Beautiful Fighter

Kristen Rivers · Chapitre 25 sur 40

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Beautiful Fighter

Chapitre 25

 

Les trois semaines qui viennent de s’écouler ont été éreintantes. Sam passe énormément de temps au gymnase, tout comme Seann. De son côté, Kelly boucle ses derniers examens afin de partir l’esprit tranquille. Ce serait un comble pour une psy de finir en burn out !

Résultat, je passe beaucoup de temps livrée à moi-même. Pour lutter contre la solitude, et surtout pour m’occuper l’esprit, j’avais entrepris de former la nouvelle serveuse du Magnetic Vibes, mais la vérité est qu’elle était opérationnelle au bout de quelques heures seulement. Nous sommes un petit bar de plage sans prétention, pas un lounge cinq étoiles.

Je pratique aussi pas mal de yoga pour essayer de me détendre, et je prends quelques cours auprès de Kelly, qui m’apprend une nouvelle manière de communiquer pour avoir l’air plus sûre de moi. Elle me montre comment jouer un rôle face aux médias, et j’avoue que je suis assez bonne à ce jeu-là. Après tout, n’ai-je pas toujours joué un rôle pour me protéger ?

Malgré toutes mes tentatives pour garder la tête hors de l’eau, je me laisse souvent submerger par la panique. Je passe plus de temps qu’il ne faudrait sur Internet à scruter tous les sites d’informations. Je sais qu’Emilia s’assure qu’Adolfo reste bien en prison, et Diego veille sur moi comme un véritable agent secret. Sans parler de Sam, mon héros. Pourtant, je ne me sens pas en sécurité. Alors, j’écume tous les journaux espagnols en ligne, m’attendant à lire que mon ex s’est évadé, mais la vérité est qu’il est toujours derrière les barreaux. Intérieurement, je deviens folle. Complètement parano. De l’extérieur, je reste souriante. Sam n’a pas besoin que je lui mette la pression. Il n’a pas besoin d’une petite amie instable. Encore moins face à l’avalanche médiatique qui nous attend en Thaïlande.

Lorsqu’il rentre à la maison ce mercredi, je suis obligée de vérifier l’heure sur ma montre. Il est anormalement tôt.

– Rassure-moi, tu n’es pas blessé ?

– Absolument pas, fait-il en marchant devant moi pour me montrer qu’il ne boite pas. En revanche, j’ai une bonne nouvelle.

– Raconte !

– Nous partons !

– En Thaïlande ? Déjà ? Je croyais qu’on restait en Australie pendant encore deux semaines.

– Je te rassure, nous restons bien en Australie.

– Mais alors ?

– Nous allons à Port Douglas !

C’est quoi, ça ? Et c’est où ?

Il me surprend en me soulevant comme une poupée de chiffon pour me faire tourner dans les airs.

– Port Douglas est une ville du nord de l’Australie, un véritable petit paradis situé en face du récif corallien. Je t’assure, tu vas adorer !

– Quoi ? Mais non. Il n’en est pas question. Ta mère a dit qu’il fallait que tu t’entraînes chaque jour, et je doute qu’il y ait des rings sur les récifs coralliens. À moins que tu ne souhaites te battre à mains nues contre un requin. Et même ça, je ne serais pas d’accord. Les squales ne sont pas les bêtes sanguinaires que l’on prétend.

– Adi…

– On ne peut pas partir comme ça. Il faut que tu…

– Adi !

Je sursaute en l’entendant élever la voix.

– Les « il faut » et « tu dois » n’ont jamais fait avancer quiconque, crois-moi. Je me suis battu comme un forcené pour être à la hauteur de cette compétition, pour honorer mes deux pays, et ne pas faire honte à mes origines. Mais je suis prêt… et il y a d’autres choses plus importantes dans la vie.

J’arque un sourcil perplexe. Le sport représente tout pour lui.

– Comme quoi ?

– Comme toi.

Mon souffle se coupe dans ma gorge.

– Comment ça, moi ? Je ne t’ai rien demandé.

