Beautiful Fighter

Kristen Rivers · Chapitre 18 sur 40

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Beautiful Fighter

Chapitre 18

 

Je fais un bond en voyant le nounours à mes pieds.

– Adi, Adi, tu vas bien ?

J’arrête de retenir mon souffle quand je comprends qu’il ne s’agit pas d’Adolfo, mais de Samaï. Il ne me touche pas, mais reste assez près de moi pour me soutenir au cas où je viendrais à m’évanouir, ce qui n’est franchement pas loin d’arriver.

– Adi, qu’est-ce qui se passe ? s’inquiète-t-il.

C’est au prix d’un effort surhumain que je parviens à reprendre mes esprits. Mon cerveau trouve une excuse et je la sers aussitôt.

– Oh, rien. Je suis « arctophobe » ! Ça veut dire que je suis phobique des ours.

Il m’observe en penchant la tête, une expression dubitative sur son beau visage.

– Tu sais, ce n’est pas une honte. Je connais un mec presque aussi costaud que toi qui a peur des papillons. Tu imagines le truc ?

Mon ton est celui de la plaisanterie et j’ai réussi à masquer les trémolos dans ma voix. Il devrait me croire. Pourtant, je perçois dans ses traits préoccupés que ce n’est pas le cas.

– Adi.

– Quoi ?

Je me raidis malgré moi, sur la défensive.

– Adi ! Je sais que tu me mens ! Je le vois à la manière dont tes yeux se plissent.

Je reste interdite. J’ignorais qu’il me connaissait aussi bien. Il faudra que je veille à changer mes mimiques, ou du moins à mieux les contrôler.

– Ce n’est pas important.

– C’est ça, ouais ! Tu trembles, et tu as la pâleur d’un fantôme, comme si tu avais vu la mort en personne. Qui t’a envoyé ça ?

Instinctivement, je fais un pas en arrière.

– Un ennemi. C’est tout ce que je peux te dire.

– Qui est-il ?

Son regard perçant me brûle. Je secoue la tête. Je ne suis pas prête à lui en parler.

– Adi, si tu ne me dis rien, je ne pourrai pas te protéger.

Je n’ai pas senti la colère monter en moi, si bien que je suis aussi étonnée que lui quand j’explose.

– Et qui t’a dit que j’ai besoin d’être protégée ? Je ne suis pas une petite chose fragile !

Sur ce, je tourne les talons. Il ne me retient pas. Je cours jusqu’à ma chambre, la vision floutée par l’émotion. Pour la première fois, je ferme ma porte à clé. Mon cœur tambourine comme un malade dans ma poitrine, au point que j’ai pratiquement l’impression qu’il va jaillir hors de ma bouche. Un filet de sueur froide coule le long de ma tempe tandis qu’un frisson parcourt mon épine dorsale. Comment est-ce qu’Adolfo s’y est pris pour me retrouver ? D’ailleurs, est-il encore derrière les barreaux ? Seule une personne pourra me renseigner à ce sujet. Mes doigts tremblent tellement quand je cherche son numéro dans mes contacts que je dois m’y prendre à plusieurs reprises.

– Je vois que tu as reçu mon cadeau ! s’exclame d’emblée Emilia.

– Quel cadeau ?

– Ben, tu sais, la peluche rose bonbon ! Je voulais que tu aies un petit truc à moi dans ton nouvel univers.

– C’était toi, ce nounours ?

– Oui, bien sûr ! Pourquoi cette question ?

La montée subite d’une profonde sensation de soulagement m’envahit et il ne faut pas plus de trois secondes pour fondre en larmes, laissant éclater les sanglots que je retenais depuis plusieurs minutes. Tout y passe : ma panique actuelle, mes souvenirs du passé, les blessures que je n’ai jamais réussi à panser.

– Adi, tu vas bien ?

Je voudrais la rassurer, mais j’en suis incapable. Pendant quelques instants, je suis tellement secouée que je n’arrive pas à formuler la moindre phrase cohérente.

– Qu’est-ce qui se passe ?

– J’ai… j’ai cru que c’était lui, finis-je par articuler.

– Pourquoi ?

– Parce qu’après chaque agression, il m’offrait un doudou de ce type.

