Beautiful Fighter

Kristen Rivers · Chapitre 21 sur 40

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Beautiful Fighter

Chapitre 21

 

Après avoir pris congé de Nitty, je cours sans réfléchir. Lorsque j’arrive à la route, je continue ma fuite vers la ville. En entendant une voiture ralentir derrière moi, je me retourne, prête à détaler en direction des champs pour éviter un kidnappeur ou un fou. Rassurée, je constate qu’il s’agit uniquement de Seann.

– Encore ? lancé-je avec un sourire. Ça va devenir une habitude.

– Tu vas à Kapiwaru ?

Je hausse les épaules avec indifférence en m’approchant de son véhicule.

– Je vais là où mes pieds me porteront.

Inutile de lui expliquer que je suis en colère. Même si j’essaie de me maîtriser, je me doute que c’est visible sur mon visage.

– Si tu montes à bord, ça ira plus vite, fait-il en tapotant le siège passager. Je dois aller en ville chercher une bricole avant de me rendre au boulot. Je peux t’emmener et te ramener, si tu veux. Je crois qu’on commence à la même heure tous les deux.

– Je veux bien y aller avec toi, mais je rentrerai en bus.

J’aimerais en profiter pour rester un peu en ville afin de passer un coup de fil à Emi sans être entendue.

– Ça marche.

– Que Dieu bénisse la clim dans les voitures ! m’exclamé-je en prenant la place passager.

– C’est vrai qu’il fait chaud, aujourd’hui.

Tout en discutant sur la météo, le bel Australien m’observe attentivement.

– Dispute avec Sam ?

– Comment l’as-tu deviné ? ironisé-je. Il est tellement ouvert, tellement facile à vivre !

– Parfois, il a un caractère de cochon, compatit Seann.

– De cochon ? C’est un dragon cracheur de feu ! pesté-je.

– Je te l’accorde. Je suis bien placé pour le savoir étant donné que c’est à peine s’il m’a adressé la parole en plus de deux ans. Mais derrière cette froideur se cache un cœur en or. Samaï est vraiment un chouette type.

– Un chouette type qui a de la chance de pouvoir compter sur quelqu’un comme toi, renchéris-je.

Le surfeur acquiesce.

– Je sais. Je suis merveilleux.

Je lui donne une pichenette sur l’épaule et remarque qu’il est pratiquement aussi musclé que mon amant.

– La vache, vous vous nourrissez de quoi, les mecs ? On dirait des mutants avec tous ces muscles. Je vais pouvoir appeler le professeur Xavier pour qu’il vous engage dans son équipe !

Il m’adresse un sourire derrière lequel j’aperçois une certaine tristesse. Puis je revois la photo des deux jeunes garçons avec leurs gants de boxe et les mots de Samaï refont surface dans mon esprit.

La voiture s’arrête à l’endroit que je lui ai indiqué, une supérette qui vend de tout.

– Sam a vraiment de la chance de t’avoir, toi aussi.

– Je n’en suis pas si sûre, mais merci du compliment.

Là-dessus, je me penche pour embrasser sa joue douce. Puis, je m’éclipse sur un sourire.

Je pénètre dans la boutique, avec l’objectif d’acheter un cadeau pour ma meilleure amie. Quelque chose qu’elle pourrait aimer. Après avoir pris des tas de friandises pour moi et d’autres objets d’hygiène quotidienne, dont un shampoing à la noix de coco fabriqué dans le village, je jette mon dévolu sur une peluche en forme de kangourou pour Emi. Puis j’en prends également une autre en forme de koala, pour moi. Je ne peux pas m’empêcher de sourire bêtement en songeant à Boomerang. Oui, je suis complètement accro à mon petit marsupial, et j’ai bien l’intention de surmonter ma hantise des peluches.

Armée de deux grands sacs en papier – l’Australie s’est récemment mise à l’écologie, il était temps – je me dirige vers l’unique bureau d’Australia Post existant dans cette ville. L’employée, une femme d’un certain âge prénommée Cassinda, est aux anges. Elle n’a jamais envoyé un colis aussi loin.

– Ravie d’avoir égayé votre journée, madame.

Elle me décoche un sourire contagieux tout en emballant soigneusement mon kangourou. Elle le pèse, ajoute des timbres dessus, puis y appose un tampon.

– Et voilà le travail. Ça vous fera huit dollars cinquante.

– Combien de temps lui faut-il pour arriver ? demandé-je en m’acquittant de la somme requise.

– Comptez six jours ouvrés, après quoi la fillette à qui vous envoyez ce cadeau pourra dormir avec sa jolie peluche.

Bien entendu, je ne précise pas que la « fillette » en question a 24 ans, et que j’ai un joli doudou en forme de koala dans l’un de mes sachets en papier. Comme le dit mon dessin animé préféré : ne grandissez pas, c’est un

piège1 !

