Beautiful Fighter
Chapitre 35
Quatre jours plus tard, mon amant vient de remporter la victoire en demi-finale. La finale, elle, se déroulera dans une semaine. L’équipe tout entière exulte dans la salle de réception où une fête est donnée en l’honneur du vainqueur. L’adrénaline ne nous a pas quittés et la joie s’exprime dans chacun de nos mots.
Je suis heureuse. Pas simplement parce que Sam a gagné, mais parce que nous allons nous marier.
Au début, après avoir fait l’amour dans ce jardin de Bangkok, j’ai cru à un rêve. Ça ne pouvait pas être vrai. Et puis, j’ai réalisé que oui. Tout était réel. Pour l’instant, nous ne l’avons dit qu’à Nitty, qui a tout de suite approuvé notre union en affirmant qu’avant même que mes pieds foulent le sol australien, elle savait déjà que je serais celle qui épouserait son fils. Ce soir, nous allons l’annoncer aux autres. Pour garder l’effet de surprise, j’ai enlevé ma bague pour ne la remettre qu’à la dernière minute. Je me demande bien comment ils vont réagir. Je ne me fais pas de souci pour la plupart des membres de l’équipe, mais je m’inquiète de la réaction de Nicole. Pas parce que son avis compte pour moi. Je me fiche royalement de ce qu’elle pense de nous. En revanche, je me méfie d’elle. Elle a promis à mon fiancé qu’elle n’entreprendrait plus rien contre moi, mais comment lui faire confiance ?
– Ça vous dit de continuer la fête au Little Flower ? s’enquiert Samaï.
Le Little Flower est une boîte de nuit très réputée à Bangkok. Sans surprise, tout le monde acquiesce, exception faite de Nitty qui est pressée de rentrer dans ses appartements. Alors qu’un minibus nous conduit à travers la capitale, je me presse contre Sam après avoir remis ma bague en place. Nos doigts sont entrelacés. Il relève ma main pour déposer un tendre baiser sur la bague de fiançailles qu’il a fini par m’offrir. Elle est très simple, à notre image. Il s’agit d’un anneau en argent, très fin, assorti d’un cœur en ambre dont la couleur me rappelle ses yeux. Comme lui, elle est parfaite !
Les vigiles nous font entrer sans poser de questions et nous montons dans une alcôve après qu’un employé nous a débarrassés de nos affaires. Sam commande quelque chose à l’oreille d’une jolie serveuse qui revient deux minutes plus tard armée de quatre bouteilles de bulles.
– Du champagne, carrément ? s’exclame Seann. C’est que ça doit être important.
– Je vais faire celle qui n’a rien vu, commente la nutritionniste en nous décochant un clin d’œil complice.
– En effet, ma compagne et moi avons une annonce à vous faire, réplique Sam en m’attirant contre lui.
Tous les regards sont tournés vers nous. Kelly doit deviner de quoi il en retourne, vu le sourire lumineux qu’elle me dédie.
– On va se marier ! hurlons-nous à l’unisson.
Des cris de joie nous servent de réponse. Chacun se lève de sa chaise pour nous prendre dans les bras. Même Nicole nous félicite, ce qui est assez flippant, il faut l’avouer.
– Je reviens tout de suite, fait-elle.
Je hoche la tête et la laisse partir. Si elle est encore amoureuse de son ex, elle a sans doute besoin de s’isoler un peu le temps de reprendre ses esprits. Quand j’essaie d’imaginer dans quel état je serais si Sam allait se marier avec une autre, un frisson me secoue tout entière.
– Tu as froid ?
Je fais signe que oui. Je mens comme je respire, mais Samaï m’a collée contre lui pour me réchauffer, et c’est tout ce qui compte. Nicole revient dix minutes plus tard, suivie de la serveuse qui dépose un plateau de cocktails sur la table.
– C’est du Siam Sunray, le cocktail officiel de la Thaïlande. C’est… ma façon à moi d’essayer de me faire pardonner, explique la rouquine avec un sourire contrit.
Tout le monde a l’air de se demander si les breuvages ne sont pas empoisonnés. Connaissant le caractère de cette fille, ça ne serait pas étonnant. Je décide d’enterrer la hache de guerre et prends un verre. Tous les autres m’imitent.
– À Adi et Sam !
Comme Nicole boit, je me dis qu’il n’y a pas de danger, alors je penche la tête en arrière et descends mon cocktail. La vodka et la liqueur de noix de coco me brûlent la gorge sur leur passage, mais ça n’enlève rien au fait que c’est délicieux.
***
Ça fait trois heures que je danse comme l’adolescente que je n’ai jamais eu le droit d’être. Je suis un peu pompette, et surtout, épuisée.
– On rentre ? propose Sam à mon oreille.
– Oui, s’il te plaît.
Mon fiancé part chercher les autres tandis que je vais récupérer nos affaires au vestiaire, accompagnée d’Ana. La team du Venezuela a déjà perdu, mais ils ont décidé de rester jusqu’à la fin du tournoi pour nous soutenir. Dans une semaine, tout sera terminé.
Les autres nous rattrapent et nous sortons du Little Flower. Les choses se corsent quand nous atteignons le trottoir. Près d’une quinzaine de policiers se tiennent là.
– Je n’ai partagé mon repas avec personne, assuré-je d’emblée.
