Après l’amour
Transaction
Il y a l’histoire passée, avant l’informulé des émotions, puis la peur du réel. Je couche avec des femmes qui ne sont pas Paola. Je suis saisie par la sensation de passage, sa matérialité. Le mouvement est toujours identique. On passe, on traverse la vie de l’autre, on glisse la tête derrière la porte ou le doigt dans un sexe, on fait vite, comme s’il y avait une urgence. Les corps circulent. Éva est un amour de passage, elle m’a prévenue. Les mots, les rencontres, tout laisse des traces. Je garde le goût d’un secret, je suis une mémoire pour deux, je fabrique notre histoire comme on fabrique une fiction, mot après mot. L’amour exige une matière. Il fait appel à la chaleur, à l’humidité, à la proximité du regard, à l’intimité. Ce rapport-là, je ne l’oublie pas tant il est frontal. Paola ne passe pas, elle n’échappe pas. Paola n’est pas un corps de passage, mais un lieu d’ancrage. Je pardonne car rien n’est grave. J’ai effacé les gestes, mais parfois tout revient. La mémoire peut-elle retrouver tous les détails ? Comment fabrique-t-on les souvenirs ? J’aimerais fuir l’absence, Paola, m’enfouir dans le « ça » d’avant les mots, je voudrais m’échapper. Tu donnes, tu reprends, tu laisses en suspens. Il y a dans l’échange amoureux une transaction. Dans l’absolu, je voudrais que le plaisir fasse corps avec un réel, non soumis à des règles. Je veux te dire, Paola, que j’ai peur de passer à côté de toi, malgré ton égoïsme. Les rencontres ne changent rien. L’amour a un prix, il nous efface, il nous fait rêver jusqu’à la destruction de sa propre image.
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