Automne À Pékin

Boris Vian · Chapitre 42 sur 64

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Automne À Pékin

Chapitre VII

 

 

Angel espérait retrouver Rochelle et la raccompagner jusqu’au bureau d’Amadis et il se hâtait à travers les dunes, marchant vite dans les montées et courant à longues enjambées dans les descentes. À ce moment-là, ses pieds s’enfonçaient loin dans le sable avec un bruit étouffé et mat. Il atterrissait parfois sur une touffe d’herbe et percevait alors le craquement des tiges dures et l’odeur de résine fraîche.

L’arrêt du 975 se trouvait à deux mesures environ de l’hôtel. À l’allure d’Angel, il ne fallait pas longtemps. Il aperçut Rochelle qui revenait au moment où elle se détacha tout en haut de la dune. Il était dans le creux. Il voulait courir pour monter la pente, mais il ne pouvait pas et la rejoignit à mi-côte.

– Bonjour ! dit Rochelle.

– Je suis venu vous chercher.

– Anne travaille ?

– Je crois.

Il y eut un silence ; cela commençait mal. Heureusement, Rochelle se tordit le pied et prit le bras d’Angel pour consolider sa marche.

– Ce n’est pas commode, dans ces dunes, dit Angel.

– Non, avec des souliers à hauts talons, surtout.

 

– 230 –

– Vous en mettez toujours pour sortir ?

– Oh, je ne sors pas souvent. Je reste plutôt avec Anne à l’hôtel.

– Vous l’aimez beaucoup ? demanda Angel.

– Oui, dit Rochelle, il est très propre, et très bien bâti et très sain. J’aime énormément coucher avec lui.

– Mais intellectuellement… dit Angel.

Il s’efforçait de ne pas penser aux paroles de Rochelle. Elle rit.

– Intellectuellement, je suis servie. Quand j’ai fini de travailler avec Dudu, je ne songe pas à tenir des conversations intellectuelles !…

– Il est idiot.

– Il connaît son métier, en tout cas, dit Rochelle. Et je vous jure que, pour le travail, c’est un homme à qui on ne la fait pas.

– C’est un sale type.

– Ils sont très gentils avec les femmes.

– Il me dégoûte.

– Vous ne pensez qu’au physique.

– Ce n’est pas vrai, dit Angel. Avec vous, oui.

– Vous m’ennuyez, dit Rochelle. J’aime bien parler avec vous ; j’aime bien coucher avec Anne ; et j’aime bien travailler

 

– 231 – avec Dudu ; mais je ne peux pas imaginer que je coucherais avec vous. Cela me paraît obscène.

– Pourquoi ? dit Angel.

– Vous attachez tellement d’importance à ça…

– Non, j’attache de l’importance à ça avec vous.

– Ne dites pas ça. Ça… ça m’ennuie… ça me dégoûte un peu.

– Mais je vous aime, dit Angel.

– Mais oui, vous m’aimez, bien sûr. Ça me fait plaisir ; je vous aime bien aussi, comme si vous étiez mon frère, je vous l’ai déjà dit ; mais je ne peux pas coucher avec vous.

– Pourquoi ?

Elle eut un petit rire.

– Après Anne, dit-elle, on n’a plus envie de rien que de dormir.

Angel ne répondit pas. Elle était dure à tirer, car ses souliers la gênaient pour marcher. Il la regarda de profil. Elle portait un pull-over de tricot mince à travers lequel saillaient les pointes de ses seins, un peu affaissés, mais tentants encore. Son menton avait une courbe vulgaire, et Angel l’aimait plus que n’importe qui.

– Qu’est-ce qu’il vous fait faire, Amadis ?

 

– 232 –

– Il me dicte du courrier ou des rapports. Il a toujours du travail à me donner. Des notes sur le ballast, sur les agents d’exécution, sur l’archéologue, sur tout.

– Je ne voudrais pas que vous…

Il s’arrêta.

– Que je quoi ?

– Rien… Si Anne s’en allait, est-ce que vous iriez avec lui ?

– Pourquoi voulez-vous qu’Anne s’en aille ? Les travaux sont loin d’être terminés.