– Contrôle antidrogue, déclare l’un d’eux en anglais.
Je ne m’en fais pas. Nous n’avons aucune raison d’avoir peur. Notre équipe mène une hygiène de vie irréprochable. Nous nous plions à une fouille sur la voie publique sans protester. On palpe nos corps, on regarde le contenu de nos sacs…
Soudain, le policier qui s’occupe de Sam commence à vociférer. Puis il brandit un petit sachet transparent rempli de pilules blanches. Mon amant réplique en thaïlandais, mais les officiers n’ont pas l’air d’accord avec lui.
– Qu’est-ce qui se passe ? demandé-je en anglais.
Nous nous pressons tous autour de mon fiancé en signe de soutien.
– Ils ont trouvé de la drogue dans la poche de ma veste, mais je jure qu’elle n’est pas à moi.
S’il s’efforce de garder son calme et de parler d’un ton posé, je perçois en lui quelques signes de nervosité, comme sa mâchoire tendue ou sa position très droite.
– C’est ce qu’on va voir, réplique un officier. Vous nous expliquerez ça au poste, d’accord ?
– Je viens avec lui ! proposé-je en suivant l’agent qui entraîne mon homme vers un fourgon.
– Je suis sa représentante médiatique face au public. Je lui serai nettement plus utile que toi, m’évince Nicole.
Incapable de répliquer, je les laisse partir. Sam n’a pas besoin que je fasse un scandale maintenant, mais ça ne veut pas dire que je vais baisser le bras.
– Dans le minibus ! crié-je à mes amis.
Nous demandons au chauffeur de suivre le fourgon de police jusqu’au commissariat. Après avoir grassement payé le conducteur, nous quittons son véhicule. Deux officiers essaient de nous empêcher d’entrer, mais nous protestons. Après un billet de banque offert à chacun d’eux, ils nous laissent passer. Nous attendons durant une éternité, assis sur le sol, parce qu’il n’y a pas assez de chaises pour nous tous. Quand j’appelle Nitty, je suis super nerveuse. En nous rejoignant, elle me promet que tout se passera bien. Personnellement, j’en suis moins sûre. Je fais confiance à Sam. Je sais qu’il ne consomme pas de stupéfiants. Quelqu’un a dû glisser cette merde dans sa poche. Quelqu’un de proche. Et si on n’arrive pas à prouver qui a fait ça, il risque de se retrouver exclu de la finale pour possession de drogues. Si près du but, cela serait tout de même dommage.
Il est cinq heures du matin quand il nous rejoint enfin. Nous nous précipitons vers lui. Quand il m’attire contre lui, je respire sa chaleur.
– Alors ? s’enquiert Seann, angoissé.
– Les caméras ont parlé. Je suis innocent. Pas Nicole.
Il n’a pas l’air surpris. En fait, il est tout simplement épuisé.
– C’est elle qui t’a fourré ça dans la poche ? s’exclame Kelly.
– Oui. Elle l’a fait quand elle s’est absentée après l’annonce officielle de nos fiançailles. Elle s’est procuré cette daube dans la boîte, et elle est parvenue à se glisser dans les vestiaires, où elle a commis son méfait.
Il secoue la tête, las. Intérieurement, je bous.
– Je suis désolée.
– Ne t’excuse pas pour la connerie des autres, Adi.
Je suis sous le choc. Je sais qu’elle est prête à tout pour me faire du mal, mais j’ignorais qu’elle était capable d’en faire à Sam. Je meurs d’envie d’aller la retrouver ici, au poste, et de lui faire sa fête. Mais, d’une, les policiers, Samaï et mes amis ne me laisseraient pas faire, et de deux, ce serait une erreur de faire un scandale. Mon fiancé n’a surtout pas besoin de ça. Je relativise en me disant que la Justice thaïlandaise fera son travail.
Tout le monde est sur les rotules. Autant rentrer. Sur le chemin du palais, je me dis que la seule chose positive dans cette histoire, c’est que nous nous sommes débarrassés de cette garce. D’après ce que Sam nous a expliqué, elle va rester derrière les barreaux un petit moment. Elle sera jugée en Thaïlande. Son papa fera sûrement appel pour qu’elle soit extradée en Australie. Dans tous les cas, elle est mal barrée ! Mon téléphone se met à vibrer. Je le sors de ma poche. Mon sang se glace quand je constate qu’il s’agit d’Emilia. Un appel à cette heure-ci ne peut rien augurer de bon. Sans répondre, je range mon appareil à sa place sous le regard intrigué de Sam, à qui j’adresse un sourire qui se veut rassurant. Il n’a pas besoin que je l’inquiète avec ça. Sa priorité, c’est sa compétition.
– Des histoires de filles, inventé-je.
Mais mon smartphone qui n’arrête pas de vibrer dans ma poche me rappelle que mes mensonges ne nous sauveront pas.
Arrivés au palais, nous rejoignons notre chambre et nous glissons dans le lit, à peine déshabillés. Avec l’épuisement, Sam s’endort au bout de quelques minutes. Dès que je suis certaine de la stabilité de son sommeil, je me lève et attrape mon téléphone, après quoi je m’enferme dans la salle de bains. Mes doigts tremblent quand je compose le numéro de ma meilleure amie, parce que je sais déjà ce qu’elle va me dire.
– Il est sorti.
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