Beautiful Fighter

Kristen Rivers · Chapitre 13 sur 40

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Beautiful Fighter

Chapitre 13

 

Il fait déjà jour quand j’ouvre les yeux, réveillée par le cri d’un cacatoès. Mon corps se remémore les incroyables sensations que j’ai découvertes la veille, je suis partagée entre l’envie de m’enfuir à toutes jambes et celle de recommencer. Je coupe la poire en deux et m’extrais lentement du lit pour ne pas réveiller Samaï, ce qui n’est pas une mince affaire vu que nos jambes sont entremêlées. Dès que je quitte le lit, sa chaleur me manque. Je ne peux m’empêcher de le regarder. Sous la lumière qui filtre à travers les volets, le colosse se montre vulnérable. Touchant. Je résiste à l’envie de retourner sous les draps avec lui et je me rends dans la salle de bains, où je me glisse sous la douche. Devant le miroir, j’ai l’impression de découvrir une nouvelle image de moi. Je me rappelle très bien le jour où j’ai perdu ma virginité. J’avais 15 ans, il en avait 18. Seule l’envie de quitter mon enfer personnel m’avait poussée à fréquenter ce lycéen, capitaine de l’équipe de football de ma ville, qui m’avait larguée sitôt après avoir obtenu ce qu’il voulait de moi. Après cela, j’ai appris à mieux choisir mes conquêtes, non pour le salut de mon cœur, inerte de toute manière, mais pour obtenir ce que je voulais. Toujours est-il que cet événement ne m’a pas laissé de souvenir particulier, si ce n’est une tache disgracieuse dans ma culotte. Toutes les filles se sentent changées après leur première fois. Si tel est le cas, alors aujourd’hui est une première pour moi.

Je ne me sèche pas les cheveux pour ne pas le réveiller et me glisse dans un peignoir avant de quitter la salle de bains. En ouvrant la porte précautionneusement, je l’entends gémir. Protester.

– Non !

Soudain inquiète, je cherche un éventuel intrus, craignant le pire. Mais il n’y a personne. Samaï est seul dans son lit et se débat contre un ennemi invisible. Mon cœur se serre dans ma poitrine. Je me débrouille pour caresser son visage en douceur, murmurant son prénom du bout des lèvres. Lorsqu’il ouvre enfin les paupières, son regard paniqué s’ancre le mien.

– Mauvais rêve ?

C’est une question rhétorique. Sa poitrine se soulève rapidement sous l’effet de sa respiration saccadée. Le colosse tente de reprendre le contrôle de son souffle, le contrôle sur sa vie. Je me rends compte que malgré la violence de ses émotions, je n’ai pas peur de lui. En fait, ça nous rapproche, parce que quelque part, nous nous ressemblons plus que je ne l’aurais pensé. Il plaque un sourire au milieu de sa figure et je sais que, comme moi, il va utiliser la technique de l’esquive en faisant appel à l’humour.

– Je te rassure, j’ai simplement fait un cauchemar. Je ne m’exerçais pas à une nouvelle chorégraphie.

– Je m’en doute. C’était assez nul comme danse, si tu veux mon avis.

Nous nous dévisageons un petit instant, puis le sentant mal à l’aise, je cherche à détendre la situation.

– Ôte-moi d’un doute. Ton cauchemar ne portait pas sur moi, hein ? Parce qu’après la nuit qu’on a passée ensemble, ce serait un peu insultant.

Un éclair lumineux traverse ses iris et son torse se soulève quand il laisse échapper un petit rire sexy. Je passe distraitement mes doigts sur ses pectoraux.

Les mains sur mes hanches pour me garder assise à califourchon sur lui, il se redresse de manière à ce que nous soyons face à face, puis il capture mon visage à sa manière si délicate. Mon cœur manque un battement.

– Adi Aguilar, pour moi, la nuit dernière était ce qu’il y a de plus éloigné d’un cauchemar.

Je déglutis, troublée, et baisse mon regard sur la couette. Comme toujours, je me tire de cette situation délicate par une pirouette.

