Après l’amour
Héloïse, bis
— Je viens te chercher à dix-neuf heures devant l’opéra Bastille. Je t’embrasse très fort.
Le message d’Héloïse annonce une soirée prometteuse. J’arrive à l’heure. Je, n’aime pas faire attendre. Elle me voit. Elle prend son temps, gare sa Suzuki sur le parvis, dans la zone réservée aux taxis, elle ne s’embête pas. Elle me tend un casque. La bête est racée, comme la conductrice. Trois cadrans sur un joli fond mauve. La nuit à l’hôtel imprime dans notre mémoire des gestes et des corps suspendus. Les corps, calés sur l’engin, dévorent les rues de Paris. La ville rugit. Les lumières bleues accélèrent le rythme cardiaque. La femme inconnue se propose de me conduire. Elle ne fait pas de promesses. Elle se tient là, près de moi. Elle a envie de moi. Les jambes collées l’une sur l’autre, la bouche sur sa veste, je la serre fort. Je la sens puissante, comme sa cylindrée. La belle pourfend le vent. Je devine presque sa peau sous le jean et plonge le nez dans ses cheveux parfumés au jasmin. Elle m’excite. Aux feux rouges, mes mains lâchent son ventre et ses hanches. Elles se déplacent sur ses cuisses. J’ai envie de toucher le sexe à travers le pantalon. Le trafic est dense. On doit être au théâtre pour la dernière représentation d’une pièce de Courteline. La moto s’arrête devant le théâtre de l’Athénée. Lumières, lustres dorés, velours rouges. J’adore me perdre dans les théâtres. Cela m’arrivait souvent au Lincoln Center, lors de mon premier grand voyage à New York. Se laisser embrasser au coin d’un couloir, l’image des baisers démultipliés par les miroirs Renaissance. Je suis fascinée par le vertige des images et la glorification des reflets. J’aime ces lieux de représentation. Après la pièce, elle m’emmène dans un restaurant de fruits de mer, à Opéra. Elle travaille dans un grand groupe, à deux rues, dans un hôtel particulier du XVIe siècle. Elle porte un cachemire noir qui donne envie de caresser la matière. L’autre soir, au cinéma, elle avait un pull très doux dont je n’avais pas réussi à identifier le tissu, sûrement un mélange de cachemire et de soie. Héloïse me ravit. Toutes les conditions de séduction sont réunies. L’éclairage, les mets, la lampe rouge sur la table. Après dîner, elle me conduit dans un salon attenant, elle me déshabille. Je peux enfin toucher la matière de son vêtement. Je caresse les rubans avant d’atteindre les seins, nus, petits. Je peux les sentir pleinement dans ma main. L’énergie puissante au fond de mon ventre se réveille. Une serveuse passe. Elle nous fixe, languide. Héloïse commande deux cognacs. Elle est sur le point de me baiser sur le guéridon. Nos images se reflètent dans les portes miroirs. Mon sexe est mouillé depuis le rodéo sur la moto. Le désir a décuplé mes seins, mon clitoris, mes fesses. Tout mon corps se tend vers elle. Le regard devient hypnotique, sous la lumière rouge du lupanar. Comment soupçonner l’existence de ce bordel de luxe pour femmes, au cœur de Paris ?
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