Automne À Pékin
Chapitre 3
Le froid faisait cliqueter des glaçons rouges sur le bord des trottoirs et les femmes repliaient les jambes sous leurs courtes jupes de futaine. Claude, en passant, dit « bonjour » au concierge et s’approcha timidement de l’ascenseur Roux-Conciliabuzier devant la grille duquel attendaient déjà trois dactylos et un comptable, qu’il salua d’un geste réservé et collectif.
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– Bonjour Léon, dit son chef en ouvrant la porte.
Claude sursauta et fit une grosse tache.
– Bonjour, Monsieur Saknussem, balbutia-t-il.
– Maladroit ! gronda l’autre. Toujours des taches !…
– Excusez-moi, Monsieur Saknussem, dit Claude… mais…
– Effacez ça !… dit Saknussem.
Claude se pencha sur la tache et se mit à la lécher avec application. L’encre était rance et sentait le phoque.
Saknussem paraissait d’humeur joviale.
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– Alors dit-il, vous avez vu les journaux ? Les conformistes nous préparent de beaux jours, hein ?…
– Heu… oui… Monsieur, murmura Claude.
– Ces salauds-là, dit son chef. Ah… il est temps qu’on fasse attention… Et ils sont tous armés, vous savez.
– Ah… dit Claude.
– On l’a bien vu, au Libérationnement, dit Saknussem. Ils emmenaient les armes par camions entiers. Et naturellement, les honnêtes gens comme vous ou moi n’ont pas d’armes.
– Bien sûr… dit Claude.
– Vous n’en avez pas, vous ?
– Non, Monsieur Saknussem, dit Claude.
– Vous pourriez me procurer un revolver ? demanda Saknussem de but en blanc.
– C’est que… dit Claude, peut-être par le beau-frère de ma logeuse… Je ne sais pas… heu…
– Parfait, dit son chef. Je compte sur vous, hein ? Pas trop cher, non plus, et des cartouches, hein ? Ces salauds de conformistes… C’est qu’il faut se méfier, hein ?
– Certainement, dit Claude.
– Merci, Léon. Je compte sur vous. Quand pouvez-vous me l’amener ?
– Il faut que je demande, dit Claude.
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