– Au fait, j’ai fini dans la salle de bains, au cas où tu voudrais prendre ta douche. Je meurs de faim, et puis il faut qu’on soit prêts pour notre rendez-vous.

Comme il acquiesce, je m’écarte pour qu’il puisse se mettre debout. Mauvaise idée ! Il est nu comme un ver et je suis incapable de détacher mon regard de son corps de dieu. On dirait une de ces statues grecques ou romaines à l’anatomie parfaite. Prise sur le fait, je sursaute quand il éclate de rire.

– Je vérifiais seulement que tu ne boitais pas. Ne va pas t’imaginer que je suis tombée sous ton charme.

– Bien sûr, je te crois, petite fleur, réplique-t-il du tac au tac avec son petit sourire arrogant.

Je sais mentir. Mon langage corporel, un peu moins. À cet instant, mon ventre vient me porter secours en poussant un long grognement plaintif.

– Allez, file te laver, ou je vais devoir me rabattre sur toi et te dévorer tout cru !

– Et qui te dit que ce n’est pas ce que je veux ?

Le rouge me monte aux joues quand il ferme la porte derrière lui. En entendant l’eau couler sous la douche, je ne peux pas m’empêcher d’imaginer son corps. Pour me changer les idées, je me mets debout, abandonne mon peignoir et enfile les premiers vêtements que je trouve. Un de mes éternels shorts en jean et un tee-shirt blanc à l’effigie des Guns’ N Roses. Je suis sûre que Samaï va me faire une réflexion sur ma tenue pas assez classe, étant donné qu’il croit que nous nous rendons chez un partenaire de Magnetic Vibes.

S’il savait où je l’emmène…

Je m’en veux de lui mentir. D’un autre côté, j’agis uniquement pour son bien. S’il avait été moins têtu, Seann, Nitty et moi n’aurions pas eu besoin de mettre tout ce stratagème en place. Je profite des dernières minutes de solitude qui me restent pour consulter mon téléphone. Il y a un message de ma meilleure amie, qui cherche à prendre des nouvelles. Je lui envoie un SMS en espérant ne pas la réveiller à cause du décalage horaire. Mon imbécile de cerveau n’a toujours pas compris s’il fallait additionner ou soustraire les neuf heures qui séparent les aiguilles australiennes de celles des horloges espagnoles. La réponse me parvient au bout de quelques secondes.

[Ne t’en fais pas. Nous sommes

en plein milieu de l’après-midi.

Je suis ravie d’avoir

de tes nouvelles.

On s’appelle ?]

[Je ne peux pas.

Je suis à l’hôtel

avec Samaï.]

[Avec Samaï Parker ?

Le fils de ta patronne ?

Ce beau gosse ? Veinarde !]

[Ce n’est pas ce que tu crois !

Et puis, comment sais-tu

à quoi il ressemble, d’abord ?]

[Google est mon

meilleur ami. Il fallait

que je me renseigne sur lui,

histoire de savoir où tu mets

les pieds. Ta sécurité compte

plus que tout pour moi.

Alors, lui et toi… rien ?

Je ne te crois pas.]

[D’accord, je crache le morceau.

Nous l’avons fait hier soir !]

[Et ?]

[Et quoi ?

Tu ne veux pas les détails,

tout de même !]

[Si. Privilège de meilleure amie.]

[Je me suis sentie renaître, Emi.

C’était… waouh.

Je n’ai pas de mots.]

Le simple fait de songer à nos ébats fait monter la chaleur de la pièce. Alors qu’une flopée de messages fait vibrer mon téléphone avec la force d’un sex-toy, la porte de la salle de bains s’ouvre sur Samaï, vêtu d’un jean et d’une chemise à manches courtes qui dévoile ses bras musclés. Un vrai pousse-au-crime ! Me rappelant la teneur des messages que je viens d’échanger avec Emilia, je planque rapidement mon smartphone pour éviter qu’il puisse les lire. Fatalement, il se méprend sur mon geste.

– Tu cachais quoi, là ?

