Beautiful Fighter
Chapitre 30
Toutes mes craintes concernant mon amant s’effacent lorsque je l’aperçois. Debout devant l’arrêt de bus, il a une allure folle. Pourtant, il est habillé avec cette simplicité qui le caractérise, en jean et en tee-shirt. Qu’est-ce qui le rend aussi irrésistible ? Ce n’est pas une question de muscles. Ni même de beauté extérieure. C’est un ensemble de beaucoup de choses. C’est cette prestance naturelle qui émane de lui. C’est son aura. C’est le sourire désarmant qu’il me jette quand il me voit descendre de l’autocar. C’est lui, lui, et seulement lui.
La douceur de ses lèvres et l’odeur de sa peau me font oublier mes soucis l’espace d’un instant. Oui, Sam est magique, à n’en point douter. Mais dès que je me sépare de lui de quelques centimètres, mes angoisses reprennent. Alors qu’on se dirige vers sa voiture, je manifeste mon envie d’aller dîner ailleurs. Je ne meurs pas particulièrement de faim, mais j’ai besoin de me changer les idées avant d’aborder avec lui le difficile sujet de la libération anticipée d’Adolfo.
– Non, je t’ai préparé une petite surprise à la maison.
Son refus ne me convient pas, mais je n’ai pas le choix. Aucun de nous ne parle durant le trajet vers la propriété. J’avoue que je le trouve un peu bizarre. Différent. Comme s’il était tout en retenue. Pourtant, comme d’habitude, sa main capture la mienne pendant qu’il roule.
Tout est plongé dans le noir lorsque nous arrivons à son domicile, si bien que je ne me méfie pas.
– Surprise !
Ce que je vois est tellement irréel que je suis obligée de me frotter les yeux.
La lumière vient d’inonder la pièce et Emilia et Gregory sont plantés là, dans le hall. Tous deux me tendent les bras. Je n’attends pas une seconde de plus avant de courir à leur rencontre. Je suis émue au-delà de l’imaginable, et les larmes me viennent aux yeux quand je les serre contre moi.
– C’est pour ça que je ne répondais pas à tes messages, m’explique ma meilleure amie, probablement aussi chamboulée que moi.
– On ne voulait pas gâcher la surprise, ajoute Gregory.
– Eh bien, on peut dire que l’effet est réussi. Vous avez été excellents. Merci !
– Oh non, ce n’est pas nous. Remercie plutôt ton mec. C’est lui qui a tout organisé.
Je me tourne vers Sam, qui m’adresse un sourire timide.
– Toi ? Mais, pourquoi ?
Parce que je t’aime, répondent ses yeux à sa place.
Puis, il se racle la gorge, le temps de chercher ses mots. C’est quand il est aussi ému que moi que je le trouve le plus touchant. Je reviens vers lui, me hisse sur la pointe des pieds et passe mes bras autour de son cou. Le miel de ses iris plonge dans le noir des miens.
– Ces prochains jours, je ne vais pas être très disponible pour toi en raison de la compétition qui m’attend, et je ne veux pas que tu t’ennuies par ma faute. Par ailleurs, j’ai remarqué que tu es souvent ailleurs ces derniers temps, enfermée dans tes souvenirs, alors je me suis dit que ça te ferait du bien de revoir tes amis.
– Alors, tu les as invités à me rejoindre, et tu as organisé tout ça dans mon dos ?
Il opine, se demandant probablement si je vais le gronder ou le féliciter. J’opte pour ce qui me fait le plus envie et l’embrasse à en perdre haleine sous les applaudissements chaleureux de mes deux meilleurs amis.
– Nita et Miguel avaient des obligations qui les ont retenus sur place. Ils n’ont pas pu se libérer, mais ils m’ont chargée de prendre une double dose d’Adi à ramener chez eux, lance Emilia.
– D’ailleurs, Sam, l’interpelle Gregory, Miguel m’a ordonné de te faire savoir que si tu fais du mal à notre Adi, il te le fera payer. Il est flic.
– Aucun risque, répliqué-je avec un grand sourire.
Je lève mon regard sur mon amant. Non, il n’y a décidément aucun risque que cet homme me fasse du mal. Jamais.
