Automne À Pékin

Boris Vian · Chapitre 6 sur 64

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Automne À Pékin

Chapitre 3

Le froid faisait cliqueter des glaçons rouges sur le bord des trottoirs et les femmes repliaient les jambes sous leurs courtes jupes de futaine. Claude, en passant, dit « bonjour » au concierge et s’approcha timidement de l’ascenseur Roux-Conciliabuzier devant la grille duquel attendaient déjà trois dactylos et un comptable, qu’il salua d’un geste réservé et collectif.

 

3

 

– Bonjour Léon, dit son chef en ouvrant la porte.

Claude sursauta et fit une grosse tache.

– Bonjour, Monsieur Saknussem, balbutia-t-il.

– Maladroit ! gronda l’autre. Toujours des taches !…

– Excusez-moi, Monsieur Saknussem, dit Claude… mais…

– Effacez ça !… dit Saknussem.

Claude se pencha sur la tache et se mit à la lécher avec application. L’encre était rance et sentait le phoque.

Saknussem paraissait d’humeur joviale.

 

– 24 –

– Alors dit-il, vous avez vu les journaux ? Les conformistes nous préparent de beaux jours, hein ?…

– Heu… oui… Monsieur, murmura Claude.

– Ces salauds-là, dit son chef. Ah… il est temps qu’on fasse attention… Et ils sont tous armés, vous savez.

– Ah… dit Claude.

– On l’a bien vu, au Libérationnement, dit Saknussem. Ils emmenaient les armes par camions entiers. Et naturellement, les honnêtes gens comme vous ou moi n’ont pas d’armes.

– Bien sûr… dit Claude.

– Vous n’en avez pas, vous ?

– Non, Monsieur Saknussem, dit Claude.

– Vous pourriez me procurer un revolver ? demanda Saknussem de but en blanc.

– C’est que… dit Claude, peut-être par le beau-frère de ma logeuse… Je ne sais pas… heu…

– Parfait, dit son chef. Je compte sur vous, hein ? Pas trop cher, non plus, et des cartouches, hein ? Ces salauds de conformistes… C’est qu’il faut se méfier, hein ?

– Certainement, dit Claude.

– Merci, Léon. Je compte sur vous. Quand pouvez-vous me l’amener ?

– Il faut que je demande, dit Claude.

 

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