Beautiful Fighter
Chapitre 3
Quinze minutes plus tard, je quitte la salle de bains vêtue de mon deuxième short en jean et d’un tee-shirt noir très simple. J’ai refusé d’enfiler ce qu’il m’a prêté, question de fierté, ce que l’inconnu ne manque pas de remarquer. La robe n’était pas trop courte ni trop décolletée, mais si je dois travailler pour lui, je tiens à ce qu’une certaine distance soit respectée entre nous.
– Tu n’as pas mis ma robe, déplore-t-il en revenant dans le salon.
Ce n’est pas une question, mais une affirmation.
– Je te félicite, ta vue est excellente. Et j’ignorais que tu appréciais ce genre de fringue…
– Ce n’est pas la mienne, à proprement parler !
Un petit rire de femme venant d’une autre pièce parvient à mes oreilles. Est-ce qu’il cache réellement une conquête derrière chaque porte ? Compte tenu de la taille de la maison, il pourrait monter une équipe de football féminin avec des remplaçantes et une ou deux coachs ! Mon étonnement doit être visible, vu l’amusement avec lequel il m’observe.
– Elle n’était pas à ma taille, réponds-je.
Je le vois baisser brièvement les yeux sur mon corps, comme s’il en évaluait chaque centimètre. Je recule de quelques pas et, par automatisme, dissimule mes jambes derrière une chaise. C’est étrange. Habituellement, le regard des hommes me déplaît. Celui de mon éventuel patron me stimule. Est-ce vraiment à cause de la fatigue ?
– Ça m’étonnerait.
Machinalement, je croise les bras sur ma poitrine et penche la tête sur le côté en me retenant de lever les yeux au ciel. Ou de les poser sur lui. Par chance, il a eu l’idée d’enfiler un jean et un tee-shirt, cachant le boxer rouge et les muscles qui m’ont tant troublée dès mon arrivée.
– Je te présente à ma mère ?
– Je te demande pardon ? Pour qui me prends-tu ? Je ne suis pas venue ici pour jouer le rôle de ta petite amie. D’après ce que j’ai compris, ce ne sont pas les prétendantes qui manquent !
Un éclat amusé traverse l’ambre de ses iris, le rendant aussi agaçant qu’irrésistible. Quelqu’un se racle la gorge, tout près de moi.
– Adi, je te présente ma mère et… visiblement, ton employeuse.
Non, non, non, non !
Je me tourne vers la droite et remarque la présence d’une femme qui doit approcher la cinquantaine. Asiatique et d’une beauté renversante, elle laisse planer un sourire avenant sur son visage bronzé.
– Bonjour, Adi. Je m’appelle Nittaya, mais tout le monde me surnomme Nitty. Comment allez-vous ? Vous avez fait bon voyage ? Souhaitez-vous que je prépare du thé ?
– Je… euh…
C’est tout ce que j’arrive à prononcer. La dame me jette un regard intrigué, se demandant probablement si je ne suis pas en plein bug.
– Ne t’en fais pas, maman. D’après ce que j’ai pu constater, ça lui arrive souvent, mais ça lui passe au bout de quelques minutes.
Cette fois, je ne me retiens pas et lui balance un coup de coude dans les côtes. Après tout, il n’est pas mon patron ! Mais dès que ma peau entre en contact avec son corps, un courant électrique me parcourt tout entière.
Bienvenue en Australie, le pays de l’homme anguille.
Alors qu’il affiche un rictus effronté, les yeux de la femme jouent au ping-pong entre l’inconnu et moi. Je secoue la tête pour m’éclaircir les idées avant de m’avancer vers elle, un sourire poli collé à mon visage.
– Bonjour, madame Parker. Je suis Adi Aguilar.
Je lui tends la main. Elle la serre presque affectueusement. Il se dégage de cette personne quelque chose de positif qui me met à l’aise.
– Enchantée, Adi. Vous avez fait bon voyage ? Sam, sers-nous un thé.
Alors que j’opine du chef, elle se tourne vers son fils, resté inerte.
