Beautiful Fighter

Kristen Rivers · Chapitre 17 sur 40

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Beautiful Fighter

Chapitre 17

 

Le lendemain matin, c’est le temps des adieux. Moi qui n’ai jamais cru aux miracles, je suis servie ! Kimberley semble avoir enfin compris qu’il ne se passerait plus rien entre elle et son ex, et ne m’a lancé aucune pique. Méfiante, je cherche le piège – ou la caméra cachée – mais il ne semble pas y en avoir.

Alors que mon amant est en train de charger les valises dans la voiture, je rends à Kimberley le livre que j’avais emprunté la veille.

– Merci, j’ai passé un excellent moment de lecture.

Elle me lance un regard circonspect, comme si elle s’attendait à un mauvais tour de ma part. Je le reconnais, j’ai une belle part de faute là-dedans.

– Je… je suis désolée d’avoir été aussi désagréable avec toi. Entre Sam et moi, c’est assez récent et tu es une ex incroyablement belle, donc redoutable.

Il est préférable que je n’ajoute pas « et un peu tarée sur les bords », d’autant que je ne suis pas en reste. Comme elle ne réagit pas, je poursuis.

– Quoi qu’il en soit, merci pour ce que tu as fait pour lui. Tu sais aussi bien que moi combien la boxe est importante pour lui, et grâce à toi, il va pouvoir reprendre le cours de sa vie, comme avant.

Elle hoche la tête en toute simplicité. Son expression n’a plus rien de la « Barbie » que je pensais qu’elle était.

– Je t’en prie. Si je me suis montrée odieuse avec toi, c’était uniquement pour te tester. Sam est quelqu’un de spécial, d’unique. Au point que j’ai eu un mal fou à accepter la fin de notre histoire, ce qui m’a sans doute donné des airs de tarée, lâche-elle avec une grimace.

Je hoche la tête avec conviction avant de me rendre compte de ma bourde, ce qui la fait rire.

– Aujourd’hui, j’ai compris que nous n’étions pas faits pour être ensemble. Pour autant, je continue de tenir à lui, en toute amitié. Raison pour laquelle j’ai voulu m’assurer que tu étais quelqu’un de bien. Sam est une petite célébrité, qui a bossé dur pour arriver là où il en est. Beaucoup de nanas en ont après son argent ou sa réputation.

– Je comprends. Et je suis contente que quelqu’un veille sur lui comme tu le fais.

Nous n’allons pas jusqu’à nous prendre dans les bras, mais je suis sincèrement heureuse que Samaï puisse compter sur quelqu’un comme elle. Lorsque le beau métis revient, il nous observe d’un œil curieux.

– Moi qui avais peur que vous vous battiez en mon absence…

– On va se battre, répliqué-je, mais pas l’une contre l’autre. On va se battre pour toi.

Il m’observe étrangement, cherchant à sonder ce que je pense réellement.

– Les nanas sont vraiment bizarres, parfois.

– Parfois, seulement ? s’amuse Kimberley.

***

Il fait nuit lorsque nous nous garons dans la propriété de Samaï. Le voyage s’est vraiment bien passé, et nous avons profité du trajet pour construire une nouvelle complicité entre nous. D’ailleurs, je n’aurais jamais imaginé que le sexe en voiture se révélerait aussi addictif ! Tout cela est tellement nouveau pour moi !

– Le premier à l’intérieur a gagné, lance-t-il.

– Facile pour toi, avec tes jambes de boxeur thaï.

Pour le déstabiliser, je me débarrasse de mon tee-shirt.

– Bien essayé, tricheuse.

– Rabat-joie !

Arrivé en premier sur le seuil, il se penche pour ramasser quelque chose sur le paillasson après avoir ouvert la porte. Je le contourne, le devance, et bondis dans le vestibule.

– J’ai gagné ! m’écrié-je.

– Ce n’est pas juste, tu as profité de la situation.

– Quand on n’a pas de gros muscles, il faut savoir tirer son épingle du jeu en toutes circonstances, répliqué-je avec un sourire espiègle. Alors, qu’est-ce que c’est ?

Je désigne le colis qu’il tient dans ses mains. Une boîte brune, rectangulaire. Elle ne semble pas bien lourde, mais avec Sam, on ne sait jamais. Il transporte mes cinquante kilos comme si je n’en pesais qu’un.

Samaï se venge en me faisant mariner. Pour la peine, je remets mon tee-shirt. Je ne peux pas voir le cadeau ? Alors, il ne peut pas voir ma poitrine !

Il finit tout de même par le poser sur la table du salon.

– C’est un colis pour toi, mais on ne voit pas le nom de l’expéditeur. Il vient d’Espagne, d’après le sceau de la Poste et les timbres.

– Oh ! C’est sûrement un cadeau d’Emilia, ma meilleure amie.

J’attrape la boîte et la secoue dans tous les sens. Elle est vraiment légère.

– Qu’est-ce que ça pourrait être, à ton avis ?

