Beautiful Fighter

Kristen Rivers · Chapitre 10 sur 40

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Beautiful Fighter

Chapitre 10

 

Une semaine s’est écoulée depuis la dernière fois où Samaï a posé ses mains sur moi. Je n’irais pas jusqu’à dire que l’on s’évite, ce n’est pas le cas. Je ne me suis plus systématiquement alimentée de barres chocolatées, enfermée dans ma chambre, mais nous ne nous sommes pas beaucoup croisés. Finalement, c’est peut-être lui qui a tout fait pour ne pas me voir. Je sais qu’il a passé pas mal de temps dans l’aile ouest de la propriété, là où se trouvent ses équipements sportifs. D’abord, j’ai pensé qu’il s’entraînait, même si sa jambe le fait encore souffrir un peu, ce qui a un peu inquiété Nitty. Puis j’ai compris que c’était autre chose. Je l’ai saisi dans son regard, dans son attitude, et jusque dans sa manière de respirer. Comme lui, chaque fois que nous nous sommes rencontrés, je me suis efforcée de rester aussi distante que possible. Il a sollicité mes massages à plusieurs reprises, mais plus dans sa chambre ni dans la mienne, comme s’il avait souhaité mettre une certaine distance entre nous. Nos rencontres ont eu lieu dans le salon, un endroit moins intime, plus neutre, et dépourvu de souvenirs incandescents. Je sens toujours cette énergie étrange qui circule entre nous. Mes doigts s’efforcent de détendre ses muscles efficacement, mais intérieurement, je brûle pour lui. Néanmoins, je suis toujours restée professionnelle. Je ne lui ai rien laissé voir, et c’est mieux comme ça. De toute façon, ce magnétisme qui m’attire vers lui est purement physique, et ça s’éteindra aussi vite que c’est venu. Samaï est réellement un très bel homme, il est normal qu’il me plaise. J’ai fait quelques recherches sur Internet. Les salles dans lesquelles il combat sont systématiquement remplies de filles totalement hystériques. En quoi suis-je différente d’elles ? Son charme opère sur ces femmes, comme il opère sur moi.

Profitant d’une accalmie à l’école de surf, Seann vient nous rejoindre. J’ai appris à apprécier ce garçon toujours souriant dont la présence constitue à chaque fois une véritable bouffée d’air.

– Tu as soif ?

Avec la chaleur qu’il fait, ma question est purement rhétorique. La température est sensiblement la même que dans ma ville d’origine située dans le sud-est espagnol, mais ici, l’humidité permanente la rend nettement plus difficile à supporter.

– Je tuerais pour un Coca.

Je lève les bras pour lui faire comprendre qu’il n’a pas besoin de m’assassiner pour avoir sa boisson et lui sers son soda. Avec son métier sportif, j’ai remarqué qu’il consommait énormément de sucre sans prendre un seul gramme. Il en va de même pour Samaï, qui garde un corps de rêve en toutes circonstances. Moi, je possède un estomac quantique. J’avale une frite et dans mon ventre, elle se multiplie par cinquante. Un vrai désastre.

– Ça vous dérange si je fais un petit plongeon ?

Kelly désigne la mer d’un mouvement de tête. Je lui fais signe d’y aller. Guillerette comme une enfant, elle se met à courir en direction de l’eau sans prêter attention aux quelques baigneurs qui la matent ouvertement.

– Alors, l’Australie ?

– C’est grand, répliqué-je pour le faire rager.

Si j’ai remarqué une chose, ici, c’est l’amour des habitants pour leur pays. Leur nation compte une grande part d’immigrés. Pourtant, nouveaux arrivés comme locaux s’unissent pour porter cette énorme île dans leur cœur.

– Du peu que j’ai vu de l’Australie, c’est plutôt sympa comme coin.

Un sourire mystérieux se dessine sur les lèvres du surfeur.

– Si je te disais que tu vas bientôt avoir l’occasion d’en voir un peu plus…

Je penche la tête sur le côté sans trop comprendre où il veut en venir.

– Tu vas m’emmener quelque part ?

Seann s’est toujours montré très sympathique à mon égard, s’il prenait l’initiative de me faire visiter la région, ça ne serait pas déplacé.

– Pas moi, non.

– Kelly ?

– Non plus.

– Tu es le maître du suspense, un véritable Stephen King, lancé-je, mordue de curiosité.

– Je sais, je sais.

Il a fini sa canette et me fait signe de lui en donner une autre.

– Tu auras ton deuxième soda si tu me dévoiles le nom de mon compagnon de voyage. Puis d’ailleurs, sache que je travaille ici. Je ne peux pas partir comme je veux. J’ai des obligations.

Il désigne ma chaise pour me demander de m’asseoir, ce qui n’est pas très bon signe, après quoi, il se penche au-dessus de la table pour me parler à voix basse.

– Avant tout, je veux que tu me promettes que tu vas faire exactement ce que je vais te dire.

J’éclate de rire sans la moindre retenue.

– Toi, tu crois encore au père Noël !

Seann se contente de m’adresser un sourire contrit.