– Oh, dit Angel, je ne veux pas qu’Anne s’en aille. Mais s’il ne vous aimait plus ?

Elle rit.

– Vous ne diriez pas ça si vous le voyiez…

– Je ne veux pas le voir, dit Angel.

– Bien sûr, dit Rochelle. Ça serait dégoûtant. Nous ne nous tenons pas toujours très bien.

– Taisez-vous ! dit Angel.

– Vous m’ennuyez. Vous êtes toujours triste. C’est assommant.

– Mais je vous aime !… dit Angel.

– Mais oui. C’est assommant. Quand Anne en aura assez de moi, je vous ferai signe.

 

– 233 –

Elle rit encore.

– Vous allez rester célibataire longtemps !…

Angel ne répondit pas. Ils se rapprochèrent de l’hôtel. Soudain, il entendit un sifflement violent et le fracas d’une explosion.

– Qu’est-ce que c’est ? dit Rochelle distraitement.

– Je ne sais pas… dit Angel.

Ils s’arrêtèrent pour écouter. Il n’y eut qu’un silence ample et majestueux, puis un vague cliquetis de verre.

– Quelque chose est arrivé… dit Angel. Dépêchons-nous !…

C’était un prétexte pour la serrer un peu plus.

– Laissez-moi… dit Rochelle. Allez voir. Je vous retarderais.

Angel soupira et partit sans se retourner. Elle progressait avec précaution sur ses talons trop hauts. Maintenant, on entendait des bruits de voix.

Il vit, dans la paroi vitrée, un trou de forme précise. Des éclats de vitre jonchaient le sol. Des gens s’agitaient dans la salle. Angel poussa la porte et entra. Il y avait Amadis, l’interne, Anne et le Dr Mangemanche. Devant le comptoir reposait le corps de Joseph Barrizone. La moitié supérieure de sa tête manquait.

Angel leva les yeux et vit, fiché dans le mur opposé à la façade vitrée, le Ping 903, engagé jusqu’au train d’atterrissage

 

– 234 – dans la maçonnerie. Sur le plan supérieur gauche, il y avait le reste du crâne de la Pipe qui glissa doucement jusqu’à l’extrémité effilée de l’aile et s’abattit sur le sol avec un choc mat, amorti par les cheveux noirs frisés de La Pipe.

– Qu’est-il arrivé ? dit Angel.

– C’est l’avion, expliqua l’interne.

– Je comptais justement, dit Amadis, lui apprendre que les agents d’exécution commenceront à couper l’hôtel demain soir. Il y avait des dispositions à prendre. C’est insupportable, écoutez.

Il semblait s’adresser à Mangemanche. Ce dernier taquinait nerveusement sa barbiche.

– Il faut le transporter, dit Anne. Aidez-moi. Il prit le cadavre par les aisselles et l’interne saisit les pieds. À reculons, Anne se dirigea vers l’escalier. Il monta lentement ; il maintenait loin de lui la tête saignante de Pippo et le corps s’incurvait entre leurs bras pour traîner presque sur les marches, inerte et inconsistant. L’interne souffrait beaucoup à cause de sa main.

Amadis regarda la salle. Il regarda le docteur Mangemanche. Il regarda Angel. Rochelle, qui arrivait tout doucement, entra dans la pièce.

– Ah ! dit Amadis. Vous voilà ! Il y avait du courrier ?

– Oui, dit Rochelle. Qu’y a-t-il ?

– Rien, dit Amadis. Un accident. Venez, j’ai des lettres urgentes à vous dicter. On vous expliquera ça.

 

– 235 –

Il alla rapidement vers l’escalier. Rochelle le suivait. Angel ne la quitta pas des yeux tout le temps qu’elle fut visible, puis il reporta son regard vers la tache noire devant le comptoir. Un des sièges de cuir blanc était tout éclaboussé de gouttelettes irrégulières en rangée lâche.

– Venez, dit le Pr Mangemanche. Ils laissèrent la porte ouverte.

– C’est le modèle réduit ? dit Angel.

– Oui, répondit Mangemanche. Il marchait bien.

– Trop, dit Angel.