– Elle sait que la nourriture de mon pays me manque. Ça pourrait être des gâteaux typiques de ma région, de la charcuterie…

– Allez, ouvre-le, tu n’attends que ça !

Je déchire l’emballage comme une brute sans me soucier des convenances. Ma main découvre une texture douce et soyeuse, puis mes yeux identifient l’objet. C’est à cet instant que je me fige.

– Eh ben, la charcuterie espagnole ressemble drôlement à un nounours rose ! tente de plaisanter Sam.

La boîte me tombe des mains et je tremble de tous mes membres. Le bruit que fait le carton en s’écrasant à terre me propulse des années en arrière.

***

– Tu te dépêches ? On a rendez-vous à la foire avec Mauro et Antonio.

Ce sont ses deux meilleurs amis. Militaires de formation, ces deux hommes étaient en mission en Afghanistan pendant dix-huit mois. Ils viennent de rentrer au bercail et Adolfo se fait une joie de les retrouver. Pour moi, ce sera une première. Je vais enfin pouvoir mettre un visage sur ces prénoms qu’il mentionne tous les jours, ou presque. Après six mois de vie commune, je tiens à faire mon entrée dans son cercle social de manière remarquable. Pour l’occasion, j’ai mis une robe d’été rouge avec des pois blancs, dans un style qui fait un peu pin-up. C’est la première fois que je vais la porter, et j’en suis vraiment ravie.

– Oui ! J’en ai pour une minute !

Je n’ai pas encore fini de me coiffer, et j’aimerais me maquiller pour l’occasion. J’ai acheté un rouge à lèvres et du mascara. J’ai dix-huit ans, et je sais à peine comment ça s’utilise. Incroyable, non ?

– Je t’attends dans la voiture, dépêche-toi !

Après quelques essais infructueux, je suis fin prête. Je quitte l’appartement que j’occupe avec Adolfo depuis le début de notre relation et emprunte les escaliers. Mes mains sont moites quand je monte dans la voiture. Je ne fais pas ça pour plaire à mon petit copain. Je ne suis pas vraiment amoureuse de lui. Entre nous, c’est plutôt une sorte d’accord. Il m’offre un toit contre du sexe et de la compagnie. Je fais aussi le ménage et la cuisine. Ça me convient. Tout ce que je voulais, c’était sortir de mon enfer. Si je me suis fait belle, c’est surtout pour m’assurer qu’il ne va pas me lâcher pour une autre. C’est moche, mais il n’est pas question que je me retrouve à la rue.

Mais quand je me tourne vers lui pour lui offrir mon sourire le plus charmeur, je dois admettre que je me suis trompée de tactique. Ses yeux lancent des éclairs et sa bouche se tord dans une moue aigrie qui n’augure rien de bon.

– Non, mais c’est carnaval ou quoi ? Tu t’es déguisée en pute ?

J’inspire profondément pour ne pas éclater de colère. Nous nous sommes déjà disputés et je sais qu’Adolfo perd souvent le contrôle, du moins de manière verbale.

– Je ne suis pas déguisée en pute. J’ai simplement eu envie de me faire belle pour toi.

– Descends de cette voiture !

Craignant que ce soit la fin de notre relation, je secoue la tête. Du coin de l’œil, je distingue la présence d’Alberto, un voisin avec qui j’ai sympathisé. Je n’ignore pas qu’Adolfo n’approuve pas notre amitié.

– Putain de gonzesse ! éructe-t-il en démarrant en trombe.

Le cœur au bord des lèvres, je place ma main sur sa cuisse, dessinant des cercles sur son jean du bout des doigts, comme si cette caresse pouvait le calmer. Vain espoir !

– Chéri, je suis désolée. J’ai eu tort de m’habiller comme ça.

– Ta gueule, salope !

Tandis qu’il roule – beaucoup trop vite – il se répand en insultes à mon égard. Je ne réponds pas. L’expérience m’a appris à ne pas me défendre. Rester immobile, se faire oublier, attendre que l’orage passe. Voilà mes trois règles de survie.

Pour ne plus entendre les injures, je récite le nom des planètes dans ma tête, ce qui ne m’empêche pas de remarquer que nous dépassons largement la limite de vitesse autorisée. Craignant pour nos vies, je m’autorise à intervenir.

– Ralentis, s’il te plaît.

– Parce que tu vas m’apprendre à conduire, toi la débile ! Toi, l’espèce de gogole incapable de rouler ?

Son reproche acerbe me touche en plein cœur. Comme si j’avais choisi d’être handicapée !

Mais le fait que je ne réponde pas ne fait que l’énerver davantage. Notre voiture envahit soudain la voie de gauche. Je pousse un cri quand, de justesse, nous évitons un camion.

Les pneus crissent quand le véhicule se déporte sur un chemin de terre cabossé. Nous roulons pendant environ cinq minutes. Enfin, on s’arrête en plein milieu d’un terrain vague, au centre de la garrigue espagnole. Là où personne ne peut nous voir.

– Casse-toi !

