Beautiful Fighter

Kristen Rivers · Chapitre 24 sur 40

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Beautiful Fighter

Chapitre 24

 

Les nems au petit déjeuner vont devenir une habitude. L’Européenne que je suis devrait s’en offusquer. Où donc sont passés les croissants et autres douceurs ? Pourtant, je mange comme quatre et prends du plaisir comme six.

– Votre salade à la mangue est excellente, Nitty, la complimenté-je.

– Fayote ! m’accuse Kelly avec un sourire. Tu dis ça pour avoir du rab.

– Démasquée !

J’adore l’ambiance qui règne autour de la table. Tout le monde rit. Personne n’est obligé de jouer un rôle. Ce qui est bien avec la belle Thaïlandaise, c’est qu’elle accepte chacun tel qu’il est. Et quand j’essaie de nous regarder d’un œil extérieur, j’ai l’impression de voir une bande d’adolescents autour de leur mère. C’est vrai que cette femme extraordinaire agit un peu comme une deuxième maman avec ses protégés. Jamais elle ne remplacera la mienne, mais je suis heureuse de la compter à mes côtés.

Elle tape soudain dans ses mains comme une maîtresse qui voudrait calmer ses élèves.

– J’ai réfléchi toute la nuit à la manière dont nous pourrions gérer le championnat en l’honneur de Rama X, et j’ai quelques propositions à vous faire.

C’est aussi ce que j’apprécie chez elle. Elle sait se montrer drôlement efficace.

– Sam, ton coach arrive cet après-midi. Seann, j’ai pensé que tu pourrais te joindre à lui. Je sais déjà qui pourrait te remplacer à l’école de surf. Tu serais partant pour nous suivre en Thaïlande ?

– Pour passer quelques semaines au Palais ? Oh non, sans façon.

Samaï et Nitty semblent déçus, mais ne répliquent pas.

– Bien sûr que oui, bande de nouilles pas cuites ! Refuser une invitation royale ? Jamais de la vie ! s’exclame Seann.

– Tu ne viens que pour essayer de choper une princesse, c’est ça ? le charrie Sam.

– Exactement, raille Seann. Toi, tu es peut-être mon meilleur ami, mais tu n’as pas de…

– Chut, chut, chut ! intervient Nitty. Pas de vulgarité autour de ma table, les enfants.

– Je n’allais pas dire de vulgarité, juste…

Elle pointe un index accusateur vers lui, ce qui réduit ce grand dragueur au silence et fait rire tout le monde.

– Kelly, j’ai pensé que tu pourrais venir avec nous, toi aussi. Avec ton enthousiasme légendaire et tes connaissances universitaires, tu serais une excellente coach en psychologie pour Sam.

– Tu es en train de me traiter de barjo, maman ?

– Absolument pas. Mais tu sais aussi bien que moi combien cette compétition peut se révéler éprouvante, que ce soit sur le plan physique ou psychologique.

Les deux intéressés acquiescent. Je baisse la tête sur mon assiette à moitié vide. Je ne vois pas ce que je pourrais faire pour Sam. Ma présence n’est en aucun cas requise en Thaïlande, et je me sens vraiment mal à l’aise à cette idée. J’ai horreur de me sentir inutile.

– Quant à toi, Adi… quelques cours de langue thaïe s’imposent.

J’ouvre les yeux grands comme des soucoupes.

– Ma requête te surprend ?

– Oui… je… je ne sais rien faire de spécial, Nittaya. Je n’ai pas fini ma formation de kiné, et vous allez sûrement embaucher quelqu’un de plus compétent que moi pour…

– Quelqu’un de plus compétent que toi pour les muscles de Sam, certes. Mais pour son cœur, il n’y a personne d’autre que toi.

Je m’empourpre comme une pivoine, mais ce n’est rien en comparaison de la couleur qu’adoptent les joues de Samaï. La peau dorée du beau métis asiatique adopte une teinte rouge parfaitement hilarante.

– Merci, maman. Tu ne m’avais pas fait aussi honte depuis la fois où tu m’as grondé devant mes camarades de classe au lycée parce que tu avais trouvé des revues de charme sous mon lit.

Entendant ça, j’éclate littéralement de rire sans pouvoir me retenir. Je ne peux qu’imaginer la scène. C’est tellement hilarant que j’en ai les larmes aux yeux.

– Tu acceptes ? s’enquiert Nitty quand je reprends enfin mes esprits.

– Avec grand plaisir.

Le sourire dont me gratifie Sam me fait fondre un peu plus. Moi qui détestais la guimauve, me voilà servie. Il se penche vers moi pour susurrer à mon oreille :

– Si tu racontes à un journal ce que tu viens d’entendre au sujet des magazines de cul, je me vengerai.

– Quel journal ?

Tout le monde m’observe en haussant les sourcils.

