Beautiful Fighter
Chapitre 36
Nous y sommes. Aujourd’hui, c’est la finale. C’est là que tout va se jouer pour Sam.
La semaine s’est écoulée à une vitesse hallucinante. Mon état émotionnel ressemble à un grand huit. Par chance, je n’ai pas passé beaucoup de temps avec mon fiancé, entièrement accaparé par ses combats, si bien que je n’ai pas eu à jouer la comédie. Bien entendu, je ne lui ai rien dévoilé de la libération de mon ex. À l’approche de son ultime combat, il n’avait clairement pas besoin que je vienne l’embêter avec ça. De toute manière, je ne risque rien d’après Emilia, en qui j’ai entièrement confiance.
Oui, Adolfo est libre. Mais une interdiction de quitter le territoire national pèse sur lui. S’il essaie de sortir d’Espagne, je serai prévenue dès l’instant où ses pieds fouleront la frontière. En plus, il n’a aucun moyen de savoir où je suis. Techniquement, il me croit toujours en Australie.
Pourtant, au fond de moi, j’ai toujours peur.
Alors que Sam est occupé à donner sa dernière interview avant la finale, je ne sais pas quoi faire de mes mains. J’avoue avoir sciemment évité certains de mes amis. Kimberley et Lily me connaissent moins bien, mais Kelly est vraiment une bonne psy qui lit en moi comme dans un livre ouvert. Quant à Ana, sa clairvoyance m’aurait trahie.
Lasse d’être enfermée entre ces quatre murs, je décide de me rendre au temple du Bouddha d’émeraude. J’adore l’atmosphère paisible qui y règne, et l’endroit est presque toujours désert. Je n’ai pas pris mon téléphone avec moi, pour ne pas être dérangée.
À l’entrée du temple, je me débarrasse de mes chaussures et pénètre dans cet endroit où flotte un agréable arôme d’encens. Le fait de ne pas être de confession bouddhiste ne m’empêche pas de profiter de la paix qui règne en ce lieu sacré. Agenouillée sur le sol, je laisse mon esprit se vider entièrement, étape par étape, en quête de sérénité.
J’ai presque réussi à l’atteindre quand une odeur familière s’immisce dans mes narines. Celle du tabac froid à laquelle s’ajoute quelque chose d’indéfinissable. Un dégoût viscéral m’envahit tout entière, me bouleversant. C’est à peine si j’arrive à articuler son nom.
– Adolfo, murmuré-je.
– Bonjour, Adi. Enfin, on se retrouve.
J’inspire profondément pour me calmer, cherchant à maîtriser les battements erratiques de mon cœur. Mon corps entier se paralyse lorsque je me tourne pour découvrir la présence de mon ex, déguisé en moine. Il peut se couvrir de la tenue la plus sacrée du pays, une longue tunique orange, pour moi, il reste une ordure de la pire espèce. Ses cheveux noirs ont disparu. Il a dû se raser la tête pour être plus crédible dans son rôle de religieux bouddhiste, mais je reconnais bien ses traits. Son nez busqué, un peu tordu. Sa bouche qui m’a crié tant d’horreurs. Ses grands yeux noirs qui lui ont valu les compliments d’autres femmes et qui ne reflètent en rien l’enfoiré qu’il est. Je le hais. Je le hais tellement…
– Voilà ce que tu vas faire. Tu vas sagement rompre avec ton mec et me suivre en Espagne.
Malgré la peur qui coule dans mes veines, je ris à voix basse.
– Et pourquoi je ferais ça ?
Un sourire mauvais étire ses lèvres trop pâles. Le même qu’il m’offrait avant de me battre comme l’ordure qu’il est.
– Parce qu’en cet instant même, mon complice surveille ta meilleure amie, et qu’il suffit d’un mot de ma part pour que la vie de cette malheureuse prenne fin. La prison ne nous fait pas peur, comme tu peux le deviner.
Il a touché à ma corde sensible. Je refuse de faire du mal à celle qui m’a aidée à changer de vie.
Je pourrais aussi hurler. Faire arrêter cet homme, mais j’en suis incapable. Il lui a suffi de se pointer ici pour que l’emprise qu’il avait sur moi renaisse. Il a repris ses droits de bourreau. Et moi, je suis trop terrorisée pour réagir. Mon esprit m’ordonne de m’enfuir, d’alerter quelqu’un. Mais mon corps se rappelle la souffrance endurée, mes membres brisés sous les coups de cet individu, et refuse d’obéir à mon cerveau. Intérieurement, je vis un véritable déchirement.
Adolfo sort son téléphone de sa poche et me montre l’image un peu floue d’une caméra de surveillance placée dans l’appartement d’Emilia.
– Un mot, un seul, et elle est morte.
Je ferme les yeux. Mon âme est déchirée, mais j’ai fait mon choix.
– Je te demande seulement une chose. Laisse-moi assister au dernier match de Samaï.
Si je dois quitter Sam, je ne voudrais pas que notre rupture le fasse perdre ce pour quoi il s’est tant battu.
Il m’observe longuement, puis son sourire cruel s’étire un peu plus.
– OK. Vos adieux n’en seront que plus tristes.
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