Beautiful Fighter

Kristen Rivers · Chapitre 38 sur 40

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Beautiful Fighter

Chapitre 38

 

 

– Je te mets un peu de fond de teint ?

Lily n’est pas uniquement nutritionniste. Elle est également capable de faire des merveilles avec un simple rouge à lèvres et du mascara. D’un geste timide, elle désigne ma tempe. Si on m’a déjà enlevé le bandage que je portais sur le crâne, une partie de mon visage porte encore les stigmates de la gifle d’Adolfo.

– Non. En fait, je n’ai rien à cacher.

De nombreuses victimes masquent leurs blessures. Avec du maquillage, avec des vêtements, ou en restant simplement terrées chez elles. J’estime que cela a assez duré. Il est temps que nous montrions au monde ce que les bourreaux nous font afin que, tous ensemble, on prenne de vraies mesures contre les enfoirés qui nous font du mal.

– Tu as raison, affirme Kelly.

Assise sur le canapé, Kimberley acquiesce.

– D’accord, concède Lily. Dans ce cas, nous allons changer la couleur de ton rouge à lèvres.

– Ça marche.

Nitty nous rejoint quelques minutes, vêtue de sa somptueuse robe thaïlandaise. Elle regarde la mienne, inspirée de la tenue traditionnelle de son pays, et hoche la tête avec un sourire. Aujourd’hui est une journée spéciale. Une journée dédiée au bonheur.

– Tu es parfaite, Adi. D’ailleurs, ça me donne des idées de robe pour ton mariage.

Je ris, amusée. Depuis que nous avons annoncé nos fiançailles, tout le monde y va de son petit conseil.

– Tout le monde est prêt ?

Un peu nerveuse, j’inspire un grand coup pour me détendre. À en croire l’expression des filles, nous sommes toutes dans le même état d’esprit. Il faut dire que si Kimberley et Lily ont l’habitude de travailler dans le monde du sport, aucune d’entre elles n’a jamais été sous les feux des projecteurs. Quant à Kelly et moi, n’en parlons même pas. Aucune d’entre nous n’aurait pu prévoir qu’un beau jour, nous nous trouverions au palais royal de Bangkok, prêtes à accompagner le vainqueur du tournoi du Roi.

– Allons-y, mes chéries, nous encourage Nitty. Et n’oubliez pas de garder la tête haute, parce que nous sommes toutes des championnes !

Après avoir traversé plusieurs couloirs interminables, nous débouchons dans le luxuriant jardin du palais, sous un soleil accablant qui nous fait plisser les yeux. Ou alors, est-ce que ce sont les flashs des photographes ? J’ouvre un œil pour voir Kimberley et Lily se faire entraîner par une journaliste sportive. Kelly parvient à se faufiler. Quant à moi, je me fais alpaguer par les paparazzis. Nitty m’avait prévenue. Aujourd’hui, je ne pourrai pas leur échapper. En effet, ce n’est pas tous les jours que votre fiancé remporte le tournoi de boxe thaï le plus prestigieux au monde.

Finalement, tout se passe bien. Le fait de savoir que mon ex est derrière les barreaux depuis trois semaines m’a rassérénée. Kelly m’a aidée à prendre de l’assurance, m’a appris à m’exprimer en public sans peur ni honte. Accompagnées de Nitty, nous donnons aux paparazzis ce qu’ils attendent, et ils finissent par chercher une autre proie, satisfaits de l’interview que nous leur avons accordée.

Je vérifie l’heure à ma montre. Dans quelques minutes, nous devrons rejoindre la tribune d’honneur qui a été dressée au milieu des arbres exotiques et des fleurs aux mille couleurs. Nous serons aux premières loges pour assister à la remise du prix par le Roi en personne. Ce matin, quand j’ai laissé Samaï à ses préparatifs, j’étais plus stressée que lui. Ce qu’on dit est peut-être vrai. La pratique régulière d’arts martiaux confère une paix intérieure inébranlable.

Il a suffi que mon attention soit détournée par la présence d’un petit singe sur un arbre pour que je me perde au milieu de la foule. J’ai beau les chercher, je ne vois plus Nitty ni mes amies.