– Non, pas trop. Lorsque j’ai quitté mon cabinet, je pensais trouver le désert. Comment vouliez-vous que je sache qu’il y avait un restaurant en plein milieu ?

– C’est un hasard, dit Angel. Personne ne vous reproche rien.

– Vous croyez ?… dit Mangemanche. Je vous expliquerai. On se figure, lorsqu’on n’a jamais fait de modèle réduit, que c’est un divertissement un peu enfantin. Mais c’est inexact. Il y a autre chose. Vous n’en avez jamais fait ?

– Non.

– Vous ne pouvez pas vous rendre compte, alors. Il y a, positivement, une ivresse du modèle réduit. Courir derrière un modèle réduit qui file devant vous, tout droit, en montant lentement, ou qui tourne autour de votre tête avec un petit frémissement, tellement raide et gauche dans l’air, et qui vole… Je pensais que le Ping irait vite, mais pas si vite. C’est ce moteur.

 

– 236 –

Il s’arrêta brusquement.

– Je ne pensais plus à l’interne.

– Il s’est fait mordre par le moteur, dit Mangemanche. Je l’ai laissé monter le corps de Pippo. Il a fait ça machinalement.

Ils revenaient sur leurs pas.

– Il faut que j’aille le soigner. Pouvez-vous m’attendre là ? Je ne serai pas long…

– Je vous attends, dit. Angel.

Le Pr Mangemanche partit au pas gymnastique et Angel le vit pénétrer dans l’hôtel.

Brillantes et vives, les fleurs d’hépatrol s’ouvraient largement aux nappes de lumière jaune qui s’abattaient sur le désert. Angel s’assit sur le sable. Il avait l’impression de vivre au ralenti. Il regrettait de ne pas avoir aidé l’interne à porter Pippo.

De sa place, il entendait les coups amortis des lourds marteaux de Marin et Carlo qui enfonçaient dans les traverses pesantes les crampons à tête recourbée destinés à maintenir les rails. De temps à autre, une des masses de fer heurtait l’acier du rail, et en tirait un long cri vibrant qui perçait la poitrine. Plus loin encore, il percevait les rires joyeux de Didiche et Olive. Ils chassaient la lumette, pour changer.

Rochelle était une sale garce. De quelque façon qu’on la prenne. Et ses seins… De plus en plus bas. Anne va la bousiller complètement. La distendre. L’amollir. La presser. Une demi-peau de citron. Elle a toujours de belles jambes. La première chose qu’on…

 

– 237 –

Il s’arrêta et se mit à penser 45 degrés plus à gauche. Il est absolument inutile de formuler des commentaires obscènes à l’égard d’une fille qui, à tout prendre n’est qu’un trou, du poil autour, et qui… Encore 45 degrés, car ça ne suffit pas. Il faut la prendre et arracher ce qu’elle a sur le dos, et crocher dans ça à coups d’ongle, l’amocher à son tour. Mais, sortie des mains d’Anne, il ne restera plus rien à faire. Déjà tant abîmée, tant flétrie, cernes, marbrures, muscles mous, rodée, salie, relâchée. La cloche et son battant. De l’espace entre. Plus rien de frais. Plus rien de neuf. L’avoir eue avant Anne. La première fois. Son odeur neuve. Ceci pouvait se faire, par exemple, après avoir été traîner dans un petit club de danse, un retour en voiture, le bras autour de la taille, un accident, elle a peur. Ils viennent de renverser Cornélius Onte qui gît sur le trottoir. Il est heureux. Il n’ira pas en Exopotamie, et pour voir, Messieurs et Mesdames, l’homme embrasser la femme, il suffit de se retourner ; ou d’arriver, dans le train, au moment où l’homme embrasse la femme, car l’homme embrasse tout le temps la femme et la prend par tout le corps avec ses mains et cherche l’odeur de la femme sur tout le corps de la femme ; mais ce n’est pas l’homme qu’il faut. De cela résulte, en fait, l’impression de la possibilité, et il suffit de terminer sa vie, à plat ventre sur une chose à se coucher, et de baver en laissant pendre sa tête, et de s’imaginer qu’on peut baver toute sa vie ; imagination déraisonnable s’il en fut, car on n’a pas assez de bave disponible pour ça. Baver, la tête pendante, a pourtant une action lénifiante et les gens ne le font pas assez. Il faut dire, à leur décharge…

Il est absolument inutile de formuler des commentaires obscènes à l’égard d’une fille qui…

Le Pr Mangemanche donna un petit coup de poing sur la tête d’Angel qui tressaillit.