– Rien du tout, répliqué-je en me mettant promptement debout.

– Qu’est-ce qui vibrait si fort ?

À la lueur espiègle qui brille dans ses iris, je suis certaine qu’il se trompe sur l’origine des vibrations. Il hausse un sourcil interrogateur.

– Tu crois sincèrement que je m’amusais à me masturber avec un vibromasseur alors que tu es dans la pièce à côté ?

– Tu as raison. Je vaux nettement mieux que n’importe quel jouet sexuel.

Quelle arrogance ! J’attrape le premier objet qui me tombe sous la main – un mug en plastique vide – et le lui jette à la tête. Il l’esquive sans peine en riant. Mi-amusée, mi-agacée, je plante mes poings sur mes hanches dans un geste que j’espère sévère.

– Ce n’est pas ce que je voulais dire ! On ne t’a pas appris que l’orgueil est un péché capital dans ton école de kung-fu ? Et puis, tu ne crois tout de même pas que j’allais me masturber tout habillée.

Le beau métis thaïlandais sourit de plus belle et mon cœur rate un ou deux battements.

– Dans le bouddhisme, nous ne connaissons pas cette notion de péché. Et puisque tu parles de vêtements, tu ne vas tout de même pas y aller comme ça ?

Il désigne mon short et mon tee-shirt.

– Ce n’est pas vraiment ce qu’il y a de plus indiqué pour un rendez-vous d’affaires, n’est-ce pas ?

Absolument, sauf qu’il ne s’agit pas réellement d’un rendez-vous d’affaires…

– Tu n’as pas faim ? éludé-je.

– Room-service ou restaurant de l’hôtel ?

Comme il est en train de fermer les boutons de sa chemise, je m’autorise à jeter un œil aux muscles de son torse, à ceux de ses bras… Il faut à tout prix que je sorte de cette chambre si je ne veux pas lui sauter dessus une fois de plus.

– Restaurant de l’hôtel, décrété-je, songeant que la présence de parfaits inconnus autour de nous m’aidera à garder le contrôle sur mes hormones.

– Parfait, fait-il en enfonçant ses mains dans ses poches. Mais dès qu’on aura fini de manger, on file t’acheter des robes.

– Des robes ? répété-je, insistant bien sur le pluriel.

Il ne répond pas et se contente de poser sa main au creux de mes reins pour me faire avancer vers la porte. Ravie de ce contact, je me laisse porter jusqu’au restaurant.

Attablés au milieu des touristes et des locaux, je ne peux détacher mes yeux du colosse affamé. Comment fait-il pour ingurgiter toute cette nourriture sans prendre un gramme de graisse ? En même temps, les mets qu’il a choisis ne sont pas très caloriques. Et j’imagine que, quand il n’a pas des problèmes de santé, il se dépense énormément.

– Qu’est-ce qui se passe ? Tu m’observes bizarrement.

Prise sur le fait, je souris.

– Tu manges toujours autant ? Et la même chose ?

Il hoche la tête. La quantité d’œufs et de jambon qu’il avale chaque matin est abracadabrante.

– Et encore, tu n’as pas vu comment ça se passe pendant les périodes de compétition.

– Raconte-moi.

Je ne fais pas semblant. Je m’intéresse vraiment à sa vie, ce qui m’épate. Si un jour on m’avait dit que je voudrais en savoir plus sur la vie d’un boxeur, j’aurais ri aux éclats.

– Une nutritionniste me rend visite une fois par semaine. Elle établit les menus pour les sept jours à venir.

– Et tu ne manges que ce qu’elle t’ordonne ?

– Ce ne sont pas des ordres, mais des conseils, et les suivre peut se révéler bénéfique, parfois. Tu devrais essayer.

Comme il m’adresse une moue sardonique, je réponds par la pareille.

– Tu ne fais jamais d’écart ?

– Rarement.

Je garde mes impressions pour moi sur ce que m’inspire sa vie bien rangée. Après tout, je ne suis pas là pour le juger, et je ne connais rien au monde du sport.