– Mais, que vois-je là ? Ma belle Européenne !

Entendant une voix familière, je me retourne pour me trouver face au Roi de Siam. Je me baisse pour lui rendre honneur selon la tradition de son pays.

– Sah wah dee khaa, le salué-je en thaï.

Il me détaille pendant quelques instants avant de me sourire avec bienveillance.

– Sah wah dee khrap, répond-il. J’ai l’impression que Cendrillon s’est réellement transformée en princesse.

– Si je puis me permettre, Votre Majesté, je ne me suis pas transformée en princesse. Je crois que je l’ai toujours été. Je me suis seulement débarrassée de cette carapace qui m’empêchait de me comporter comme telle.

À côté de moi, deux vieilles femmes qui écoutent notre conversation laissent échapper un cri de surprise. J’adresse une moue contrite au monarque.

– Pardon. Il semblerait que j’aie encore enfreint le protocole en me permettant de corriger le Roi.

L’homme rit, amusé.

– C’est vrai. Mais je suis certain que le Roi a adoré ça.

Nous discutons quelques minutes surréalistes. J’adore ce monarque, qui se balade avec tant de simplicité au milieu de ses invités, même si ses gardes du corps ne sont jamais loin de lui.

Alors qu’une musique résonne, je reconnais la mélodie. Nitty m’a expliqué que c’est le signal de départ. Le Roi qui partage mon caractère distrait se fait entraîner ailleurs par ses fidèles employés tandis que je me dirige vers l’estrade, où mes amis sont déjà là. Je proteste quand je constate qu’ils m’ont laissé la meilleure place, entre Nitty et Seann, que Sam considère comme un frère, mais je finis par l’accepter. Bientôt, je ferai officiellement partie de la famille. Officieusement, je les considère déjà comme tels.

Des applaudissements retentissent quand le Roi est appelé sur scène. Il s’adresse longuement au public en thaïlandais avant de basculer à l’anglais pour un discours plus court. J’apprécie son message, qui porte sur l’ouverture d’esprit et la coopération entre les peuples. Enfin, il appelle Samaï, ainsi que le deuxième et le troisième finaliste. Tous ces sportifs ont un physique renversant, mais mon futur mari a une prestance incroyable. Vêtu une fois de plus du costume de boxe thaïe traditionnelle, il émane de lui un magnétisme qui me laisse sans voix. Il a beau être pieds et torse nus, il a plus de classe que tous les hommes en costume réunis. Et lorsqu’il regarde vers moi, j’ai l’impression de défaillir. Il me dévore des yeux, et moi, je fais pareil. Immédiatement, une brûlure s’éveille au creux de mon ventre, dont j’identifie sans peine l’origine. Cela fait trois semaines que nous n’avons pas fait l’amour. Depuis la nuit où j’ai failli perdre la vie en combattant Adolfo, pour être plus précise. L’état de choc conséquent à cette agression m’a ôté toute libido, jusqu’à il y a quelques jours. D’après Kelly, c’est parfaitement normal. En fait, c’est même très sain.

Samaï a été très compréhensif, même si je voyais bien qu’il en mourait d’envie. Néanmoins, il m’a donné toute la tendresse nécessaire et maintenant, je suis rassurée. Le désir est revenu de mon côté et les filles m’ont aidée à élaborer un plan pour surprendre mon fiancé. Il ne se doute pas que ce soir, nous allons tous les deux prendre notre pied en unissant nos corps et nos âmes à nouveau. Je lui adresse un signe de la main accompagné d’un sourire encourageant juste au moment où le Roi lui tend son micro.

– Merci de m’avoir donné la parole, de m’avoir accueilli au sein de votre pays, qui est un peu le mien, et de m’avoir remis ce trophée qui me faisait rêver depuis l’enfance. Vous avez fait de ma vie un rêve. Et quand je dis vous, je parle bien sûr de Sa Majesté, de la Thaïlande tout entière, de tous les fans de boxe thaïe à travers le monde, mais aussi de mon équipe, sans qui rien de tout cela n’aurait été possible. Sur le ring, on ne voit que deux adversaires qui se battent. Mais derrière nous se cache une multitude d’anonymes qui ne sont jamais mis en avant. Alors, je vais appeler Lily, ma nutritionniste de choc, Kimberley, ma kiné aux doigts d’or, Kelly, ma psy imperturbable, Seann, mon coach, mon meilleur ami, mon frère. Essaie de ne pas te casser la gueule en me rejoignant. Maman, viens ici.