– Soyons francs. Samaï se morfond quand il ne peut pas se battre. S’entraîner, c’est bien. Mais les vrais combats lui manquent, c’est moi qui te le dis. Tu ne l’as pas connu avant, mais je t’assure qu’il a besoin de l’adrénaline que lui procure la compétition. Sans ça, il tourne comme un lion en cage, et admettons-le, ça le rend chiant.

J’acquiesce. Un sentiment d’empathie a remplacé ma colère à l’égard de Sam.

– Je te l’accorde.

Cette fois, c’est lui qui s’esclaffe.

– Sa jambe est presque remise, mais pas entièrement. Pourtant, les compétitions reprennent bientôt et s’il ne se présente pas au combat, il sera exclu.

– Oui, mais s’il se bat maintenant, il risque de se blesser sérieusement. Sa jambe ne tiendra jamais.

– Je le sais, mais psychologiquement, il ne tiendra pas le coup non plus s’il ne peut pas combattre.

Des clients approchent. Je me lève prestement et quitte Seann pour les servir. Lorsque je reviens, il a vidé sa deuxième canette, et à l’expression qui plane sur son visage, je sens que le beau gosse va aussi vider son sac.

– J’ai surfé sur Internet.

– Comme quoi, tu ne surfes pas que sur les vagues.

Il me décoche un sourire amusé avant de retrouver sa gravité.

– Samaï consulte déjà un kiné, mais il existe une spécialiste du sport qui travaille près de Brisbane, à environ cinq cents kilomètres au sud d’ici.

– Super. Tu vas pouvoir le conduire là-bas.

– Euh… Sam ne m’écoutera jamais.

– Je croyais que vous étiez très amis.

– C’est le cas, en tout cas de mon côté. Mais pour lui, les choses ont changé il y a deux ans.

À la lueur qui brille dans ses yeux couleur turquoise, je devine qu’il s’agit d’un événement grave. La curiosité me titille, bien sûr, mais je garde mes questions pour moi, par respect. J’ai senti qu’il se passait quelque chose de fort entre ces deux hommes, que c’était une amitié intense mêlée à une histoire trouble.

– Je voudrais que tu l’emmènes là-bas.

– Moi ? ricané-je. D’une, tu ne m’as pas vue rouler en voiture. Et de deux, qu’est-ce qui te fait croire que le fils de ma patronne m’écoutera, moi ? Samaï est une forte tête, un électron libre. De ce que j’ai vu, il n’obéit à rien ni à personne.

– Tu l’as bien cerné, à ce que je vois, répond-il en me décochant un clin d’œil.

J’attrape un torchon sur le comptoir pour le frapper avec. Il esquive mon coup sans peine.

– Je n’aime pas ce sous-entendu. C’est complètement faux. Je travaille pour lui, je vis avec lui, et j’ai eu affaire à son côté borné plus d’une fois. Ça ne veut pas dire que je m’intéresse à sa personne.

Seann hoche la tête d’un air amusé. Pour ma part, je ne sais pas qui j’essaie de convaincre avec mes mensonges. S ou moi ?

– Bien sûr, je te crois, Adi. Quoi qu’il en soit, j’ai un plan pour qu’il accepte. On va lui faire croire qu’il se rend à Brisbane pour rencontrer un partenaire de l’école de surf pour sa mère, et toi, tu l’accompagnes théoriquement pour veiller sur lui, comme un chaperon.

Je m’accorde une ou deux minutes pour réfléchir.

– Ça tient la route. Il vénère Nitty, littéralement. Il ferait tout pour elle.

Et je le comprends. Si j’avais encore ma maman, ce serait pareil.

– Tu pourras la voir dans une heure pour régler tous les détails, après quoi, tu iras l’annoncer à Samaï. Enfin, si tu acceptes notre plan.

C’est sympa de me donner le choix, parce qu’après tout, j’ai été embauchée pour prendre soin de Samaï, après tout. Et j’ai horreur de la boxe. Cependant, je me garde bien de le dire au surfeur.

– Pourquoi est-ce que tu fais tout ça pour lui ? Vous étiez meilleurs amis à une certaine époque, mais votre amitié me semble aujourd’hui aussi éteinte que les dinosaures.

– Parce qu’il en vaut la peine, crois-moi.

La vulnérabilité que je perçois dans la voix de Seann me laisse sans voix.

C’est cette dernière affirmation que me convainc d’aller voir Nitty pendant ma pause, même si je ne suis pas sûre d’accepter d’accompagner Samaï à Brisbane. Je la trouve chez elle, occupée à boucler un dossier administratif qui l’ennuie au plus haut point.

La belle Thaïlandaise m’accueille avec son sourire éblouissant. Elle commence par s’enquérir de ma santé et me propose quelque chose à boire. Elle me pose beaucoup de questions sur mon ressenti et semble s’intéresser réellement à mes réponses, ce qui me met dans de bonnes conditions pour aborder le sujet qui lui tient à cœur.

– Je ne suis pas sûre de vouloir me prêter au jeu, Nittaya. Je n’ai rien contre votre fils, mais j’ai horreur du sport qu’il pratique. C’est… viscéral.

