Beautiful Fighter

Kristen Rivers · Chapitre 23 sur 40

Pages du PDF

Beautiful Fighter

Chapitre 23

 

 

Quand la nuit tombe, nous sommes toujours au Magnetic Vibes. Les clients sont partis depuis un moment, et nos amis sont aussi sur le point de rentrer chez eux. Pour ne pas laisser mon amertume m’envahir, j’ai bu plus que de raison. Pas de quoi être bourrée, j’ai horreur de ça, mais suffisamment pour qu’une discrète ivresse rende mon humeur plus légère, moins morose. Sam mérite mon enthousiasme, pas mes larmes.

– Tu veux qu’on se promène un peu au bord de l’océan ?

La pleine lune fait briller le sable. La visibilité est suffisante pour nous éviter de marcher sur un oursin. Du moins, je l’espère. Les côtes australiennes sont peuplées de créatures aussi belles que venimeuses.

– Avec plaisir.

Le sable est encore chaud lorsque nos pieds s’y enfoncent. C’est ce que j’aime avec les pays chauds et les régions tropicales. J’ai toujours détesté le froid, la grisaille et l’hiver.

– Tu dois exulter à l’idée d’aller en Thaïlande. C’est un grand honneur, d’après ce que j’ai compris, commencé-je.

– C’est le cas. D’ailleurs, je voulais en parler avec toi.

– Avec moi ? Pourquoi ?

Il s’arrête de marcher et baisse la tête dans une attitude timide que je n’ai pas souvent eu l’occasion de lui voir. Mal à l’aise, il se balance d’un pied sur l’autre et laisse son regard se perdre sur les reflets de la lune qui dansent sur la surface de l’océan. Le voir aussi troublé remue quelque chose en moi. Quelque chose de puissant. De brûlant. Même si extérieurement, je ne laisse rien paraître.

– En fait, je me demandais si tu voulais venir à Bangkok avec moi.

– Vraiment ?

Pour ce qui est de ne pas avoir l’air de m’accrocher à lui, c’est raté. Il ne me manquait plus que les banderoles et la vuvuzela pour accompagner mon cri de joie. Mais je m’en fiche. Il veut de moi, là-bas !

– Oui. Euh, je vais sans doute avoir besoin de tes services.

– De mes services ?

– Ouais, tu sais… tout ce que tu fais pour moi, ici.

J’arque un sourcil étonné. Cela fait bien longtemps que je n’ai pas eu besoin de le masser pour autre chose que notre plaisir à tous les deux, il est entièrement guéri de sa blessure. À la maison, nous nous distribuons les tâches ménagères de manière équitable, je n’ai jamais été sa bonne. À moins de vouloir ouvrir une école de surf pendant les compétitions de boxe, je ne vois pas de quoi il pourrait parler. Et s’il parle de nos relations sexuelles et qu’il est capable de les assimiler à des rapports facturés, je suis plus que prête à lui flanquer un coup de poing dans la gueule. Boxeur ou pas !

– Quels services, exactement ? répété-je, les dents serrées.

Soudain, il pousse un soupir si fort que j’ai presque l’impression d’entendre une baleine crachant de l’eau.

– OK, je suis grillé.

– Ça, tu peux le dire.

Alors que je m’apprête à lui servir une bonne engueulade digne des beuglantes de Harry Potter, ou pire, à le gifler, il capture mon visage avec une délicatesse qui me désarçonne.

– Je réalise que je tiens à toi, Adi. Ta présence suffit à me rendre heureux, quelles que soient les circonstances. Cela ne fait pas longtemps que tu es entrée dans ma vie, mais tu m’es aussi indispensable que l’air que je respire.

Waouh. Re-waouh.

– Je sais qu’on n’a jamais parlé d’engagement. Néanmoins, j’ai besoin de toi, Adi. Et je te veux avec moi en Thaïlande.

Devant de tels aveux, je m’attends à me sentir prisonnière. Pourtant, l’agitation qui secoue mon cœur n’est aucunement liée à un quelconque sentiment d’enfermement. Non. Je suis bel et bien en train de tomber amoureuse de cet homme, à qui je pourrais offrir les clés de mon âme s’il me le demandait. Et ça me terrifie autant que ça me ravit.

