Automne À Pékin
Chapitre 6
– Écoutez, dit Cornélius Onte.
Il parlait d’une voix vague et brouillée et ses paupières retombaient. Mangemanche prit un air excédé.
– Votre évipan ne vous suffit pas ? Vous voulez quand même recommencer vos fameuses propositions ?
– Mais non !… dit Cornélius. C’est… cette chaise…
– Eh bien, quoi ? dit Mangemanche. Elle est malade. On la soigne. Vous savez ce que c’est qu’un hôpital, non ?
– Oh !… gémit Cornélius. Enlevez-la !… Elle a grincé sans arrêt toute la nuit…
L’interne debout près de Mangemanche, paraissait également à la limite de ses nerfs.
– C’est vrai ? lui demanda le professeur.
L’interne fit un signe affirmatif.
– On pourrait la flanquer en l’air, dit-il. C’est une vieille chaise.
– C’est une chaise Louis XV, dit Mangemanche. Et puis, c’est vous ou c’est moi qui a dit qu’elle avait la fièvre ?
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– C’est moi, dit l’interne.
Il était furieux toutes les fois que Mangemanche s’occupait de la chaise.
– Alors, soignez-la.
– Mais je deviens fou !… gémit Cornélius.
– Tant mieux, dit Mangemanche. Vous ne m’embêterez plus avec vos propositions. Piquez-le encore, ajouta-t-il en se tournant vers l’interne et en désignant Cornélius.
– Ouille… Ouille… se lamenta Cornélius. Je ne sens plus ma fesse !…
À ce moment, la chaise fit retentir une horrible série de craquements osseux. Une odeur dégoûtante se répandit autour de son lit.
– Toute la nuit comme ça… murmura Cornélius. Changez-moi d’endroit…
– On vous colle déjà dans une chambre à deux lits seulement et vous n’êtes pas content ?… protesta l’interne.
– Deux lits et une chaise qui pue, dit Cornélius.
– Oh, ça va, dit l’interne. Vous croyez que vous sentez bon.
– Soyez poli avec mon malade, lui fit remarquer Mangemanche. Qu’est-ce qu’elle a, cette chaise. Elle fait une occlusion perforante ?
– Je crois, dit l’interne. En plus, elle a quarante-neuf de tension.
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