Automne À Pékin

Boris Vian · Chapitre 20 sur 64

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Automne À Pékin

Chapitre 6

 

 

– Écoutez, dit Cornélius Onte.

Il parlait d’une voix vague et brouillée et ses paupières retombaient. Mangemanche prit un air excédé.

– Votre évipan ne vous suffit pas ? Vous voulez quand même recommencer vos fameuses propositions ?

– Mais non !… dit Cornélius. C’est… cette chaise…

– Eh bien, quoi ? dit Mangemanche. Elle est malade. On la soigne. Vous savez ce que c’est qu’un hôpital, non ?

– Oh !… gémit Cornélius. Enlevez-la !… Elle a grincé sans arrêt toute la nuit…

L’interne debout près de Mangemanche, paraissait également à la limite de ses nerfs.

– C’est vrai ? lui demanda le professeur.

L’interne fit un signe affirmatif.

– On pourrait la flanquer en l’air, dit-il. C’est une vieille chaise.

– C’est une chaise Louis XV, dit Mangemanche. Et puis, c’est vous ou c’est moi qui a dit qu’elle avait la fièvre ?

 

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– C’est moi, dit l’interne.

Il était furieux toutes les fois que Mangemanche s’occupait de la chaise.

– Alors, soignez-la.

– Mais je deviens fou !… gémit Cornélius.

– Tant mieux, dit Mangemanche. Vous ne m’embêterez plus avec vos propositions. Piquez-le encore, ajouta-t-il en se tournant vers l’interne et en désignant Cornélius.

– Ouille… Ouille… se lamenta Cornélius. Je ne sens plus ma fesse !…

À ce moment, la chaise fit retentir une horrible série de craquements osseux. Une odeur dégoûtante se répandit autour de son lit.

– Toute la nuit comme ça… murmura Cornélius. Changez-moi d’endroit…

– On vous colle déjà dans une chambre à deux lits seulement et vous n’êtes pas content ?… protesta l’interne.

– Deux lits et une chaise qui pue, dit Cornélius.

– Oh, ça va, dit l’interne. Vous croyez que vous sentez bon.

– Soyez poli avec mon malade, lui fit remarquer Mangemanche. Qu’est-ce qu’elle a, cette chaise. Elle fait une occlusion perforante ?

– Je crois, dit l’interne. En plus, elle a quarante-neuf de tension.

 

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