Comprenant ce qui va m’arriver, j’essaie de me planquer derrière une plante. Manque de bol, il n’y en a pas sur la tribune.

– Adi, ma future femme, il est temps pour toi de cesser de te cacher et de briller en pleine lumière. Mon combat est le tien, ton combat est le mien, viens me rejoindre sur scène.

Il m’adresse un sourire éblouissant et je me perds dans l’amour que je lis sur son visage sublime. Les larmes aux yeux, émue comme jamais et simplement heureuse, je rejoins mon futur époux, nos amis, notre famille, sur scène.

***

La fête qui fait suite est presque terminée quand j’entraîne mon fiancé à l’extérieur. L’obscurité nous englobe en cette heure tardive. Il proteste un peu, me demande où je vais, crois que je me suis perdue.

– Je t’assure que je sais exactement où nous allons passer la nuit, et ce n’est pas entre les murs du palais.

Conformément à ce qu’on avait prévu avec les filles, un taxi nous attend devant le bâtiment. Trente minutes plus tard, nous débouchons à l’aéroport de Bangkok. Il est une heure du matin, mais nous sommes loin d’être seuls. Ici, les avions débarquent des touristes à tout instant. À ce moment-là, je pense aux indications de Nitty. Elle s’est mise d’accord avec le Roi pour nous permettre d’effectuer cette escapade, qui à mes yeux est comme une petite nuit de noces ou une lune de miel. Nous faisons peut-être les choses un peu à l’envers, vu que nous ne sommes pas encore mariés, mais cela me convient tout à fait !

– Où est-ce que tu m’emmènes ? s’enquiert-il, un brin préoccupé, en découvrant que je l’entraîne vers un coin de l’aéroport.

– Aucune idée.

Il m’arrête et me dévisage, visiblement inquiet.

– C’est une blague ?

– Pas du tout. Mais je suis sûre que ça va nous plaire.

Je ne mens pas. Quand Nitty s’est entretenue avec le Roi au sujet de cette escapade, le monarque a tenu à garder notre destination secrète. Je sais que je dois me présenter à un endroit précis de l’aéroport, mais j’ignore totalement où l’on va nous emmener.

Quinze minutes plus tard, nous sommes assis à bord d’un petit avion. Je mentirais si je disais que j’apprécie les cercueils volants, même affrétés par le Roi de Siam en personne, mais je pense que notre virée vers l’inconnu mérite bien quelques soubresauts.

Le personnel navigant se montre malin et refuse de nous dire où l’on va. Sam s’endort tout de suite après le décollage. Moi, je reste éveillée jusqu’à ce que, une heure plus tard, le minuscule coucou entame sa manœuvre d’atterrissage. Il fait encore nuit lorsque nous posons nos pieds à Kho Phangan, une petite île. À notre descente d’avion, un employé est là pour nous conduire à notre hôtel. Le Roi nous a réservé une maison sur pilotis au-dessus de la mer, qui n’est pas sans me rappeler celle que nous avons connue au cours de notre voyage précédant la compétition. Le porteur dépose nos valises. Les préparer sans que Sam s’en aperçoive n’a pas été difficile, étant donné qu’il m’a souvent abandonnée pour répondre à des interviews ces derniers jours.

Enfin seule avec mon homme, je m’autorise à jeter un œil à notre chambre d’hôtel qui, par chance, est climatisée.

Les murs en bois sont décorés de nombreuses orchidées, les meubles ont l’air franchement luxueux, mais ce qui attire mes yeux, c’est le lit recouvert de pétales de rose. Il y a même quelques préservatifs posés sur la table de nuit. Sam suit la direction de mon regard et le rose me monte aux joues. Il a compris à quoi je pense et je suis prise d’un soudain accès de timidité. C’est un comble quand on sait que nous allons bientôt nous marier.