– Je sais bien. Mais moi, j’ai envie de faire une petite parenthèse avec toi. Et tu avoueras que tu en as besoin.

– Je ne vois pas de quoi tu parles.

Je croise les bras dans une position défensive face à mon boxeur.

– Je parle des cauchemars qui te font crier chaque nuit. Je parle de ce qui se cache derrière ton sourire.

J’ignorais qu’il avait saisi ma détresse. Il est plus clairvoyant que je ne le pensais. Je n’ai plus le choix, je ne peux plus nier mon état émotionnel. Mais le minimiser reste une option.

– Ça va passer, lui assuré-je.

– Oui. Avec des vacances. Avec moi.

Je me mords les lèvres pour ne pas m’esclaffer. Plus coriace que lui, je ne vois que sa mère.

– Comme si je risquais de filer avec quelqu’un d’autre que toi.

– Ça veut dire que tu acceptes ?

Comment résister au sourire enthousiaste qui se forme sur son magnifique visage !

– Comme si tu me laissais le choix.

– Avec moi, tu auras toujours le choix, Adi. Je ne te forcerai pas la main. Jamais.

J’acquiesce, reconnaissante, et me hisse sur la pointe des pieds pour l’embrasser. Notre baiser devenant plus ardent, je me colle à lui sans cacher mon désir. Sam me repousse avec une grimace.

– Crois-moi, rejeter une fille aussi sexy que toi est plus difficile que de combattre Mike Tyson, mais si tu veux qu’on parte en vacances, il faut qu’on fasse nos valises maintenant.

Tandis que je rassemble mes affaires, Sam contacte son équipe. Tout le monde débarque en moins de quinze minutes. Normal, vu la taille de Kapiwaru. Son sac de voyage à la main, Samaï leur dit simplement qu’il part.

– Je pense que c’est une excellente idée, le félicite Kelly. Ça vous fera du bien à tous les deux de vous aérer l’esprit avant que la vraie compétition commence.

– Si vous ne partez que cinq jours, je suis d’accord, acquiesce Chuck, son coach au physique d’ours. Du moment que tu consacres quotidiennement deux heures au sport, ça me va.

– OK pour moi aussi, si tu ne fais pas d’excès, opine Lily.

La nutritionniste française est aussi adorable que compréhensive. Même si, je suis sûre, elle serait prête à l’égorger s’il faisait un écart calorique.

– Chouette. Tout le monde est d’accord.

– Non. Pas moi.

Je lève les yeux au ciel en entendant la rouquine.

Et c’est parti…

– Je ne sais pas ce que cette petite Espagnole t’a mis en tête, mais ce n’est pas comme ça que tu vas gagner cette compétition. Tu vas passer au pire pour un je-m’en-foutiste, au mieux pour un fou. Songe à l’image que tu donnes au monde !

– Et toi, songe à l’image que tu renvoies, réplique Sam en se plaçant bien en face d’elle. Ose parler encore une fois comme ça de ma copine et je te vire comme une malpropre. Sponsor ou pas. Pigé ?

Avec un hoquet piteux, la rouquine acquiesce.

– Pardonne-moi, je ne voulais que ton bonheur.

Elle lui offre un sourire désolé aussi faux que sa poitrine et ses lèvres refaites. Je pourrais l’étriper et faire du boudin avec ses tripes. Oui, carrément.

Alors que nous nous apprêtons à sortir, elle me retient par le bras, profitant du fait que Sam discute avec Seann et Kelly.

– Fais gaffe à toi, petite pute, siffle-t-elle.

Je pourrais paniquer. Demander la protection de mon homme. Je ne fais rien de tout ça. Je la regarde bien dans les yeux et ôte chacun de ses doigts qui encerclent mon avant-bras.

– Menace-moi encore, et tu ramasseras tes dents sur la moquette de luxe du palais du roi Rama X.

Nicole fait mine de se carapater, ce n’est qu’une façade. La lueur mauvaise dans ses yeux me dit qu’elle retentera de me déstabiliser par la suite. Et moi, je serai là pour la remettre à sa place chaque fois qu’elle recommencera.