– Samaï Parker, tu vas aller dans la cuisine, et tu vas préparer un thé pour notre invitée. Que va-t-elle penser de notre nation ? Nous sommes des Australiens, pas des australopithèques, nuance ! Où donc sont passées tes bonnes manières ?
Je me mords l’intérieur des joues pour ne pas éclater de rire. Ce petit bout de femme dépasse à peine un mètre cinquante. Pourtant, je pressens qu’elle ferait plier le roi de Siam pour peu qu’elle s’en donne la peine. Vaincu, le bel inconnu nous quitte pour obéir aux ordres de sa mère, nous laissant tout le loisir de faire connaissance, enfin seules dans le salon. Si elle pouvait commencer par m’expliquer ce qu’elle fait là, ce serait encore mieux. Je n’ai jamais passé un entretien d’embauche aussi bizarre.
– Je suis désolée d’être arrivée en retard. Le bus a eu une panne de moteur et…
– Êtes-vous responsable de cette panne ?
– Non !
– Dans ce cas, vous n’avez aucunement besoin de vous excuser, ce n’est pas de votre faute. Par contre, vous auriez dû m’appeler. Je me serais fait un plaisir d’envoyer Sam vous chercher.
– Mon téléphone ne captait pas. Puis… il est mort.
Elle hausse un sourcil étonné.
– Je l’ai fait tomber. Mais je vous rassure, je ne fais pas ça tous les jours, et puis c’était du bas de gamme.
Un sourire amusé étire ses lèvres.
– Dans ce cas, nous vous en offrons un. Vous pourrez le chercher en ville demain.
– Vous n’êtes pas obligée, vous savez ? Je peux m’en acheter un.
Je ne lui dis pas que ça me fera claquer tous mes dollars australiens.
– Je ne veux pas froisser votre fierté, jeune fille. Vous avez du caractère, et c’est un bon point pour vous. Seulement, je me souviens que le jour où j’ai débarqué en Australie, j’avais à peine quelques dollars en poche, et j’ai apprécié qu’on me tende une main. Alors je tiens à faire la même chose pour vous.
– C’est gentil à vous mais…
Ma protestation meurt sur mes lèvres quand elle me gratifie du même regard qu’à son fils un peu plus tôt. Le genre qui veut dire « tu as intérêt à m’obéir, gamine ». Habituellement, je me serais rebiffée, mais elle a quelque chose de rassurant, d’apaisant, qui me pousse à accepter.
– D’accord, murmuré-je.
Samaï revient, chargé d’un plateau contenant trois tasses de thé, une sucrière et une théière en porcelaine, d’un style coloré rappelant l’Asie. Il fait mine de tourner les talons alors que sa mère et moi saisissons nos tasses. D’un signe de tête, sa mère l’incite à prendre place de l’autre côté de la table. Il s’exécute, visiblement mécontent.
– Adi, savez-vous pourquoi je vous ai embauchée ?
– Oui. Pour m’occuper de votre fils, et de diverses tâches domestiques concernant votre propriété.
Elle doit avoir un autre rejeton, nettement plus jeune que celui qui est installé à table avec nous. C’est obligé !
– Je suis douée avec les enfants. Je gardais ma petite voisine quand j’étais ado, et il m’est souvent arrivé de faire du baby-sitting. Je sais me montrer à la fois ferme et ouverte.
D’accord, ce que je viens de dire n’a absolument aucun sens…
– C’est parfait. C’est exactement pour cela que je vous ai engagée pour vous occuper de mon fils.
De l’autre côté de la table, Samaï s’agite. Je ne lui laisse pas le temps d’en placer une et enchaîne directement pour éviter qu’il ne me fasse virer avant même d’avoir commencé à travailler.
– Eh bien, j’ai hâte de le rencontrer !
Nitty éclate de rire et, du bout de l’index, désigne Samaï.
– Non ! Ce n’est pas possible ! soufflé-je.
– Maman, je t’ai déjà dit que je n’ai besoin de personne, s’agace-t-il.
– Si. Tu as besoin que quelqu’un veille sur toi. Puisque tu ne me laisses pas faire, j’ai engagé cette jeune fille qui, j’en suis certaine, saura se montrer efficace.