Trente minutes plus tard, je suis vêtue d’une jolie robe de la couleur de l’océan. J’ai du mal à l’admettre, mais je l’adore. C’est moi qui l’ai achetée. J’ai dû me battre pour pouvoir la payer, puisque Samaï sortait son portefeuille à tout bout de champ, mais j’ai ma fierté, et j’ai eu gain de cause. Pour se venger, il m’en a offert trois autres dès que j’ai eu le dos tourné. Autre chose, si l’on dit que les hommes détestent le shopping, le mien est l’exception qui confirme la règle. C’est fou, il a un avis sur tout. De plus, ses commentaires sont toujours judicieux !

Hors de l’hôtel, j’extrais le bout de papier que m’a fourni Nitty avec les coordonnées de notre partenaire. J’inspire profondément pour me donner du courage.

– Bon, allons-y ! lancé-je d’une voix qui se veut enthousiaste.

Intérieurement, je suis morte de trouille. J’ignore comment réagira Samaï quand il saura que je le conduis chez une kiné réputée dans toute l’Australie pour ses performances. D’un autre côté, je ne comprends pas tout ce bazar autour de cette visite. La boxe est une véritable passion pour Sam. Pourquoi ne voudrait-il pas se rendre chez cette professionnelle ?

– Ce serait plus facile si tu me montrais l’adresse, tu ne penses pas ?

– Non, on va simplement appeler un taxi, monsieur le maniaque du contrôle.

Une fois qu’il sera dans la voiture, il ne pourra plus prendre la fuite. Machiavélique, moi ?

Enfin dans le yellow cab, je fournis discrètement les coordonnées au chauffeur. Son éclat de rire général secoue l’habitacle. Étonnée, je me tourne vers Sam, qui semble aussi surpris que moi de la réaction du chauffeur.

– Il y a une caméra cachée quelque part ?

– Non, mademoiselle. Mais je suis au regret de vous informer que je ne pourrai pas vous conduire à Moreton.

– Pourquoi ?

Son rire résonne à nouveau. Est-ce que j’ai mal prononcé ma phrase ?

– Parce qu’il y a une chose que la personne qui a rédigé votre petit mot a oublié de préciser : Moreton est une île.

Et là, j’hésite entre rire aux éclats et étrangler Nitty.

– Nous allons à Moreton Island ? s’enquiert Sam d’une voix sombre.

J’acquiesce.

– Oui. Ta mère a dit que c’est là que vivait son partenaire le plus important.

Ma réponse semble le rassurer un peu et il demande au chauffeur de nous déposer au port. Une heure plus tard, nous sommes dans le ferry. L’ambiance est à nouveau légère et je souris à pleines dents quand le vaisseau quitte la côte.

– Pourquoi cette gaieté ?

Je hausse les épaules. Je ne le sais pas vraiment moi-même.

– J’ai vécu toute ma vie au bord de la mer et, crois-le ou non, c’est la première fois que je mets les pieds sur un bateau.

– Vraiment ?

Je hoche la tête avec conviction.

– Pourquoi ?

– C’est une possibilité qui ne s’est jamais présentée à moi.

Mon père ne nous a jamais laissé la chance de nous éloigner de la maison, à ma mère et à moi. En dehors du collège et du lycée, je ne faisais rien. Je voyais la Méditerranée depuis ma fenêtre en me demandant ce qui se cachait derrière l’horizon. Quant à mon ex, disons qu’il ne m’a jamais laissée m’approcher de près ou de loin de tout ce qui constituait un moyen de mettre de la distance entre nous.

Afin de ne pas laisser ces mornes pensées assombrir ma journée, je lève mon visage rayonnant vers Sam.

– Mais, tu sais ce qu’on dit ? Mieux vaut tard que jamais.

Sans que je m’y attende, ses bras viennent entourer ma taille. Je ne cherche pas à me dégager, simplement parce que je m’y sens bien. Nous nous embrassons, les cheveux en pagaille dans le vent marin, les cœurs exaltés dans un océan de liberté.

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