– Je te suis, à une condition. Si l’un de nous souhaite rompre, l’autre n’a pas le droit de remettre en cause sa décision. Cette clause reste valable, quoi qu’il advienne.

Mon palpitant bat à tout rompre en attendant que Sam daigne répondre. Est-ce que j’ai le droit de le secouer comme un poirier pour qu’il fasse plus vite ?

– Je ne t’enlèverai jamais ta liberté, assure-t-il.

Cette simple phrase me procure une joie immense. Du bonheur à l’état pur surgit de mon cœur pour couler dans mes veines, atteignant chaque cellule de mon corps en un temps record, de mon cuir chevelu jusqu’à mes orteils.

– Hiii ! crié-je en lui sautant dessus.

Il m’accueille comme le colosse qu’il est. En attrapant mes hanches pour me soulever en l’air. Naturellement, mes jambes s’enroulent autour de sa taille et mes lèvres trouvent les siennes pour un baiser ardent. Dans mes oreilles, le mélange du bruit de nos battements cardiaques et du ressac est une mélodie unique. Dans ses bras, je perds la tête. Contre lui, mon âme se réveille, tout comme le désir.

Effrayée, je lui mords les lèvres involontairement lorsque mes fesses touchent un objet étrangement dur.

– Mais, c’est…

Je me retourne dans tous les sens pour constater qu’il m’a posée sur un tabouret du bar du Magnetic Vibes.

– On va vraiment faire ça ici ?

– On va vraiment faire ça ici, répète-t-il.

– Et si quelqu’un nous surprend ?

– Ce « quelqu’un » aura réellement de la chance de pouvoir se rincer l’œil sur un couple aussi beau que celui que nous formons, toi et moi.

Je lui flanque une pichenette, mais rien ne parvient à éteindre l’incendie que ses mots ont éveillé dans mon bas-ventre. Sam doit le sentir, car il franchit le seul pas qui nous sépare pour m’embrasser encore. Mes doigts se glissent sous son tee-shirt pour le lui enlever. Mon haut suit le même chemin. C’est au moment où il veut me débarrasser de mon short que les choses se corsent. Mon bas coincé est au niveau de mes genoux quand mon téléphone se met à vibrer.

– Tu as apporté un sex-toy ?

– Non, nigaud ! C’est un appel.

Je me souviens soudain de la teneur du dernier coup de fil d’Emilia. Mon sang se glace aussi vite qu’il s’était mis à bouillir.

– Et il faut absolument que je le prenne, annoncé-je sans détour.

N’importe qui prendrait mal d’être coupé en pleins préliminaires, mais mon instinct me crie que c’est une situation extraordinaire. Quand je parviens à mettre la main sur mon appareil après m’être contorsionnée dans tous les sens sous le regard surpris de Sam, je découvre le nom de Diego sur l’écran. Ça n’augure rien de bon. C’est lui qui est chargé de surveiller Adolfo. Ce n’est pas bon. Ce n’est pas bon du tout.

– Allô ?

– Coucou, Adi. Comment tu vas ? me salue-t-il en espagnol avec son bel accent de Colombie.

Sa voix essaie de se faire enjouée, probablement pour éviter de m’effrayer, mais je perçois bien que la situation est sérieuse.

– Je vais bien, merci. On peut aller droit au but ?

– OK. Est-ce que tu es assise ?

Je jette un œil sur mon tabouret ainsi que sur mon short baissé au niveau de mes genoux. Ce n’est pas la position la plus stable qui soit, mais ça fera l’affaire.

– Oui. Dis ce que tu as à dire.

Sam s’est écarté de deux pas pour me laisser un peu d’espace et m’observe attentivement. J’espère qu’il ne comprend pas ma langue natale.

– Miguel a réussi à identifier l’ADN de celui qui a fracturé la boîte aux lettres d’Emilia. Son nom est Eduardo Crian.

– Ça ne me dit absolument rien, soupiré-je, soulagée.

