Automne À Pékin

Boris Vian · Chapitre 46 sur 64

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Automne À Pékin

Chapitre XI

 

 

Athanagore était au milieu. À sa gauche marchait Angel qu’il tenait par l’épaule, et l’abbé lui avait pris le bras droit. Ils allaient vers le campement d’Athanagore, pour chercher Cuivre et l’emmener voir Claude Léon.

Ils se turent d’abord, mais l’abbé Petitjean ne pouvait pas supporter ça très longtemps.

– Je me demande pourquoi le Pr Mangemanche a refusé une place d’ermite, dit-il.

– Il en avait assez, je pense, dit Athanagore. Soigner des gens toute sa vie pour arriver à ce résultat…

– Mais tous les docteurs en sont là… dit l’abbé.

– On ne les arrête pas tous, dit Athanagore. Ils camouflent, en général. Le Pr Mangemanche n’a jamais voulu avoir recours au truquage.

– Mais comment camouflent-ils ? demanda l’abbé.

– Ils passent leurs malades à d’autres confrères plus jeunes, au moment où ils vont mourir, et ainsi de suite.

– Il y a là quelque chose qui m’échappe. Si le malade meurt à ce moment, il y a toujours un médecin qui trinque ?

– Souvent, dans ce cas-là, le malade guérit.

 

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– Dans quel cas ? dit l’abbé. Excusez-moi, mais je ne vous suis pas bien.

– Quand un vieux médecin le passe à un confrère plus jeune, dit Athanagore.

– Mais le Dr Mangemanche n’était pas un vieux médecin… dit Angel.

– Quarante, quarante-cinq… estima l’abbé.

– Oui, dit Athanagore. Il n’a pas eu de chance.

– Oh, dit l’abbé, tout le monde tue des gens, tous les jours. Je ne comprends pas pourquoi il a refusé une place d’ermite. La religion a été inventée pour placer les criminels. Alors ?

– Vous avez eu raison de le lui proposer, dit l’archéologue, mais il est trop honnête pour accepter.

– Il est noix, dit l’abbé. Personne ne le lui demande d’être honnête. Qu’est-ce qu’il va faire, maintenant ?

– Je ne pourrais pas dire… murmura Athanagore.

– Il va s’en aller, dit Angel. Il ne veut pas se faire arrêter. Il s’en ira exprès dans un sale endroit.

– Parlons d’autre chose, proposa l’archéologue.

– C’est une bonne idée, dit l’abbé Petitjean. Angel ne dit rien. Tous trois continuèrent à marcher en silence. De temps à autre, ils écrasaient des escargots, et le sable jaune volait en l’air. Leurs ombres progressaient avec eux, verticales et minuscules. Ils pouvaient les percevoir en écartant les jambes,

 

– 272 – mais par un hasard curieux, celle de l’abbé était à la place de l’ombre de l’archéologue.

 

– 273 –