Automne À Pékin

Boris Vian · Chapitre 10 sur 64

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Automne À Pékin

Chapitre 7

– Ah ! Ah !… dit le gardien en déployant sa gorge comme un drapeau, c’est idiot, vous aviez vos bretelles.

– Elles sont trop neuves, dit Claude. Ça les abîmerait.

Le gardien le regarda avec admiration.

– Vous en avez une santé, vous, dit-il. Vous devez être journaliste.

– Non, dit Claude. Merci.

Le gardien se dirigea vers la porte.

– Alors, pour l’argent, voyez l’avocat, dit Claude.

– Oui, dit le gardien. Mais c’est sûr, hein ?

Claude hocha la tête pour faire oui, et la serrure claqua doucement.

 

7

 

Mise en double et tressée, elle avait à peu près deux mètres. C’était juste. En montant sur le lit, il arriverait à la nouer autour du barreau. Pour régler la longueur, cela serait délicat, car il ne faudrait pas que ses pieds touchent terre.

Il l’essaya à la traction. Elle tenait. Il monta sur le lit, s’accrocha au mur et atteignit le barreau. Il attacha la corde péniblement. Puis il passa sa tête dans la boucle et se lança dans

 

– 34 – le vide. Il reçut un coup derrière la tête et la corde cassa. Il tomba sur ses pieds, furieux.

– Ce gardien est un salaud, dit-il à voix haute.

Le gardien ouvrit la porte à ce moment.

– Votre ficelle, c’est de la saloperie, dit Claude Léon.

– Ça m’est égal, dit le gardien. L’avocat me l’a payée. Aujourd’hui, j’ai du sucre à dix francs le morceau, si vous en voulez.

– Non, dit Claude, je ne vous demanderai plus rien.

– Vous y reviendrez, dit le gardien. Attendez seulement deux ou trois mois ; et j’exagère, vous n’y penserez même plus dans huit jours.

– Probablement, dit Claude. Ça n’empêche pas que votre ficelle, c’était de la saloperie.

Il attendit que le gardien s’en aille, et se décida alors à retirer ses bretelles. Elles étaient toutes neuves, en cuir et caoutchouc tressés. Elles représentaient les économies de deux semaines. Un mètre soixante à peu près ; il regrimpa sur le lit et assujettit solidement le bout au pied du barreau. Puis, il fit un nœud à l’autre bout et passa sa tête. Il se lança une seconde fois ; les bretelles s’allongèrent à fond, et il atterrit mollement sous la fenêtre. Alors le barreau se descella et lui arriva sur la tête comme la foudre. Il vit trois étoiles et il dit :

– Martell !…

 

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