– Adi, Eduardo Crian travaille pour le mafieux qui est en contact avec Adolfo. Je ne veux pas te faire peur, mais je redoute que ce vol n’ait rien de fortuit. Je suis certain que ton ex cherche à récupérer…

Diego parle, mais je ne l’entends plus. Ma panique est telle que mes oreilles bourdonnent si fort que toute conversation est impossible. L’appareil me glisse des mains et chute sur le sable. Immédiatement, Sam se baisse pour le ramasser. Lorsque ses yeux se posent sur mon visage, je ne peux qu’imaginer la désolation qu’il doit y lire.

– Adi…

Je me ressaisis et lui prends le smartphone des mains en levant la main devant moi pour lui faire comprendre qu’il ne doit pas m’interrompre. Au prix d’un effort surhumain, je parviens à reprendre mes esprits. Rester maîtresse de moi-même est une question de survie !

– Diego ?

– Je suis toujours là, ma belle. Je sais que c’est dur, mais j’ai besoin que tu répondes à quelques questions. Qu’est-ce qu’il y avait dans le colis ?

– Un kangourou en peluche.

– OK. Avais-tu marqué ton nom et ton adresse sur la case réservée à l’expéditeur ?

– Non. Ce n’était pas obligatoire.

– D’accord. Est-ce qu’il y avait autre chose dans la boîte ? Essaie de t’en souvenir. Un détail, même infime, pourrait nous en apprendre plus sur la gravité de la situation.

– Il y avait juste un petit mot. Avec mon nom.

– Donc, il sait que ça vient de toi.

– Oh mon Dieu. Est-ce qu’il peut deviner d’autres choses à partir de ce colis ?

– As-tu vu l’employée de la Poste appliquer un sceau sur la boîte ?

– Oui.

– D’où l’as-tu postée ?

– De Kapiwaru. La ville où je réside.

– Donc, il sait où tu te trouves, même s’il n’a pas ton adresse exacte.

Cette fois, c’en est trop. Je raccroche après l’avoir brièvement remercié, incapable d’assimiler une information de plus.

Je m’attends à ce que Sam me mitraille de questions. Il n’en fait rien. Devinant mon bouleversement, il se borne à caresser mon dos nu tout en me serrant contre lui. J’essaie de me concentrer sur son odeur enivrante. Je laisse les battements de son cœur me bercer. Je me focalise sur l’instant présent. Aujourd’hui et maintenant. Mes larmes coulent, mon corps tremble, exprimant de manière silencieuse mais libératrice ma crise de panique. Je laisse éclater la tempête qui m’ébranle de l’intérieur sans compter le temps que ça me prend, sans compter les dégâts qu’elle fait. Lorsqu’elle est enfin passée, je peux enfin lever mon menton pour planter mon regard dans celui de Sam. Il n’est pas parti. Peut-être s’enfuira-t-il à toutes jambes quand il saura qui je suis réellement. Il a eu la patience d’attendre avec moi que l’orage se tarisse, et rien que ça, c’est déjà plus que ce que n’importe quel homme a fait pour moi. Comme s’il pressentait que je suis sur le point de m’ouvrir à lui, il hoche la tête pour m’inciter à parler. J’inspire profondément, fais appel à tout mon courage, et ouvre enfin les vannes de mon âme meurtrie. Je lui raconte tout de mon père, d’Adolfo, sans rien omettre.

– Il va me retrouver, conclus-je. Il sait où je suis. Il est complètement taré. S’il vient ici, tu es en danger. Tout est de ma faute.

Dans ma poitrine, mon cœur s’accélère. C’est maintenant que le boxeur devrait prendre les jambes à son cou. Parce qu’aucun homme sain d’esprit ne voudrait rester avec une fille qui traîne autant de casseroles que moi. Pourtant, quand j’ai terminé de réciter mentalement le nom des planètes du Système solaire et des cinq étoiles les plus brillantes, Samaï ne s’est toujours pas éclipsé.

– Tu n’es pas parti ?

– Pourquoi le serais-je ?

– Parce que j’ai vécu avec un mec violent. De mon propre chef. Je suis un peu conne, non ? En plus de ça, je vais te mettre en danger.

Les douces mains de Sam viennent se poser sur mes épaules, ce qui me fait sursauter.

– Conne ? Adi, j’aimerais vraiment que tu arrêtes d’utiliser ce mot pour te décrire. Tu es courageuse, étonnamment forte, d’une beauté intérieure et extérieure qui me coupe le souffle chaque fois que j’essaie de mesurer son étendue… Tu es tout ça, et tellement plus encore. Mais conne, non, ça tu ne l’es pas.