– Putain, mais quel tordu, ce type ! Je suis désolée, ma chérie. Je ne voulais pas te bouleverser à ce point. À la base, c’était un cadeau…

– Ce n’est pas de ta faute. J’aurais dû te mettre au courant. Mais le simple fait d’en parler était trop difficile pour moi.

– Et maintenant, est-ce que tu peux le faire ?

À l’époque, je n’étais pas en mesure d’évoquer ce que ces peluches représentaient pour moi. Aujourd’hui, je suis capable de lui raconter dans le détail comment cette histoire a commencé. J’ignore l’heure qu’il est en Espagne, mais ma meilleure amie m’écoute avec la patience d’une sainte. Lorsque j’ai terminé, elle laisse passer quelques secondes en silence. Je me sens vidée. Éreintée, je m’assieds sur le sol et ramène les genoux contre ma poitrine. Je m’inquiète. Est-ce que je l’ai ennuyée ?

– Je t’ai endormie ?

– Mais non, nigaude ! J’avais juste besoin d’un peu de temps pour assimiler tous les éléments que tu m’apportes, là.

– Je suis désolée.

– D’abord, je pense que tu peux arrêter de t’excuser pour tout. Tu ne t’es pas rendue coupable de violences conjugales, donc ce n’est en aucun cas de ta faute si le fait d’avoir reçu ma peluche te met dans cet état, ou si ton récit m’émeut. Tu comprends ?

– Oui. Je suis… non, rien.

Je peux presque la voir sourire.

– OK. Je constate que tu as fait énormément de progrès depuis que tu as quitté l’Europe. Cela étant, tu souffres encore, et la peur t’empêche d’avancer, tu ne crois pas ?

– J’étais littéralement pétrifiée.

Je pense à la manière dont je me suis donnée en spectacle devant Samaï. J’ai tellement honte de ce qu’il va penser de moi ! Moi qui me bats pour avoir l’air forte, je passe pour une pure victime, cette fois.

– Alors, pour te sortir de cet état de panique, je te propose une chose. Tu as la chance de fréquenter un boxeur, et un bon. Pas vrai ?

– Tu ne vas pas me dire que je dois lui demander de me protéger, tout de même ! m’offusqué-je.

– Ah, pas du tout ! Ce serait contre-productif. En revanche, tu pourrais peut-être lui demander de t’apprendre à te battre ? Tu es une femme forte, Adi. Tu es la seule à ne pas le remarquer. J’aimerais tellement que tu le voies !

Elle attend ma réaction. Je ne sais pas quoi dire. Si j’admets qu’il y a une certaine beauté à regarder Sam en train de combattre, ne serait-ce que lors d’un entraînement, la violence me débecte toujours autant. Cela étant, je n’écarte pas la proposition de ma meilleure amie et lui promets de me donner le temps d’y réfléchir.

– Merci de croire en moi, Emilia.

– Tu sais ce qu’on dit. L’amitié sans confiance, c’est une fleur sans parfum.

Je ne souris pas lorsque je raccroche, mais je me sens soulagée. Adolfo est derrière les barreaux et ne peut pas me nuire. Je sursaute lorsque j’entends du bruit dehors, comme si quelqu’un grattait les murs. Je me dirige vers la fenêtre et le sourire que j’attendais se dessine enfin sur mes lèvres. C’est mon ami koala qui frotte ses griffes contre la moustiquaire.

– Allez, rentre avant que je change d’avis, Boomerang.

L’animal ne se fait pas attendre et saute à l’intérieur. Avec sa lenteur légendaire, il grimpe sur mon matelas.

– Tu n’es pas censé pioncer sur un eucalyptus, toi ?

Pour toute réponse, le marsupial se roule en boule, comme un chat prêt à dormir au pied du lit.

– Je vois que tu es aussi détraqué que moi. Allez, bonne nuit, le poilu.

Sans m’en rendre compte, j’ai fini par l’adopter. Peut-être parce que les animaux ne posent jamais de questions. Ils donnent leur amour sans jamais juger, sans rien demander en échange. Ils nous sont supérieurs sur beaucoup de points.

Je grogne contre le koala qui prend toute la place, mais intérieurement, je suis en paix. Je ne me sens plus seule. Je m’en veux d’avoir planté Samaï sans lui fournir d’explications. Dès demain, j’irai le retrouver.

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