Automne À Pékin

Boris Vian · Chapitre 11 sur 64

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Automne À Pékin

Chapitre 8

Et son dos descendit le long du mur. Il se retrouva assis par terre. Son crâne enflait terriblement avec une musique atroce, et les bretelles n’avaient rien.

 

8

 

L’abbé Petitjean caracolait dans les couloirs de la prison suivi de près par le gardien. Ils jouaient à la pouillette. En approchant de la cellule de Claude Léon, l’abbé glissa sur une crotte de chat à neuf queues, et fit un tour complet dans l’atmosphère. Sa soutane gracieusement déployée autour de ses jambes robustes, le fit ressembler si fort à la Loïe Fuller que le gardien le dépassa, plein de respect et en se découvrant par politesse. Puis, l’abbé retomba par terre avec un bruit étalé et le gardien lui bondit à cheval sur le dos ; l’abbé fit pouce.

– Je vous ai eu, dit le gardien. Vous payez la tournée.

L’abbé Petitjean acquiesça de mauvaise grâce.

– Pas de blagues, dit le gardien. Signez un papier.

– Je ne peux pas le signer à plat ventre, dit l’abbé.

– Bon, je vous lâche… dit le gardien.

Sitôt relevé, l’abbé poussa un grand éclat de rire et se précipita droit devant lui. Il s’y trouvait un mur assez solide et le gardien n’eut pas de mal à le rattraper.

– Vous êtes un faux frère, lui dit-il. Signez un papier.

 

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– Transigeons, dit l’abbé. Quinze jours d’indulgence ?

– Des clopinettes, dit le gardien.

– Oh, ça va… dit l’abbé. Je signe.

Le gardien détacha une formule toute remplie de son carnet à souches et donna son crayon à Petitjean qui s’exécuta, puis s’approcha de la porte de Claude Léon. La clé s’engagea dans la serrure qui prit parti pour elle et s’ouvrit.

Assis sur le lit, Claude Léon méditait. Un rayon de soleil entrait par le vide qu’avait laissé le barreau de la fenêtre en se descellant, faisait un petit tour et se perdait dans la tinette.

– Bonjour, mon père, dit Claude Léon en voyant entrer l’abbé.

– Bonjour, mon petit Claude.

– Ma mère va bien ? demanda Claude Léon.

– Mais certainement, dit Petitjean.

– J’ai été touché par la grâce, dit Claude.

Il se passa la main sur l’occiput.

– Tâtez, ajouta-t-il.

L’abbé tâta.

– Fichtre… dit-il, elle n’y a pas été de main morte…

 

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– Loué soit le Seigneur, dit Claude Léon. Je voudrais me confesser. Je veux me présenter devant mon Créateur garni d’une âme nette.

– Comme si elle avait été lavée avec Persil !… dirent-ils d’une même voix suivant le rite catholique, et ils firent un signe de croix des plus classiques.

– Mais il n’est pas encore question de vous estrapadouiller, dit l’abbé.

– J’ai tué un homme, dit Claude. Qui plus est, un cycliste.

– J’ai des nouvelles, dit l’abbé. J’ai vu votre avocat. Le cycliste était conformiste.

– J’ai quand même tué un homme, dit Claude.

– Mais Saknussem a accepté de témoigner en votre faveur.

– J’ai pas envie, dit Claude.

– Mon fils, dit l’abbé, vous ne pouvez pas ne pas tenir compte du fait que ce cycliste était un ennemi de notre Sainte Mère l’Église cornue et apostillonique…

– Je n’étais pas encore touché par la grâce quand je l’ai tué, dit Claude.

– Foutaises, assura l’abbé. Nous vous tirerons de là.

– Je ne peux pas, dit Claude. Je veux être ermite. Où pourrais-je être mieux qu’en prison pour ça ?

 

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– Parfait, dit l’abbé. Si vous voulez être ermite on vous en sort demain. L’évêque est très bien avec le directeur de la prison.

– Mais je n’ai pas d’ermitage, dit Claude. Ici ça me plaît.

– Rassurez-vous, dit l’abbé. On vous trouvera quelque chose d’encore plus moche.

– Alors, dit Claude, c’est différent. On s’en va ?

– Minute, parpaillot, dit l’abbé. Il faut les formalités. Je passe vous prendre demain avec la voiture des morts.

– Où est-ce que j’irai ? demanda Claude très excité.

– Il reste une bonne place d’ermite en Exopotamie dit l’abbé. On va vous donner ça. Vous serez très mal.

– Parfait !… dit Claude. Je prie pour vous.

– Amen ! dit l’abbé. Bourre et Bam et Ratatourre !… terminèrent-ils en chœur, toujours selon le rite catholique, ce qui dispense, comme chacun sait, du signe de croix. Le prêtre caressa la joue de Claude et lui pinça le nez un bon coup, puis il quitta la cellule et le gardien referma la porte.

Alors Claude resta debout devant la petite fenêtre et il fit une grande génuflexion et se mit à prier de tout son cœur astral.

 

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