Les iris couleur noisette de Samaï lancent des éclairs, ce qui leur donne une teinte plus surprenante encore, et ils se braquent soudain sur moi. Je me fige. La vie m’a appris à redouter la colère des hommes.
– Adriana, peux-tu nous laisser deux minutes ?
– Oui, bien sûr, murmuré-je.
Je me rends dans la salle de bains, le seul endroit que je connais dans cette maison de fous. C’est vrai, quelle mère saine d’esprit engagerait-elle quelqu’un pour s’occuper d’un homme avoisinant les 25 ans ? Inquiète, je me tords les doigts en m’efforçant de respirer calmement. J’ai mis un an à préparer ce voyage en Australie. Je pensais avoir été suffisamment consciencieuse pour que mon plan se déroule sans accrocs. Seulement, mon projet semble être sur le point de s’effondrer. Qu’est-ce que je vais faire, moi, si mon job tombe à l’eau ? Rentrer ? C’est inenvisageable. Rester ? Il faudra que je me renseigne. Je me demande si mes papiers ne sont pas liés à ce poste.
Je patiente quelques instants, m’efforçant de ne pas tendre l’oreille pour leur laisser un peu d’intimité.
– Adi ?
Entendant la voix de Nittaya, j’abandonne ma cachette. Quand je rejoins le salon, Samaï le quitte. Pour la première fois, je remarque qu’il boite légèrement d’une jambe.
– Mon fils n’a pas envie que vous le preniez sous votre aile.
– Je comprends. Si vous ne m’engagez pas, pourriez-vous me recommander à…
– Mais moi, j’ai envie de vous prendre sous mon aile, me coupe-t-elle. Alors, si vous n’y voyez pas d’inconvénient, je vais vous engager, comme prévu.
J’inspecte son visage en essayant de deviner ses pensées. Je ne suis pas trop mauvaise pour décrypter les émotions des gens. Cette femme m’inspire confiance.
– Qu’attendez-vous de moi, au juste ?
La belle Asiatique se met à jouer avec sa tasse vide avant de lever ses iris noirs sur moi.
– Mon fils est un sportif de haut niveau. Il est champion de kung-fu, mais c’est surtout la boxe thaïe qui l’intéresse, peut-être à cause de ses origines. Dans ce domaine, il est vice-champion d’Australie.
J’essaie de retenir une grimace. Je n’ai rien contre l’athlétisme, le football, ou encore le lancer de javelot. Mais je ne porte pas dans mon cœur les sports de combat, quels qu’ils soient. Pour autant, il n’est pas question que je laisse mes convictions m’empêcher d’obtenir ce travail, qui est vital pour moi. Alors, je garde mes opinions pour moi.
– Tant qu’on ne me demande pas de lui servir de punching-ball, je suis partante, plaisanté-je.
Quelque chose fait briller le regard de Nitty, et l’une de ses mains quitte la tasse pour se poser sur les miennes. Elle m’adresse un sourire doux et, quelque part, je sens qu’elle a perçu la souffrance qui se cache derrière ma petite blague idiote. Je recule de quelques centimètres. Rompue à l’art de la dissimulation, je n’ai pas l’habitude qu’on lise en moi comme dans un livre ouvert.
– Adi, nous ne nous connaissons pas, toi et moi. Je ne peux qu’imaginer combien cela doit te stresser de te retrouver littéralement à l’autre bout du monde, en Australie. Je ne suis pas en droit de te demander les raisons qui t’ont poussée à mettre autant de kilomètres entre ton pays de naissance et ton nouveau lieu de résidence. En revanche, je peux te promettre une chose. Tant que tu séjourneras dans notre propriété, aucun mal ne te sera fait. Mon fils peut parfois être un peu brut de décoffrage, il tient sans doute ça de son père, mais jamais, jamais il ne te maltraitera. Si tu le veux bien, tu travailleras pour nous, mais tu seras notre égale en toutes circonstances. Et jamais personne ne lèvera la main sur toi.
