Après l’amour
La non-détestation
La séparation physique est une épreuve, moins irrémédiable que la mort, certes. Je me demande quelle partie du corps est la plus douloureuse quand on vous l’arrache. Le bras, la jambe, la main, l’ovaire, l’épaule, le cœur ? Les jours qui suivent la fin sont comme des piqûres d’amour. C’est la même blessure, l’hémorragie qui inonde l’intérieur de la tête. Les gens vous rassurent, ça va aller, ça va passer, tu es jeune, tu vas rencontrer quelqu’un d’autre, tu es belle. Les gens ne savent pas. Ils devraient se taire, se garder de ramener votre souffrance à leur expérience. Je me fous de leur avis, j’ai envie de distribuer à la cantonade des paires de claques. Paola part quatre jours pour Barcelone avec une fille que je connais, Cécile, vingt-sept ans, les cheveux rasés, une gueule d’ange, une centrale électrique. Quand elle pose son regard de biche sur vous, on a envie de coucher, c’est immédiat. Elle bouge comme un nuage érotique. Paola le sait. Alors elle hésite, partir ou rester, accepter ou refuser.
— Ce n’est pas simple, tu sais.
— Paola, tu ne devrais pas me raconter ça. Tu ne mesures pas la douleur.
Elle s’énerve. À vingt ans, elle était mangée par une révolte qui faisait déjà sa beauté.
— Mes parents ont connu la faim, je sais ce que ça veut dire, être au service des autres. Je viens d’une famille de bâtisseurs, les charpentes, les murs, rien ne nous résiste. Arrête de gémir, tu pleures pour rien, c’est insupportable. J’essaie juste de t’expliquer ce que je vis.
Paola sait combien la vie est dure pour ceux qu’on a abandonnés, les pauvres, les déracinés, les exilés économiques, politiques. Son rêve de lumière, son désir de vie sont plus forts que moi.
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