– Et l’interne ? demanda-t-il.

 

– 238 –

– Heu… dit Mangemanche.

– Quoi ?

– Je vais attendre jusqu’à demain soir, et on lui coupera la main.

– À ce point-là ?

– On peut vivre avec une main, dit Mangemanche.

– C’est sans main, dit Angel.

– Oui, dit Mangemanche. En poussant ce raisonnement assez loin, et compte tenu de certaines hypothèses de base, on doit arriver à vivre absolument sans corps.

– Ce ne sont pas des hypothèses admissibles, dit Angel.

– En tout cas, dit le professeur, je vous préviens qu’on va me coffrer bientôt.

Angel s’était relevé. Derechef, il s’éloignait de l’hôtel.

– Pourquoi ?

Le Pr Mangemanche atteignit un petit carnet dans sa poche intérieure gauche. Il l’ouvrit à la dernière page. Sur deux colonnes s’alignaient des noms. Un nom de plus dans la colonne de gauche que dans celle de droite.

– Regardez, dit le professeur.

– C’est votre carnet à malades ? dit Angel.

 

– 239 –

– Oui. Ceux de gauche, je les ai guéris. Ceux de droite sont morts. Tant que j’ai de l’avance à gauche, je peux y aller.

– Comment ça ?

– Je veux dire que je peux tuer des gens jusqu’à concurrence du nombre de gens que j’ai guéris.

– Les tuer de but en blanc ?

– Oui. Naturellement. Je viens de tuer Pippo et je suis juste à égalité.

– Mais vous n’aviez pas plus d’avance que ça !

– Après la mort d’une de mes malades 8, dit Mangemanche, il y a deux ans, j’ai fait de la neurasthénie, alors j’ai tué pas mal de gens. Bêtement, en fait ; je n’en ai pas vraiment profité.

– Mais vous pourriez en guérir de nouveaux, dit Angel, et vivre une vie tranquille.

– Personne n’est malade ici, dit le professeur. Je ne peux pas en inventer. En outre, je n’aime pas la médecine.

– Mais l’interne ?

– C’est encore de ma faute. Si je le guéris, ça sera annulé. S’il en meurt…

– La main en moins, ça ne compte pas ?

 

8 Allusion au roman précédent, « L’Écume des jours » (note du correcteur ELG)

 

– 240 –

– Oh, tout de même non ! dit le professeur. Tout de même pas une simple main.

– Je vois, dit Angel qui ajouta : pourquoi va-t-on vous coffrer ?

– C’est la loi. Vous devriez le savoir.

– Vous savez, dit Angel, en général, on ne sait rien. Et les gens qui devraient savoir, même, c’est-à-dire ceux qui savent manipuler les idées, les triturer, et les présenter de telle sorte qu’ils s’imaginent avoir une pensée originale, ne renouvellent jamais leur fond de choses à triturer, de sorte que leur mode d’expression est toujours de vingt ans en avance sur la matière de cette expression. Il résulte de ceci qu’on ne peut rien apprendre avec eux parce qu’ils se contentent de mots.

– Ce n’est pas utile de vous perdre dans des discours philosophiques pour m’expliquer que vous ne connaissez pas la loi, dit le professeur.

– Certainement, dit Angel, mais il est nécessaire que ces réflexions trouvent leur place quelque part. Si tant est qu’il s’agisse de réflexions. Pour ma part j’inclinerais à les traiter de simples réflexes d’individu sain et susceptible de constater.

– Constater quoi ?

– Constater, objectivement, et sans préjugés.

– Vous pouvez ajouter : sans préjugés bourgeois, dit le professeur. Ça se fait.