Je passe outre le tutoiement, ça ne me dérange pas venant de cette femme si chaleureuse. Je pourrais lui ouvrir mon cœur. Lui parler des supplices qui ont été les miens depuis mon enfance, et qui ne se sont arrêtés que très récemment. Mais je ne m’épanche jamais sur ce sujet. Seuls mes meilleurs amis, Emilia et Gregory, ainsi que les policiers et juges et avocats qui se sont occupés de mon cas, sont au courant. Et encore. Ils ne savent pas tout. Cela ne m’empêche aucunement d’éprouver une gratitude infinie envers Nittaya.
– Merci.
C’est tout ce que je peux lui dire, pour l’instant. Elle hoche la tête et ne me pose pas plus de questions. C’est un signe de respect que j’apprécie.
– Bien. Mon fils, cette tête brûlée, a subi une entorse des ligaments croisés lors d’un combat, avec déchirure partielle de quelques fibres.
– Aïe.
– Oui, aïe. C’était il y a quatre mois. Il en a passé deux couché sur son lit. Je peux te dire que tu as échappé au pire. Samaï a très mal supporté ce repos forcé.
– Et maintenant ?
– La rééducation a commencé depuis deux mois, et elle se passe bien. Samaï se remet extrêmement vite, mais son assurance pourrait lui jouer des tours en le poussant à commettre des imprudences. C’est là que tu interviens.
– Moi ? Mais, je ne suis ni kiné ni garde du corps. J’ai fait des études de kinésithérapie, mais je ne les ai pas terminées…
– Je le sais. Mais j’ai confiance en toi. Au départ, il était prévu que tu arrives plus tôt, lorsque sa convalescence était plus lourde. Tu l’aurais assisté. Il est écrit sur ton dossier que tu as l’habitude de t’occuper des autres.
– C’est le cas.
– Mais l’administration a traîné, et tu as atterri dans notre pays alors que Samaï est pratiquement indépendant. Du coup, je vais simplement te demander de veiller sur lui. De ne pas le laisser faire de bêtises. Le reste du temps, tu travailleras pour notre petite école de surf, le Magnetic Vibes.
J’éclate d’un rire nerveux.
– Mais… je ne sais pas surfer.
– Tu pourras toujours servir des cocktails au bar et aider le moniteur à sortir et à ranger le matériel.
– Ça devrait être dans mes cordes !
– Dans ce cas, sois tranquille. Tout se passera bien.
Là-dessus, elle se met debout et ramasse ses affaires.
– Je vais rentrer chez moi. Mon fils va te montrer ta chambre. Promets-moi de prendre le temps de te reposer.
– Vous rentrez chez vous ? Mais, vous n’habitez pas ici ?
– Sous le même toit que Samaï ? Oh que non ! Je tiens trop à ma santé mentale.
C’est censé me rassurer ?!
– Nous partageons la même propriété, mais nos maisons sont distantes d’environ cinq cents mètres.
J’acquiesce en songeant au jardin de ma grand-mère, dans lequel il y avait à peine la place pour poser une piscine à boudins.
Ce sont deux mondes vraiment différents…
Après avoir lu le contrat, je signe les papiers définitifs qui me lient à cette famille si singulière. Nittaya me fait la bise – décidément, elle n’arrête pas de me surprendre – avant de quitter la maison de son fils et je pousse un long soupir de soulagement. Mes documents sont en règle, je vais pouvoir rester ici ! Je vais enfin laisser l’horreur derrière moi pour commencer une nouvelle vie ! Je sautille de joie quand, soudain, un frisson me parcourt tout entière. M’attendant presque à trouver un fantôme, je me retourne brusquement pour découvrir Samaï, adossé contre un mur. Un coin de sa bouche remonte dans un sourire sardonique. Maintenant que je sais qu’il n’est pas directement mon patron, je ne suis plus obligée de lui cirer les pompes. En cinq mots : je peux être moi-même.
– Quoi ? Ma réaction t’étonne ? C’est sûr que tu n’as pas l’air d’être le genre de type à bondir de joie.
Son sourire devient carrément moqueur, et encore plus sexy. Je déteste l’idée de le trouver aussi attirant. Tout comme le fait de devoir vivre seule avec lui m’irrite prodigieusement. Je vais devoir apprendre à maîtriser mes pulsions, garder la tête sur mes épaules pour ne pas perdre mon emploi.