En sortant du bureau de poste, je baisse la tête sur mon sac à main pour trouver mon téléphone, ce qui compte tenu du bazar qui y règne n’est pas chose facile. C’est alors que je percute un mur de plein fouet. Mur qui se révèle être constitué de muscles.

– Mais ça ne va pas de te barrer comme ça ? Je me suis fait un sang d’encre pour toi !

Du haut de mon un mètre cinquante-six, je foudroie le colosse du regard, après quoi j’essaie de le contourner.

– Attends, m’ordonne-t-il.

– Non.

– Que faut-il que je fasse pour que tu m’écoutes ?

Je pivote pour lui faire face, droite comme un I, pour lui lancer un regard furibond.

– Tu pourrais peut-être commencer par des excuses, non ?

Il m’observe comme si je venais de me transformer en petit bonhomme vert sous ses mirettes ébahies. Eh bien, je n’en ai rien à faire. Je n’en démordrai pas !

– Je suis désolé de m’être emporté, Adi, finit-il par dire. Je sais que tu ne veux que mon bien. Je n’aurais pas dû te parler comme ça.

– C’est un bon début.

– Un bon début ? répète-t-il, visiblement perdu.

Je me mords les lèvres pour m’empêcher de sourire.

– Si tu crois qu’il te suffit d’une phrase pour te faire pardonner, c’est que tu n’as rien compris.

– Je t’emmène manger un donut.

– Un troisième petit déjeuner ? Tu veux ma mort par excès de cholestérol, ou quoi ?

Néanmoins, la tristesse qui brille dans son regard me force à ravaler mon sarcasme.

– Bien, allons-y. Je n’aurai qu’à sauter le repas de midi.

Et tous ceux qui suivront dans les jours qui viennent…

Finalement, l’établissement dans lequel nous entrons propose aussi d’énormes jus de fruits. Je choisis un mélange de mangue, de passion et d’orange des plus délicieux tandis que Sam commande une mixture immonde de couleur verte dans laquelle ils ont eu l’audace de mettre des épinards. Rappelez-moi de ne jamais devenir boxeuse professionnelle !

Nous nous asseyons face à face à une table un peu à l’écart. Dans son regard, je lis une certaine appréhension. Pour autant, je ne tente aucun geste envers lui. Je dois le laisser venir à moi.

– Je te dois des explications.

– Je le crois aussi.

Nos yeux s’accrochent longuement avant que mon amant ne commence à m’ouvrir enfin son cœur.

– Comme tu l’as sans doute déduit, mon père est décédé il y a un peu plus de deux ans.

– Je n’avais pas deviné la date, mais je me doutais que tu avais perdu ton papa. J’en suis désolée, dis-je en me radoucissant.

Mon envie de plaisanter m’a totalement désertée. Je sais ce que ça fait de perdre un parent.

– Son décès n’était pas accidentel.

Cette nouvelle agit comme un coup de massue.

– Quoi ? Comment ça ?

– Tu sais déjà que Seann et moi étions les meilleurs amis du monde. Mais l’amitié de nos pères a précédé la nôtre. Nos paternels se connaissaient depuis le bac à sable. Ils ont mené des vies distinctes, mais le lien qui les unissait restait tout de même très fort.

Pressentant que ce qui va suivre ne va pas être facile, je saisis sa main. Heureusement, il ne la retire pas.

– Doug, le père de Seann, travaillait dans l’immobilier. Visionnaire, il a créé sa propre entreprise. Jake, mon père, a fondé Magnetic Vibes. Il n’a jamais fait fortune, mais il vivait de sa passion. Doug a commencé à se faire beaucoup d’argent. De l’argent sale, pour tout t’avouer. C’est à partir de là qu’il a changé. Son fils rêvait d’être coach en boxe. Il avait tout ce qu’il faut, et j’avoue qu’il excellait dans son domaine. Mais Doug, impitoyable, a brisé ses rêves en le forçant à travailler pour lui.

– Pourquoi n’a-t-il pas refusé ? Seann était adulte, non ?

– Oui. Mais Doug a appris à manier l’art du chantage. Nous voyions tous que le meilleur ami de papa était en train de changer, de s’enfoncer dans l’obscurité, mais nous ignorions comment le tirer de là.

– Je comprends.

– Un jour, Seann est venu à la maison, une valise à la main. Elle contenait les preuves des malversations de Doug, de sa collaboration avec la mafia. Il s’inquiétait pour son père. Le mien a mis la mallette en lieu sûr, puis il est allé à la rencontre de Doug pour le raisonner. Il n’est jamais revenu. Son sens de l’amitié l’a tué quand son meilleur pote lui a planté une balle dans la tête.

– Oh mon Dieu, Sam !

