible, au milieu des chars bruyants, je cherche le visage de l’absente. Les couples s’embrassent, c’est insupportable.
Ma collègue Samantha est vissée à son téléphone portable, elle pourrait se nourrir de SMS en intraveineuses. Elle écrit pour tout et rien. « J’ai deux minutes de retard », « j’ai pris un bain », « lol », « mdr », « j’ai acheté une robe ». Samantha reçoit un message de Paola et s’exclame :
— Mince, Paola va arriver avec sa copine.
Deux minutes plus tard, elle est devant moi, main dans la main avec sa nouvelle fiancée, comme dit délicatement Samantha. L’apparition, quoique annoncée, reste brutale. La fille, assez féminine, rit fort et la prend ostensiblement par la taille. J’ai envie de m’enfuir et m’englue dans l’inaction. Il y a trop de bruit partout, les verres jetés sur la chaussée, les filles costumées, les paillettes dans les cheveux, les corps, vieux, jeunes, de toutes les formes. Heureusement, Samantha reste près de moi, on s’est retrouvées dans le cortège. Elle me parle, mais je n’entends pas. J’ai les dents trop serrées, la mâchoire douloureuse. Je fais bonne figure. Pâle figure. Mais pourquoi donc ? Je n’aime plus Paola, je ne lui dois rien. Je ne supporte plus le bruit, les fioritures, la mise en scène. Je veux partir, marcher, quitter la ville, avoir de l’air frais sur le visage. J’étouffe.
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