– Oh.

Une onomatopée. C’est tout ce que j’ai trouvé pour décrire l’état émotionnel dans lequel me laissent ses paroles.

– Ensuite, pourquoi partirais-je ? Parce que tu as été une victime pendant plus de vingt ans ? Parce qu’après deux décennies de maltraitances, l’amitié t’a donné l’assurance nécessaire pour trouver en toi la force de quitter un salopard ? Non. Ton parcours suscite l’admiration, pas l’envie de fuir.

– Mais… mais, tu devrais quand même t’éloigner de moi. Mon ex me cherche. Il est en prison, mais cette ordure a des relations dans la mafia. Il a pu embaucher quelqu’un pour voler un colis que j’avais envoyé à Emilia, et maintenant, il connaît la ville exacte où je vis. Oh mon Dieu, je suis tellement conne !

– Qu’est-ce que je t’ai dit au sujet du mot « conne » ?

Malgré la gravité de la situation, sa grimace m’arrache un sourire.

– Ensuite, ton ex est exactement où il doit être. En prison. Pour l’instant, il ne peut rien contre nous.

– Il pourrait envoyer quelqu’un pour faire ça à sa place.

– Pour l’instant, nous sommes en sécurité. Néanmoins, nous allons redoubler de vigilance. Et puis, bientôt, nous nous envolerons pour la Thaïlande, il ne saura pas où tu es partie. Et, au pire, nous serons sous la protection du Roi. Je ne pense pas que ce gus voudra se frotter à Sa Majesté, et encore moins à la Garde royale.

– Ah non, je ne crois pas.

Je lui adresse mon sourire le plus lumineux, même si je suis convaincue que ça tient plus du rictus contrit que de la publicité pour Colgate.

– Quoi qu’il arrive, et quel que soit ton ennemi, nous affronterons l’orage ensemble.

– Pourquoi ?

Avec un émouvant mélange de tendresse et d’urgence, il capture mon visage entre ses mains pour aller offrir à mes lèvres le plus majestueux des baisers.

En moins de dix secondes, le froid imaginaire qui me faisait trembler se dissipe pour laisser place à une chaleur brûlante qui irradie de mon bas-ventre vers l’ensemble de mon être. Ma passion pour cet homme incroyable s’éveille à une vitesse extraordinaire. Il m’en faut plus. Toujours plus. D’un mouvement des jambes, je me débarrasse de mon short. Les mains de Sam viennent se glisser sous ma culotte. Je me hisse sur mes mains et soulève mes fesses pour l’aider à me l’enlever. Ses lèvres viennent ensuite découvrir des recoins de mon corps sur lesquels je ne m’étais jamais attardée. Mes chevilles. Cet endroit si réactif juste derrière mes genoux. La peau si fine de mes cuisses. Je sais quel est le point suivant, mais je l’arrête. Je n’ai qu’une envie, le sentir en moi. Les préliminaires, c’est bien. Mais là, il y a urgence. Toujours à l’affût de la moindre de mes réactions, Sam perçoit mon état d’esprit. Il ne se donne même pas la peine de se déshabiller entièrement. Hypnotisée, je regarde ses mains déboutonner sa braguette, puis libérer son sexe imposant.

S’il vous plaît, faites qu’il n’ait pas oublié de prendre un préservatif !

Mes prières sont exaucées quand il fouille dans sa poche arrière pour en extraire un emballage métallique. Il déroule le latex autour de sa verge, puis la poste à l’orée de ma fente.

Je m’accroche à cet homme, troublant mélange de douceur et de virilité, de vulnérabilité et de force. À cet instant précis, il est mon tout. Les yeux dans les yeux, il me pénètre, remplissant mon obscurité de sa lumière. La sensation de plénitude qu’il m’offre n’est pas seulement physique. Il complète mon monde comme personne ne l’a fait avant lui. Chaque coup de reins nous propulse ailleurs, toujours plus loin de cette merde. Le plaisir monte, et mes sentiments aussi. Et quand tout explose dans cet univers qui nous est propre, je sais que je suis irrévocablement amoureuse de lui.

OceanofPDF.com