– Oh, je sauterais bien de bonheur, là tout de suite, mais j’ai mal au genou. Ce qui ne m’empêche pas de faire « bondir de joie » certaines femmes.
Je baisse la tête pour que mes longs cheveux bruns masquent le rosissement de mes joues et cache mon embarras derrière le sarcasme.
– Ha, ha. Maintenant que tu m’as fait rire, tu peux me montrer ta chambre ?
Samaï arque les sourcils, le regard carnassier.
– Tu ne veux pas que je t’offre à boire, d’abord ?
Oh, le lapsus !
– Pardon. Ma chambre. Je voulais dire « ma chambre à moi », pas la tienne. Je… Je lève les yeux vers lui pour m’assurer qu’il a compris qu’il n’y avait aucune équivoque.
– Ne t’en fais pas, je rigolais, me rassure-t-il.
J’opine. Alors que je vais attraper ma valise, nos mains se touchent. Sa peau est incroyablement douce. Plus rapide que moi, il soulève mon bagage sans peine. Contrariée, je tape du pied.
– Tu essaies d’écraser un cafard, Adi ?
– C’est toi que je vais écraser si tu ne poses pas ça tout de suite ! Et pour toi, c’est Adriana.
Je me plante devant lui et place mes bras en croix, prête à en découdre.
– Primo, je n’ai rien d’une demoiselle en détresse. Je me débrouille très bien toute seule.
– Je te crois…
– Et deuzio, ta mère m’a engagée pour que tu arrêtes de faire n’importe quoi.
– Autant qu’elle se rende à Lourdes, parce que pour éviter ça, ce n’est pas une jolie Espagnole qu’il lui faut, mais un véritable miracle.
Si le fait qu’il me trouve belle me fait plaisir, je décide de ne pas m’attarder dessus afin de garder la tête froide. Je me raidis, refusant de lui céder le passage.
– Allez, pousse-toi, Adi. Je ne veux pas te faire de mal.
Aussitôt, je me fige et ma bonne humeur s’évanouit. Je braque un regard menaçant sur lui, incapable de retenir la réaction démesurée que provoquent ses paroles. Un autre homme m’a déjà fait mal avant lui, et jamais, jamais je ne permettrai que cela se répète.
– Je t’interdis de me toucher.
Ma voix assurée qui ne dénote aucunement mon agitation intérieure est le résultat d’années d’entraînement. Samaï mord à l’hameçon et dépose mon bagage par terre en levant les bras en l’air en signe de reddition. Satisfaite, je me déplace pour le prendre. Il en profite pour s’en emparer et filer comme un voleur.
– Espèce de tricheur !
Je lui cours après – il faut dire qu’avec sa blessure, il n’avance pas très vite – et le regarde poser mon sac sur la couette. Ma chambre est au bout du couloir, au rez-de-chaussée. Je reste bouche bée en découvrant la taille de la pièce qui m’est destinée.
– Attends, tout ça, c’est ma chambre ?
– Bienvenue chez toi, petite fleur, lance-t-il en tournant les talons.
Le temps que je comprenne qu’il m’appelle comme ça à cause du motif qui décore mon tee-shirt, il m’a déjà claqué la porte au nez. Je suis seule dans la piaule la plus grande qu’il m’ait été donné de découvrir. L’endroit n’est pas chargé, c’est un bon point. Il y a un lit immense, une armoire géante et une étagère dépourvue de bibelots inutiles. Je passe l’index sur le bois précieux de mon bureau puis reporte mon attention sur le tableau d’une magnifique plage, la seule décoration de cette chambre. Je l’adore ! Incapable de retenir ma joie, je me jette sur le lit, comme une enfant. Ici, je serai bien. J’en ai la certitude. Dix minutes plus tard, je me lève pour découvrir qu’il n’y a pas de salle de bains attenante. Je devrais survivre à ça ! Malgré ma fatigue, je range consciencieusement mes habits dans l’armoire, ce qui me permet de remarquer que ça ne remplit même pas un quart du meuble. Toujours aussi joyeuse, je me recouche en prenant soin de me débarrasser de mon short. Il ne me faut pas cinq minutes avant de m’endormir.
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