Automne À Pékin

Boris Vian · Chapitre 5 sur 64

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Automne À Pékin

Chapitre 2

Ces dernières s’écartèrent à l’improviste et sa voix résonna brusquement dans la pièce.

– Zut ! pensa-t-il. Je vais réveiller la maison.

Mais, en prêtant l’oreille il perçut la cadence régulière, la respiration souple et posée des planchers et des murs et se rasséréna. On commençait à entrevoir les lignes grises du jour autour des rideaux… Dehors, c’était la lueur pâle de l’hiver matin. Claude Léon poussa un soupir et ses pieds cherchèrent ses pantoufles sur la descente de lit. Il se mit debout avec effort. Le sommeil ne s’échappait qu’à regret de tous ses pores dilatés, en faisant un bruit très doux, comme une souris qui rêve. Il gagna la porte, et, avant de manœuvrer l’interrupteur, se tourna vers l’armoire. Il avait éteint brusquement la veille, juste en faisant une grimace devant la glace, et voulait la revoir avant d’aller à son bureau. Il alluma d’un seul coup. Sa figure d’hier était encore là. Il rit tout haut en la voyant, puis elle se dissipa à la lumière, et le miroir refléta le Léon du nouveau matin, qui lui tourna le dos pour aller se raser. Il se dépêchait pour arriver au bureau avant son chef.

 

2

 

Par chance, il habitait tout près de la Compagnie. L’hiver, par chance. L’été, c’était trop court. Il avait juste trois cents mètres à faire dans l’avenue Jacques-Lemarchand, contrôleur des contributions de 1857 à 1870, héroïque défenseur, à lui tout seul, d’une barricade contre les Prussiens. Ils l’avaient eu, en fin de compte, car ils étaient arrivés de l’autre côté : le pauvre, coincé contre sa barricade trop haute, et qui défiait l’escalade, s’était tiré deux balles de chassepot dans la bouche, et le recul

 

– 23 – lui avait arraché, de surcroît, le bras droit. Claude Léon s’intéressait énormément à la petite histoire, et, dans le tiroir de son bureau, il dissimulait les œuvres complètes du Dr Cabanès, reliées de toile noire, en forme de livres de comptes.