Automne À Pékin
Chapitre XII
Angel attendait l’autobus 975. Il était par terre adossé au poteau d’arrêt et Petitjean, assis dans la même position, lui tournait le dos. Ils se parlaient sans se regarder. Angel avait sa valise à côté de lui et un gros paquet de lettres et de rapports retrouvés sur le bureau d’Amadis Dudu.
– Je regrette que l’archéologue n’ait pas pu m’accompagner, dit Angel.
– Il a beaucoup de travail, dit Petitjean. Son matériel a été amoché. C’est une veine qu’ils n’aient rien eu, ni lui, ni ceux de son équipe.
– Je sais bien, dit Angel. Pourvu que l’autobus arrive !…
– Il ne passait plus ces derniers temps, dit Petitjean.
– Il va repasser, dit Angel. Ça correspondait, sans doute, au congé annuel du conducteur.
– C’est la saison… dit Petitjean. Angel se racla la gorge. Il était ému.
– Je ne vais plus vous voir, dit-il. Je voulais vous remercier.
– Ce n’est rien, dit l’abbé. Vous reviendrez.
– Je peux vous poser une question ?
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– Vous devez la connaître. Pourquoi est-ce que vous portez la soutane ?
L’abbé rit doucement.
– C’est bien ça que j’attendais… dit-il. Je vais vous dire. C’est la méthode moderne.
– Quelle méthode ?
– Il faut noyauter… répondit l’abbé Petitjean.
– Je vois… dit Angel.
Ils entendirent le moteur.
– Il arrive… dit Petitjean.
Il se leva. Angel en fit autant.
– Au revoir. À bientôt.
– Au revoir !… dit Angel.
L’abbé Petitjean lui serra la main et partit sans se retourner. Il sautait haut pour que sa robe prît à chaque retombée la forme d’une cloche. Il était tout noir sur le sable.
Angel tâta d’un doigt tremblant le col de sa chemise jaune et leva la main. Le 975 s’arrêta pile devant lui.
Le receveur tournait sa boîte et une jolie musique s’en échappait.
Il n’y avait qu’un voyageur à l’intérieur, et il portait une petite serviette, marquée A. P., Antenne Pernot ; il était habillé
– 366 – comme pour se rendre à son bureau. Il parcourut le couloir, plein d’aisance, et sauta légèrement en bas de l’autobus. Il se trouva nez à nez avec le conducteur. Ce dernier venait de quitter son siège et s’approchait pour voir ce qui se passait. Il portait un bandeau noir sur l’œil.
– Bigre ! dit le conducteur. Un qui descend et un qui remonte !… Et mes pneus, alors ! J’ai pas le droit de prendre de la surcharge.
L’homme à la serviette le regarda, gêné, et profitant de ce que l’autre se remettait l’œil en place avec son cure-pipe, s’enfuit à toutes jambes.
Le conducteur se toucha le front.
– Je commence à être habitué, dit-il. Ça fait le second.
Il regagna son siège.
Le receveur aida Angel à monter.
– Allons, allons ! dit-il. Ne nous bousculons pas !… Les numéros, s’il vous plaît !…
Angel monta. Il posa sa valise sur la plateforme.
– À l’intérieur, les bagages !… dit le receveur. Ne gênez pas le service, s’il vous plaît !…
Il se pendit à la poignée qu’il agita plusieurs fois.
– Complet !… cria-t-il.
– Le moteur ronfla et l’autobus partit. Angel posa sa valise sous une banquette et revint sur la plate-forme.
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Le soleil brillait au-dessus du sable et des herbes. Des touffes de scrub spinifex marquaient le sol. À l’horizon, il apercevait confusément une bande noire et immobile.
Le receveur s’approcha de lui.
– Terminus !… dit Angel.
– Vole !… répondit le receveur en levant le doigt vers le ciel.
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