– Quoi ? demandé-je, soudain mal à l’aise.

– Il va falloir que tu te prépares, me prévient Kelly. La pression médiatique sera énorme. Mais tu vas t’en sortir comme une championne, j’en suis convaincue.

– Quelle pression médiatique ?

– Journaux sportifs, paparazzi… la totale. Mais ne t’en fais pas, je vais te coacher. Dans quelques semaines, tu seras un as de la communication people.

J’imagine ce qui pourrait arriver si une photo de nous tombait entre les mains d’Adolfo. Sam doit comprendre ce qui m’effraie, car il murmure encore à mon oreille :

– Ne t’inquiète pas. Il est derrière les barreaux. Nous serons sous la haute surveillance de la Garde royale. Je te protégerai en personne. Et le plus important…

C’est à peine si je bats des cils, tant je suis absorbée par ses paroles.

– Tu as appris à combattre. Tu n’es plus une victime, et jamais plus tu ne le seras. La nouvelle Adi est plus forte que tous les sportifs qui participeront à ce tournoi, moi y compris.

– Merci, chuchoté-je.

Il dépose un baiser furtif sur mes lèvres qui m’attise plus qu’il ne m’apaise.

– J’ai aussi contacté Lily, ta nutritionniste, reprend Nitty.

– Elle va revenir de France ?

– Crois-moi, elle ne louperait ce combat pour rien au monde.

Samaï m’a déjà parlé de cette diététicienne. D’origine française, elle est retournée dans son pays natal suite à la blessure de Sam et ne correspondait avec lui que par mail ou par téléphone. Un lien spécial se rapprochant beaucoup de l’amitié était né entre la nutritionniste et son patient. Je présume qu’il doit être aux anges à l’idée de la voir revenir. Moi, j’ai hâte de la rencontrer.

– Elle arrive dans deux jours, le temps de régler quelques affaires. Il me semble qu’elle va venir avec sa fille, Kaléna. Quant à Kimberley, elle sera là dès demain.

Sam me jette un regard inquiet, mais je n’éprouve aucune jalousie à son égard. Elle n’est pas une rivale, mais une alliée.

– Malheureusement, ce n’est pas tout, poursuit Nitty.

– Pourquoi « malheureusement » ? s’enquiert Seann.

La sonnette retentit à cet instant précis.

– Timing parfait, commente Nitty, l’air sombre, en se levant pour aller ouvrir.

Quand elle revient accompagnée de Nicole, j’ai envie de me pincer pour m’assurer que je ne suis pas en plein cauchemar.

– Voilà qui explique le mot « malheureusement », précise Kelly à voix basse.

Profitant du fait que la rousse sulfureuse ne peut pas voir son visage, Nitty nous adresse à tous un sourire contrit.

– Nicole, fille de notre principal sponsor, se joindra à nous pour s’occuper de l’aspect publicité et communication. Accueillons-la comme il se doit.

Fille du principal sponsor. Son papa a du fric. Voilà qui explique la présence de cette harpie aux dents aussi longues que ses cheveux. Nous nous mettons néanmoins debout pour lui faire la bise et lui souhaiter la bienvenue au sein du groupe. D’ailleurs, en parlant de seins, je n’aime pas la manière dont elle colle sa poitrine au torse de mon copain.

Genre, voilà mes melons, ils sont frais, ils sont beaux. Espèce de maraîchère du fin fond du bush australien !

Je réagis instinctivement en me collant à Sam, histoire de marquer ma propriété comme une femme des cavernes. Ma manœuvre ne passe pas inaperçue aux yeux du boxeur, qui semble ravi du combat qui pourrait se dérouler sous ses yeux. Si Nicole semble aussi tendue que le visage d’une star sous botox, les autres sourient, amusés de ma possessivité.

Le petit déjeuner terminé, nous prenons congé de Nitty et nous rendons dans notre maison. Pendant que Sam se prépare pour l’entraînement, je m’applique à nettoyer tout ce qui se trouve à portée de main. J’ai besoin de me rendre utile. Seann vient le chercher et ils partent ensemble au gymnase. Je refuse leur invitation quand ils insistent pour que je les suive. Ma patronne a déjà engagé quelqu’un pour nous remplacer à l’école de surf, Kelly, Seann et moi. Le Magnetic Vibes n’a plus besoin de nous. De moi. Comme je me sens aussi utile qu’une paire de chaussettes pour un pirate boiteux, je passe ma matinée à astiquer la maison de fond en comble sous le regard paresseux de Boomerang.

– Toi, tu as raison d’être un koala. Être un humain, c’est nul. Sauf quand on mange du chocolat. Crois-moi, c’est nettement meilleur que tes feuilles d’eucalyptus.

Voilà que je me mets à parler aux marsupiaux. Je suis complètement givrée !

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