– Qui a faim ?
Les deux Espagnols lèvent leur main avec enthousiasme. Finalement, nous nous rendons dans un restaurant de Kapiwaru qui propose à la fois de la gastronomie australienne et des pizzas. Aventureux, mes amis ont envie de goûter aux spécialités de la grande île. Par chance, personne ne commande de kangourou, et nous sommes quittes pour de bonnes découvertes locales.
– Tu vis dans un écrin paradisiaque, commente Emilia alors que nous en sommes au dessert.
J’acquiesce, parce que si j’aime mon pays natal, je suis tout aussi attachée à celui-ci. Néanmoins, il est temps que je leur annonce quelque chose.
– C’est vrai. Mais il arrive que le diable s’invite au paradis.
– Comment cela ?
– Qu’est-ce qui s’est passé aujourd’hui, Adi ? s’enquiert Sam en passant un bras protecteur autour de mes épaules.
J’inspire profondément pour me donner du courage.
– Si j’ai été convoquée au consulat d’Espagne, ce n’est pas uniquement pour une histoire de papiers. Adolfo a engagé une procédure en vue d’obtenir une libération anticipée. J’ai été auditionnée, une fois de plus.
Je sens le bras de Sam se tendre sur mon dos. Quand j’observe son visage, je constate que la colère est en train de prendre possession de ses traits délicats. En revanche, quand je regarde mes amis, je ne vois pas la moindre trace de surprise.
– Vous le saviez ?
– Oui, avoue Gregory. Nous l’avons appris de la bouche de Diego juste avant de monter dans l’avion. Nous lui avons fait promettre de ne rien te dévoiler avant notre arrivée. On voulait te le dire en personne, pour te soutenir quand tu l’apprendrais. Mais nous arrivons trop tard, d’après ce que je constate.
– Comment te sens-tu ? s’enquiert Emilia avec sollicitude.
Je la rassure d’un sourire.
– Je me sens… épaulée. Aujourd’hui, je ne suis plus seule. Je vous ai vous, mes amis. Et je t’ai toi, Sam. J’ai appris à me battre, et j’essaie chaque jour de prendre du recul. La distance m’aide à me reconstruire. Je ne suis plus une victime, et je ne le redeviendrai plus jamais.
Samaï me serre un peu plus contre lui. Ses iris d’ambre sondent les miens. Mon cœur bat plus fort. Une fois. Deux fois. Trois fois et le temps s’arrête.
– S’il touche à un seul de tes cheveux, s’il te parle une seule fois, il est mort.
Mon amant est un homme mesuré. La pratique de la boxe thaïe et du kung-fu a fait de lui un homme serein, maîtrisé. Pourtant, la rage qui circule dans ses veines à cet instant précis est réelle, et je ne doute pas une seule seconde de la véracité de ses propos quand il m’assure qu’il serait prêt à tuer mon ennemi. Pourtant, cette violence ne me fait pas peur, parce que je sais qu’elle ne m’est pas destinée. Au contraire, je suis rassurée de le savoir à mes côtés, même si j’espère sincèrement qu’il n’aura jamais à se battre pour moi.
Nous terminons le repas sur une note plus joyeuse. Sam part se coucher assez tôt, parce qu’il faut qu’il soit en forme pour le lendemain matin. Je veille longtemps avec mes amis, riant avec eux à l’évocation des vieux souvenirs d’une époque révolue. L’Espagne et mes copains me manquent furieusement. Je me demande si Samaï serait prêt à y faire une escapade avec moi. Le sportif a déjà fait le tour de la planète dans le cadre de la boxe professionnelle, mais il m’a affirmé qu’il n’a jamais posé les pieds dans la péninsule ibérique. Il faudra que je lui soumette cette idée, à l’occasion.
La nuit est déjà bien avancée quand je me glisse sous les draps pour le retrouver. J’ignore s’il est réveillé ou s’il dort lorsqu’il se retourne pour me serrer contre son torse avec délicatesse, comme si j’étais la chose la plus précieuse au monde. Mes yeux s’humidifient, mais ce n’est plus la peur qui dirige mes émotions. Je sais désormais que je ne suis pas seule.
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