– Je veux bien, dit Angel. Ainsi, les individus en question ont étudié si longuement et si à fond les formes de la pensée que les formes leur masquent la pensée elle-même. Vient-on à leur

 

– 241 – mettre le nez dedans, ils vous bouchent la vue au moyen d’un autre morceau de forme. Ils ont enrichi la forme elle-même d’un grand nombre de pièces et de dispositifs mécaniques ingénieux, et s’efforcent de la confondre avec la pensée en question, dont la nature purement physique, d’ordre réflexe, émotionnel et sensoriel, leur échappe en totalité.

– Je ne comprends pas du tout, dit Mangemanche.

– C’est comme en jazz, dit Angel. La transe.

– J’entrevois, dit Mangemanche. Vous voulez dire : de la même façon, certains individus y sont sensibles, et d’autres pas.

– Oui, dit Angel. C’est très curieux, lorsqu’on est en transe, de voir des gens pouvoir continuer à parler et à manœuvrer leurs formes. Lorsqu’on sent la pensée, je veux dire. La chose matérielle.

– Vous êtes fumeux, dit Mangemanche.

– Je ne cherche pas à être clair, dit Angel, parce que ça m’embête tellement d’essayer d’exprimer une chose que je ressens si clairement ; et, par ailleurs, je me fous en totalité de pouvoir ou non faire partager mon point de vue aux autres.

– On ne peut pas discuter avec vous, dit Mangemanche.

– Je crois qu’on ne peut pas, dit Angel. Vous m’accorderez cette circonstance atténuante que c’est la première fois, depuis le début, que je me hasarde à quelque chose de ce genre.

– Vous ne savez pas ce que vous voulez, dit Mangemanche.

– Lorsque je suis satisfait dans mes bras et dans mes jambes, dit Angel, et que je peux rester mou et relâché comme

 

– 242 – un sac de son, je sais que j’ai ce que je veux, parce qu’alors, je peux penser à comme je voudrais que ce soit.

– Je suis complètement abruti, dit Mangemanche. La menace impendante, implicite et implacable dont je suis présentement l’objet ne doit pas être étrangère, pardonnez-moi l’allitération, à l’état nauséeux et voisin du coma dans lequel se trouve ma carcasse de quadragénaire barbu. Vous feriez mieux de me parler d’autre chose.

– Si je parle d’autre chose, dit Angel, je vais parler de Rochelle, et ça foutra par terre l’édifice péniblement construit par mes soins depuis quelques minutes. Parce que j’ai envie de baiser Rochelle.

– Mais bien sûr, dit Mangemanche. Moi aussi. Je compte le faire, après vous, si vous n’y voyez pas d’inconvénient, et si la police m’en laisse le temps.

– J’aime Rochelle, dit Angel. Il est probable que ça va m’entraîner à faire des blagues. Car je commence à en avoir assez. Mon système est trop parfait pour pouvoir jamais être réalisé : en outre, il est incommunicable, aussi, je serais forcé de le mettre en application tout seul, et les gens ne s’y prêteraient pas. Par conséquent, ce que je peux faire comme blagues n’a pas d’importance.

– Quel système ? dit Mangemanche. Vous m’abrutissez littéralement, aujourd’hui.

– Mon système de solutions à tous les problèmes, dit Angel. J’ai réellement trouvé des solutions à tout. Elles sont excellentes et d’un bon rendement, mais je suis le seul à les connaître, et je n’ai pas le temps de les faire connaître aux autres, car je suis très occupé. Je travaille et j’aime Rochelle. Vous voyez ?

 

– 243 –

– Des gens font beaucoup plus de choses, dit le professeur.

– Oui, dit Angel, mais il me faut encore le temps de rester par terre, à plat ventre, et de baver. Je le ferai bientôt. J’attends beaucoup de cette pratique.

– Si le type vient m’arrêter demain, dit Mangemanche, je vous demanderai de soigner l’interne. Je lui couperai la main avant de m’en aller.

– On ne peut pas encore vous arrêter, dit Angel. Vous avez droit à un cadavre de plus.

– Ils vous arrêtent quelquefois d’avance, répondit le professeur. La loi va tout de travers, en ce moment.

 

– 244 –