Automne À Pékin

Boris Vian · Chapitre 58 sur 64

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Automne À Pékin

Chapitre VII

 

 

– C’est ma faute, dit l’archéologue à Petitjean.

– Non, dit Petitjean. Je suis coupable aussi.

– Il fallait lui laisser dire à Angel que Rochelle était libre.

– Alors, dit Petitjean, c’est Angel qui serait là.

– Pourquoi fallait-il choisir ?

– Parce qu’il faut choisir, dit Petitjean. C’est emmerdant, mais c’est comme ça.

Anne avait le cou cassé et son corps reposait sur les pierres. Sa figure était neutre et son front portait une large éraflure, à demi cachée par ses cheveux en désordre. Une de ses jambes se repliait sous lui.

– Il faut l’ôter de là, dit Petitjean, et l’allonger.

Ils virent arriver les pieds d’Angel et son corps et Angel s’approcha doucement.

– Je l’ai tué, dit-il. Il est mort.

– Je crois qu’il s’est trop penché, dit l’archéologue. Ne restez pas là.

– C’est moi… dit Angel.

 

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– Ne le touchez pas, dit Petitjean. Ce n’est pas la peine. C’est un accident.

– Non, dit Angel.

– Si, dit l’archéologue. Vous pouvez tout de même accepter ça de lui.

Angel pleurait et sa figure était chaude.

– Attendez-nous par là, dit Athanagore. Suivez le couloir.

Il s’approcha d’Anne. Avec douceur, il lissa les cheveux blonds, et regarda le corps meurtri et pitoyable.

– Il était jeune, dit-il.

– Oui, murmura Petitjean. Ils sont jeunes.

– Ils meurent tous… dit Athanagore.

– Pas tous… il en reste. Vous et moi, par exemple.

– Nous sommes en pierre, dit l’archéologue. Ça ne compte pas.

– Aidez-moi, dit Petitjean.

Ils avaient beaucoup de mal à le soulever. Le corps relâché s’affaissait et traînait par terre. Les pieds de Petitjean dérapaient sur le sol humide. Ils le soulevèrent du tas de pierres et l’allongèrent contre le mur de la galerie.

– Je suis retourné, dit Athanagore. C’est ma faute.

 

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– Je vous répète que non, dit Petitjean. Il n’y avait rien d’autre à faire.

– C’est ignoble, dit Athanagore, que nous ayons été forcés de prêter la main à ça.

– Nous devions être déçus, de toute façon, dit Petitjean. Il se trouve que nous sommes déçus dans notre chair. C’est plus dur à supporter, mais ça passera mieux.

– Ça passera pour vous, dit Athanagore. Il était beau.

– Ils sont beaux, dit Petitjean. Tous ceux qui restent.

– Vous êtes trop dur, dit l’archéologue.

– Un prêtre ne peut pas avoir de cœur, dit Petitjean.

– Je voudrais arranger ses cheveux, dit l’archéologue. Avez-vous un peigne ?

– Je n’en ai pas, dit Petitjean. Ce n’est pas la peine. Venez.

– Je ne peux pas le laisser.

– Ne vous laissez pas aller. Il est près de vous parce qu’il est mort et que vous êtes vieux. Mais il est mort.

– Et je suis vieux, mais vivant, dit l’archéologue. Et Angel est tout seul.

– Il n’aura guère de compagnie, maintenant, dit Petitjean.

– Nous resterons avec lui.

 

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– Non, dit Petitjean. Il s’en ira. Il s’en ira seul. Les choses ne vont pas se tasser si facilement. Nous ne sommes pas encore au bout.

– Qu’est-ce qui peut arriver ?… soupira Athanagore d’une voix lasse et brisée.

– Ça va venir, dit Petitjean. On ne travaille pas dans le désert sans conséquences. Les choses sont mal embringuées. Ça se sent.

– Vous avez l’habitude des cadavres, dit Athanagore. Moi pas. Seulement des momies.

– Vous n’êtes pas dans le coup, dit Petitjean. Vous pouvez juste souffrir, sans rien en tirer.

– Vous en tirez quelque chose, vous ?

– Moi ? dit Petitjean. Je n’en souffre pas. Venez.

 

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