Après l’amour
Paris-Washington
Chère Héloïse,
Je sais que tu aimes changer d’atmosphère et de décor. J’aime notre relation, on ne se promet rien. Les gens échangent des promesses d’éternité, tout le monde se ment, c’est triste. Après ton départ, je suis allée au marché en bas de chez moi. J’ai acheté une salade, des abricots, des amandes fraîches. Puis j’ai attrapé le bus qui a filé vers le quartier de l’Odéon, le Panthéon. En bus ou en taxi, j’ai souvent l’impression d’être dans un film tant Paris crève de beauté derrière la vitre. J’ai fait un saut rapide à l’Institut. Mes collègues préparent un colloque sur la représentation du chien dans l’art, du XVIIe e au XIX siècle. L’instant était pictural ; la lumière éclairait faiblement la bibliothèque en bois. Ils avaient la tête baissée sur leur feuille, on aurait dit un tableau de Rembrandt.
J’ai rejoint Jacques au Rostand, je lui ai parlé de ta peau. Que fait cette peau à l’heure où je t’écris ? Es-tu dans l’avion, que disent tes gestes, le croisement de tes jambes, le bruissement de tes lèvres ? Mon œil est attiré par tes épaules, tes cheveux blonds qui brillent dans la clarté pâle du hublot. Ils bougent dans le mouvement, ils frisent. En rentrant sous la pluie battante, j’ai acheté un agenda moleskine pour noter nos rendez-vous. Je me suis arrêtée chez le caviste. Mario m’a fait goûter des vins, je suis repartie légèrement ivre, une bouteille de saint-julien sous le bras. Tu m’en diras des nouvelles. J’ai hâte de te retrouver. Je t’embrasse.
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