– Un bain de minuit, ça te dit ?

Les iris de Samaï deviennent brûlants quand il entend ma proposition.

– Bonne idée.

Sous son regard ardent, je commence mon effeuillage. Comme il me voit me battre avec ma robe, il vole à mon secours pour m’aider à défaire le nœud qui maintient mon pagne en place. Ma peau brûle à l’endroit où passent ses doigts, comme si ces derniers avaient le pouvoir d’incendier mon épiderme de manière parfaitement délectable.

Ma robe exotique tombe à mes pieds, ce qui permet à Sam de découvrir que je ne porte pas de soutien-gorge. Les yeux plantés dans les siens, je me baisse pour me débarrasser de ma culotte. Il porte encore son short de boxe thaï. Ce vêtement est suffisamment ample pour me permettre de constater que le spectacle lui plaît. Il bande ! La sensation de chaleur entre mes jambes ne fait que s’accentuer quand je comprends qu’il a suivi mon regard. Mais loin de me défiler, je poursuis sur ma lancée et glisse les doigts dans mon chignon pour le défaire, libérant ma chevelure qui retombe sur mon dos. À en croire l’expression qui s’est formée sur son visage, le spectacle lui plaît toujours autant.

– Non, proteste-t-il quand je fais mine d’enlever mes escarpins. Garde-les.

C’est une bonne idée. Uniquement vêtue de mes chaussures à talons, je me sens bien. J’ai le pouvoir d’exciter cet homme fort, cet homme brut. Et ce constat renforce mon envie de lui, à présent presque douloureuse.

En moins de deux secondes, Samaï a bondi sur moi comme un félin sur sa proie. Je n’ai pas peur de lui, de cette part animale qui est en chaque homme. Au contraire, je la réclame. Mes mains courent sur son dos, nu, sur son torse, tandis que ses doigts titillent ma poitrine. Je voulais qu’on prenne notre temps, mais après trois semaines sans sexe, il nous est impossible de contenir notre désir. Nous nous embrassons avidement tout en redécouvrant nos corps. Mes mains glissent d’elles-mêmes vers le centre de son corps pour jouer avec les ficelles de son short. En quelques secondes, nous sommes tous les deux entièrement nus, exception faite de mes chaussures. Je m’accroche à mon futur mari et fais quelques pas en arrière jusqu’à ce que mes mollets touchent le lit. Je tombe à la renverse, entraînant Sam dans ma chute. Nous rions, nos peaux se touchent, s’électrisent, le désir grandit et autour de nous, le monde se fige. Sa bouche gourmande goûte mes hanches, mon nombril, la peau délicate de mes seins. Mes ongles s’enfoncent dans la peau de son dos, griffent son torse. Je me repais de la sensation de son corps contre le mien, surtout après cette trêve de trois semaines. Nos bouches s’unissent, nos intimités se frôlent. Samaï joue avec mes nerfs et il en est conscient. Je lui rends la pareille en empoignant son membre sans crier gare, ce qui lui fait pousser un cri rauque. Je souris avec fierté et le serre un peu plus fort, effectuant des mouvements de haut en bas. Une de ses mains vient se perdre entre mes jambes. Son toucher est exquis. Je pourrais m’en contenter, mais je ne souhaite pas que les choses se passent comme ça.

– Je veux que tu sois en moi quand je jouirai.

– Je n’aurais pas voulu être ailleurs, ma douce.

Dès qu’il se glisse en moi, tous les doutes que j’aurais pu avoir au sujet de notre mariage disparaissent. Nous deux, c’est du solide. Nous deux, c’est une évidence. Il suffit de ressentir la manière dont il me remplit, la manière dont nos corps s’accordent comme les pièces d’un puzzle et la façon dont nos âmes se parlent.

Ses mains capturent les miennes et les maintiennent sur l’oreiller, des deux côtés de ma tête. Je me hisse pour m’emparer de sa bouche délicieuse, me délectant de l’effet de nos va-et-vient.

L’extase finit par nous propulser dans un monde où il n’y a que lui et moi, moi et lui.

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