Si je m’écoutais, je me lèverais, je contournerais la table et je prendrais mon colosse dans mes bras. Mais je sais qu’il n’apprécierait pas de montrer sa faiblesse en public, alors je me contente de lui témoigner mon soutien en serrant très fort sa main dans la mienne. Mon cœur pulse fort dans ma poitrine. Je comprends mieux pourquoi Sam en veut autant à celui qu’il considérait comme son meilleur ami, même si ce dernier n’est en rien responsable des crimes de son père.

– Pourquoi est-ce que Seann n’a pas repris la boxe ? je m’enquiers enfin.

– Un jour, ma mère lui a posé cette même question. Il a répondu que c’était la seule manière qu’il avait trouvée de se racheter après ce que son père nous avait fait subir. Il a fait une formation pour pouvoir enseigner le surf afin de se consacrer à Magnetic Vibes.

– Mais, ce n’est pas sa faute !

– Oui. Ça, je l’ai compris grâce à toi. J’étais tellement en colère contre la planète entière que ça m’a pris plus de deux ans pour pardonner à mon meilleur pote.

– Mieux vaut tard que jamais, concédé-je. Mais… tu lui as dit que tu ne lui en voulais plus ?

Il secoue vivement la tête, ce qui me fait rire en dépit de la tristesse qui a envahi mon cœur.

– Tu ne vas pas me dire que tu as la trouille, Sam ?

Comme il ne répond pas, je présume que la réponse est oui. Cette fois, je m’esclaffe sans retenue. Néanmoins, intérieurement, je fonds comme un marshmallow sur un barbecue. Sous ses airs de gros dur, Samaï est un tendre.

– Ne t’en fais pas. D’ici ce soir, tu auras fait la paix avec lui.

– Quoi ? Comment sais-tu ça, d’abord ?

– Parce que tant que vous n’aurez pas parlé sérieusement, je ne coucherai pas avec toi.

Même si cette grève du sexe m’embête probablement autant que lui…

– OK. Nous serons à nouveau les meilleurs amis d’ici midi, je te le promets.

Je ris avec lui, puis nous repartons en direction de Magnetic Vibes. Dans la voiture, ma main reste prisonnière de sa paume, qu’il pose négligemment sur ma cuisse, caressant ma peau du bout du pouce. Toute trace d’énervement m’a désertée, à présent.

Étrangement, le fait d’en apprendre plus sur lui, de découvrir cette nouvelle facette de sa personne, a éveillé des sentiments inédits pour moi. Ou alors, elle a renforcé ceux qui existaient déjà, je l’ignore. Je repousse toutes ces interrogations pour plus tard et savoure ce rare moment de paix.

Quand nous revenons dans sa propriété, je ne lui laisse pas le choix. Je le force à m’accompagner à l’école de surf, où je regagne mon poste et m’empresse de servir les soiffards et les affamés, tout en gardant l’œil sur mon amant pour m’assurer qu’il ne se défile pas. Je ne peux rien expliquer à Kelly, parce que j’ignore si elle est au courant des circonstances entourant la mort du fondateur de Magnetic Vibes, mais je suis sûre qu’elle comprend ce que j’essaie de mettre en œuvre. Seann est occupé à l’école de surf. Quand il revient vers nous, la jolie blonde le conduit directement vers la table de Sam. Immédiatement, je viens me poster aux côtés du boxeur. Comme ce dernier ne réagit pas, je lui flanque un petit coup de coude dans les côtes, ce qui m’envoie une décharge électrique dans tout le bras. Lui et ses fichus muscles !

– Salut, fait Sam après s’être raclé la gorge. J’organise une fête ce soir. Tu veux venir ?

Seann a l’air tellement étonné que c’en est comique.

– Euh… rassure-moi, je ne suis pas au menu ?

– Il a l’air d’avoir peur, chuchote Sam à mon oreille. Pourtant, j’ai fait tout ce que tu m’as demandé.

– C’est peut-être parce que tu as oublié de sourire, nigaud !

Aussitôt, un rictus plutôt effrayant se dessine sur les traits habituellement harmonieux de celui qui me fait craquer, ce qui ne fait qu’accentuer l’angoisse du surfeur.

– OK, je vais intervenir avant que ça ne vire au cauchemar. Sam, ici présent, voudrait te demander pardon, Seann.

– C’est vrai ? s’étonne ce dernier.

– Elle dit la vérité, admet l’intéressé.

Kelly et moi retournons servir les clients pour laisser un peu d’intimité à ces deux amis. Je ne peux que deviner le contenu de leur émouvante conversation et de leurs touchantes retrouvailles. Je suis soulagée lorsqu’ils échangent une accolade virile. Enfin, les choses s’arrangent !

1 Réplique tirée du dessin animé de Disney, Peter Pan.

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