Automne À Pékin

Boris Vian · Chapitre 16 sur 64

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Automne À Pékin

Chapitre 2

 

– C’est inouï !… dit Cruc.

Le moteur venait de s’arrêter, Mangemanche tripota le pointeau et tourna l’hélice pour le remettre en marche. Au troisième tour, elle partit d’un coup sec et il n’eut pas le temps de retirer sa main. Il se mit à sauter sur place en gémissant. Cruc prit sa place et la lança à son tour. Le moteur redémarra en un clin d’œil. Dans la petite bouteille de combustible, on voyait des bulles d’air entrer par la soupape, comme un escargot qui bave, et, par les deux lumières de l’échappement, de l’huile ruisselait tout doucement.

Le vent de l’hélice soufflait la fumée de l’échappement sur Mangemanche qui s’était approché de nouveau. Il tenta de tourner la manette du contre-piston pour régler la compression, et se brûla les doigts très fort. Il secoua sa main et la mit tout entière dans sa bouche.

– Merde et merde ! jura-t-il.

À travers ses doigts, on comprenait mal, heureusement. Cruc, hypnotisé, tentait de suivre des yeux le mouvement de l’hélice, et ses globes tournaient à cet effet, dans l’orbite, mais la force centrifuge projetait les cristallins vers l’extérieur, et il voyait juste le bord interne de ses paupières, aussi il s’arrêta. La lourde table, sur laquelle était vissé le petit carter d’aluminium, vibrait et faisait trembler toute la pièce.

– Ça marche !… se mit à crier Cruc.

 

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Et il s’écarta de la table et saisit Mangemanche par les mains. Ils dansèrent une ronde, pendant que la fumée bleue fuyait vers le fond de la pièce.

Les surprenant au beau milieu d’un saut périlleux, la sonnerie du téléphone manifesta des dispositions certaines pour la production d’un bruit strident rappelant le sifflement d’une méduse. Mangemanche, saisi en plein vol, retomba à plat sur le dos, tandis que Cruc allait se ficher en terre, la tête en avant, dans un pot vert qui contenait une grande palme académique.

Mangemanche se releva le premier et courut répondre. Cruc manœuvrait pour sortir de la terre et finit par se relever avec le pot, car il tirait sur la tige de la palme en la prenant pour son cou. Il s’aperçut de son erreur lorsque toute la terre lui dégoulina dans le dos.

Mangemanche revint, l’air furieux. Il cria à Cruc d’arrêter le moteur, parce que cela faisait un potin infernal. Cruc s’approcha, ferma le pointeau, et le moteur stoppa en produisant un bruit de baiser méchant, sec et aspiré.

– Je m’en vais, dit Mangemanche. Un malade me demande.

– C’est un de vos clients ?

– Non, mais je dois y aller.

– C’est assommant, dit Cruc.

– Vous pouvez rester le faire marcher, dit Mangemanche.

– Oh, alors, ça va. Allez-y ! dit Cruc.

– Vous êtes malin, dit Mangemanche. Ça vous est égal.

 

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