Il va m’abandonner. Je vais me retrouver à la rue. J’essaie de bouger pour lui obéir, mais mon corps, pétrifié de peur, refuse de m’obéir.

– Putain, tu vas dégager de cette bagnole, oui ou merde !

Sans crier gare, il sort. Je sursaute quand sa portière claque, mais c’est pire quand la mienne s’ouvre. Brusquement, il me saisit par les cheveux et me tire dehors. Je tombe lourdement sur le sol caillouteux. J’ai une petite plaie ouverte à la main, mais ce n’est pas bien grave. Sans me laisser le temps de me relever, il m’attrape par les poignets, me met debout, et me traîne jusqu’au coffre. Mes jambes me soutiennent à peine et je tremble comme une feuille. C’est ici que tout se termine, pour moi ?

Mon esprit me hurle de me débattre. De me défendre. Mon cerveau visualise mon pied dans les parties génitales de mon mec. Mes dents qui claquent me démangent d’envie de croquer dans la chair de son bras. Pourtant, mon corps ne fait rien. Des années de mauvais traitements m’ont appris à rester immobile, et mon propre corps ne m’obéit plus. Quand j’entre dans un état de panique, c’est comme si toutes les lumières s’éteignaient dans mon monde.

Je sursaute violemment lorsque le coffre se referme. Adolfo me balance un vêtement à la figure, et me gifle lorsque je ne réagis pas. C’est la première baffe qu’il me donne.

– Enfile ce foutu jean. C’est le mien, mais il t’ira quand même.

Deuxième gifle.

– Allez, putain !

Cette fois, c’est le coup de trop. Sous la violence du choc, je suis projetée en avant sans pouvoir me retenir. Ma tête heurte l’arrière de la voiture, puis tout devient noir.

La première chose que je vois en ouvrant les yeux, c’est une affreuse peluche rose. Sans doute la plus laide de l’univers. Ma tête me lance quand je fais la grimace, surtout au niveau du front.

– Tu n’aimes pas mon nounours ?

La terreur m’envahit en entendant la voix d’Adolfo. Et soudain, tout me revient. Ma coquetterie. Notre dispute. La conduite dangereuse sur la route, puis sur le sentier. Le coup final qui m’a projetée contre sa fichue voiture.

Instinctivement, je me recroqueville sur moi-même en ramenant mes genoux écorchés contre ma poitrine, roulée en boule sur le canapé.

– Que… qu’est-ce qui s’est passé ?

– Mauro et Antonio sont revenus de mission ! Je suis allé leur rendre visite à la foire, et devine ce que je t’ai rapporté ? Cette peluche couleur bonbon, douce comme toi. Tu as de la chance d’avoir un mec qui t’aime autant que moi, pas vrai ?

Qu’est-ce qu’il raconte ? Je passe la main sur mon front et frémis de douleur. Du bout des doigts, j’effleure les reliefs d’un grand pansement.

– Qu’est-ce que c’est, ça ?

– Ça ? Tu sais combien tu es maladroite, ma chérie. C’est à cause du coup que tu t’es pris sur la tête quand tu étais gamine. Depuis, tu n’es pas capable de faire trois pas sans te cogner.

Il ment. Mon traumatisme crânien me joue des tours, mais il n’a pas provoqué cette blessure. J’en connais l’origine, je ne suis pas idiote, mais j’aimerais l’entendre de sa bouche.

– Quand je suis rentré à la maison, je t’ai trouvée par terre. Tu as dû trébucher, et te cogner la tête contre le coin de la table basse, parce que la marque correspond bien à sa forme. Tu t’en souviens ?

J’inspire profondément, cherchant tout mon courage au fond de mon cœur.

– Non.

Un éclair de colère passe dans ses yeux, si intense que je me fige. Tout dans son visage indique qu’il essaie de contenir sa rage. C’est très, très mauvais signe.

– Ça va te revenir, je t’assure. C’est la seule version possible, tu sais ? Parce que si tu te mettais à douter du bien-fondé de ce que je te raconte, ça pourrait très, très mal se passer pour toi. Tu sais que je n’aime pas qu’on mette ma parole en doute, pas vrai ?

Je parviens difficilement à acquiescer. Clairement, il veut m’intimider. Et il y parvient, parce qu’après ce que j’ai vu sur ce chemin au milieu de la garrigue, je sais qu’il est capable du pire. Il mettra ses menaces à exécution, je n’en ai pas le moindre doute. Ou j’obéis, ou je meurs.

– Alors, ça y est ?

– Oui, je m’en souviens, soufflé-je.

Il se redresse pour déposer un baiser sur mon front, appuyant bien sur ma blessure, et remet la peluche rose entre mes mains. À cet instant, je ne me doute pas que ce nounours sera le premier d’une longue série, allant jusqu’à remplir ma chambre de doudous rose bonbon. Ces jouets enfantins suivront chacune de nos disputes, comme un rituel malsain que ce fou furieux va instaurer entre nous. Un pacte que j’ai signé avec le diable, parce que j’ignorais qu’une autre façon de vivre était possible.

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