Après l’amour

Agnès Vannouvong · Chapitre 31 sur 58

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Après l’amour

Les adieux

Les nuits d’amour sont longues. Je revois Éva une dernière fois. Surgissent alors les mots interdits. Je répète les trois mots, distinctement, dans les heures bleues qui se transmuent en matin orangé. J’aime faire l’amour dans ta chambre, perchée au dernier étage. Tu trouves le chemin de mon sexe. Tu n’as plus peur. Tu t’abandonnes, entre frissons et rires, tu lèches le corps, tu fais gonfler le clitoris. Tu jouis de ton pouvoir. Demain, tu pars plusieurs mois aux États-Unis rejoindre ton Mari. Tes bagages gisent sur le parquet. Livres, revues et accessoires s’encastrent dans la pile de vêtements. Tu demandes de l’aide pour fermer les deux grosses valises noires. Ce dernier jour d’amour laisse un parfum amer. Sur mes lèvres viennent les mots qui scellent notre intimité. En rafale, en série, par dizaines. Je t’offre une pluie d’amour. Car je veux que tu gardes de nous des souvenirs heureux. Tu lis dans mes pensées :

— Ce qui s’est passé entre nous, il faut s’en servir pour tenter de répondre à ce qu’on veut et à ce qu’on ne veut pas ou plus.

Tu dis :

— Tu ne savais pas l’ampleur que cette rencontre allait prendre, moi non plus. Je ne pensais pas que l’idylle allait durer.

On fait l’amour dans un creux, en liberté conditionnelle. Dans quelques heures, tu entreras dans le temps des aéroports. Tu arriveras à JFK. Après la douane, Samuel t’ouvrira ses bras. Il hélera un taxi, claquera la portière, t’embrassera, I love you New York. Tu retrouveras ta vie. Notre parenthèse se refermera. Nous disparaîtrons dans l’odeur de pancake, de bacon et d’œufs brouillés. En prévision de cette disparition, je m’abreuve du parfum qui vient du creux de ton cou. Si je connais très bien les effets du manque, j’ai peur, car j’ignore le remède contre la puissance de l’étreinte. Jusqu’aux derniers instants, avant la douche, avant le taxi qui t’emmène à Roissy, on jouit en se regardant. On ne jouit qu’en se regardant. Je sais que nous n’allons plus nous revoir. Je refuse la mélancolie. J’exècre les larmes qui troublent pourtant mon regard. Tu vois un sanglot monter dans ma gorge. Tu me demandes de te regarder. Je continue de te baiser sans soutenir ton regard. J’avale l’océan qui me sépare déjà de toi. Je hais le romantisme, les dépressifs, les sentiments dégoulinants. Je veux garder un souvenir net de toi. La force de ton rire, la blancheur de tes dents, la douceur dans tes yeux. Pour me consoler, je garde en mémoire ton appartement dont les murs secrets portent encore notre souffle.

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