C’est la première fois que je lui révèle que je déteste la vocation de son fils. Je ne lui en avais pas parlé avant par crainte de perdre mon job. Maintenant, je redoute de décevoir cette femme qui m’a accueillie à bras ouverts.

J’avais peur qu’elle me fasse des reproches, mais elle se contente d’acquiescer en m’observant intensément.

– Tu sais ce que je te conseille ? Va le voir. Il est en train de s’entraîner en ce moment, ce que je désapprouve, étant donné qu’il n’est pas complètement guéri. Mais quel fils écoute sa mère, hein ? Si tu réussis à l’emmener chez cette kiné, il pourra à nouveau se battre en toute sécurité.

Elle me lance un regard un peu perdu qui me donne envie de sourire.

– Où en étais-je ? Ah, oui ! Quand tu l’auras découvert en train de se battre, tu pourras décider si oui ou non, tu souhaites le soutenir.

J’opine, rassurée qu’elle ne le prenne pas mal. En empruntant le chemin du retour, je sais néanmoins que rien ne pourra me faire changer d’avis.

Je m’engouffre dans la porte ouverte de l’aile ouest. Le bruit de coups guide mes pas silencieux vers le ring tout en éveillant des souvenirs douloureux. Ce que je découvre me coupe le souffle.

Samaï est en train de se déchaîner sur un sac de frappe. À mon grand étonnement, loin d’éprouver de l’aversion, je tombe sous le charme de ses mouvements félins. Torse et pieds nus, en sueur, vêtu d’un simple short, il est à tomber à la renverse. Il se dégage de lui quelque chose de bestial, de terriblement masculin. Là où je m’attendais à voir de la violence, je ne perçois que de la grâce. Le boxeur thaï danse autour de sa cible, la frappe à intervalles réguliers, s’éloigne pour mieux revenir. La scène est d’une telle beauté ! Nitty avait raison. Le spectacle est puissant, d’une magie que je n’aurais pas soupçonnée. Et il se dégage de cette lutte quelque chose de profondément érotique qui met mes hormones à rude épreuve.

En l’observant bien, je peux percevoir combien sa jambe le fait souffrir, et je ressens cette douleur dans mon propre corps. Cette blessure le handicape encore. J’ai l’impression de voir un colosse prisonnier d’un mal invisible. Un ange à qui on aurait coupé les ailes.

Lorsqu’il se tourne vers moi et découvre ma présence, une lueur intriguée s’allume dans ses iris habituellement froids, et un sourire rieur étire ses lèvres, que je meurs d’envie d’embrasser. Cette fois, je ne reculerai pas devant mes désirs.

– Tu t’es perdue, petite fleur ?

Ce seul surnom me donne envie de me rebeller.

– Tu t’es cogné la tête trop fort et tu as oublié comment on aligne trois lettres ? Adi. Je m’appelle Adi.

Son sourire s’élargit. D’un mouvement gracieux, il s’approche de moi à pas mesurés. Et lorsqu’il se place à quelques centimètres de moi, me surplombant de toute sa hauteur, je pourrais aussi bien m’enfuir à toutes jambes que bondir sur mes pieds pour lui sauter dessus. À la place, je décide de remplir simplement mon devoir.

– On part à Brisbane.

Il arque un sourcil circonspect.

– Qui ça, on ?

– Toi et moi.

Il relève un coin de sa bouche si appétissante dans une grimace goguenarde terriblement sexy. Je ne me démonte pas pour autant et maintiens son regard.

– Eh bien, Adi, je ne pensais pas que tu te jetterais à l’eau en me proposant des vacances romantiques, fait-il, ironique.

Sa dernière pique a raison de ma bonne résolution.

– Tu sais quoi ? Laisse tomber. Je dirai à ta mère de chercher quelqu’un d’autre.

Je fais demi-tour et me dirige vers la sortie. J’ai à peine le temps de faire deux pas que sa main chaude s’enroule autour de mon poignet. Je n’ai plus la force de me dégager. Il m’attire vers lui et je suis incapable de rester loin de son corps. Pour autant, je braque sur lui un regard furibond.

– Que les choses soient claires, Samaï. Je ne te drague pas, je n’en ai pas besoin. Quand je flashe sur un mec, je suis assez grande pour aller droit au but.

Je mens comme je respire, mais il n’a pas besoin de le savoir.

– Si je suis venue te trouver pour ce voyage, c’est uniquement parce que ta mère a besoin qu’on se rende à Brisbane pour rencontrer l’un de ses partenaires. Alors, soit tu es d’accord pour garder tes allusions pour toi, soit tu trouves quelqu’un d’autre pour faire cette virée avec toi. D’après ce que j’ai compris, ce ne sont pas les fans qui manquent.

Son regard devient perçant.

– Tu as fait des recherches sur moi ?

– Quelques-unes. Il faut bien que je sache pour qui je travaille.

– Si tu as des questions, tu pourras librement me les poser pendant notre voyage. Qu’en dis-tu ?

– C’est une excellente idée.

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