Après l’amour
L’analyste 3
Elle trouve toujours une phrase, courte et bien sentie, avant même que je prenne place dans le fauteuil club. En réalité, la séance commence quand elle touche la poignée et ferme la porte, concentrée. Je connais la lumière tamisée du cabinet, les tableaux posés à même le sol, les objets. J’ai à peine le temps d’enlever la veste ou le manteau. Il n’y a pas une minute à perdre. Mon analyste mène la barque.
— Comment se passent les moments d’angoisse et de non-action ?
Ma réponse évasive ne la décourage pas. Elle poursuit :
— Vos frères et sœurs, enfants, dormaient-ils aussi avec votre mère ?
Nous y voilà. Elle va me faire le coup du complexe d’Œdipe inversé et expliquer mon homosexualité.
— Enfant, puis adolescente, quand mon beau-père partait en mission aux quatre coins de la France, je retrouvais le lit de ma mère. Je prenais sa place. Ça me rassurait. On s’endormait en regardant la télévision. Je me sentais en sécurité.
L’analyste absorbe patiemment mes névroses. Je regarde par terre, gênée de trop parler de moi. En mon for intérieur, je me demande comment elle supporte ça, les gens qui se parlent à eux-mêmes, qui parlent d’eux-mêmes. La trentième minute sonne. Je reste sur ma faim.
— Est-ce grave de dormir avec sa mère ?
— Cela peut expliquer votre problème de détachement par rapport à la mère, mais aussi aux autres femmes.
Je sors de la séance, un reste de larme collé au mouchoir.
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