J’estime avoir suffisamment vécu dans la peur, et ce n’est pas cette asperge en talons aiguille qui me fera courber l’échine. Ça non !

Alors que je m’attends à ce qu’on prenne sa voiture, nous nous dirigeons vers un quatre-quatre dont la couleur turquoise rappelle l’océan.

– Tu l’as loué pour le voyage ?

Je suis étonnée, je croyais que Sam tenait à son automobile.

– Non. Un pote de Port Douglas vient de l’acheter en ligne dans un garage d’ici. Alors on va lui ramener son véhicule.

– Et comment va-t-on revenir ? demandé-je en posant mes fesses sur le siège passager.

Il s’assied à côté de moi et me gratifie d’un sourire espiègle.

– Tu ne vas rien me dire, c’est ça ?

– C’est le principe du lâcher-prise, Adi.

Je râle. Il s’esclaffe. Je lui flanque un coup de coude, je me fais mal, et son rire redouble. Je maudis le kickboxing et les muscles de mon homme. Il se penche sur moi pour m’embrasser sous le regard de toute l’équipe, qui n’en perd pas une miette. J’en profite, parce que j’adore faire rager Nicole, et parce que j’aime encore plus les baisers de Sam. Lorsque nous nous séparons, nous sommes tous les deux haletants. Cette étincelle qui crépite entre nous sera-t-elle toujours aussi intense ?

– C’est parti !

Il démarre en faisant tousser le moteur. Je croise les doigts pour que ce tas de ferraille de la couleur de la mer tienne le coup jusqu’à Port Douglas ! Nous tournons le dos à Kapiwaru et je prie pour laisser mes ennuis derrière moi.

La clim tombe en panne au bout d’une heure. C’était prévisible, vu l’état de la carriole. Avec la chaleur qu’il fait, impossible de rouler les fenêtres fermées. Les cheveux dans le vent, nous poursuivons notre chemin en direction du nord. Près de mille deux cents kilomètres nous séparent de Port Douglas, et les routes ne sont pas forcément en bon état. Pourtant, je ne peux pas m’empêcher de sourire. L’enthousiasme du voyage. L’autoradio qui doit dater des années quatre-vingt dix diffuse de la musique de la même époque. Ça ne me dérange pas non plus, j’ai toujours trouvé que c’était une décennie fructueuse en matière musicale. Quand la voix de Bon Jovi envahit l’habitacle, je me penche précipitamment en avant pour changer de station. Forcément, le bouton de l’autoradio me reste dans la main.

– Satané tacot !

– Je croyais que tu aimais Bon Jovi.

– Oui, mais pas cette chanson.

Sans quitter la route des yeux, il se saisit du bouton et le remet à sa place. D’un mouvement des doigts, le sexy rockeur laisse place à une chanteuse que je ne connais pas. Un silence gêné s’installe entre nous. Je le romps en faisant quelque chose qui me surprend : dire la vérité.

– Au début, mon père se servait de cette chanson quand il nous battait, ma mère et moi. Il y a beaucoup de basses et la batterie est assez puissante, alors ça couvrait nos hurlements. Jusqu’à ce qu’on apprenne à ne plus crier.

Il ne dit rien, mais il se tourne brièvement vers moi pour marquer son soutien dans un simple regard. Sa main capture la mienne. De ma main libre, je reviens à l’ancienne station pour entendre les dernières notes de « It’s my life ».

– Il est temps que j’apprenne à vivre avec ça et que je laisse la merde derrière moi. Il m’a volé mon enfance. Il n’a pas le droit de me voler aussi cette chanson, qui n’est vraiment pas mauvaise.

– J’approuve entièrement, ma douce, affirme-t-il en déposant un baiser sur mes doigts.

Je souris à la vie, parce que j’ai le futur devant moi, et pour rien au monde je ne changerais l’instant présent !

Quand nos ventres font plus de bruit que la musique, nous quittons la route pour chercher notre pitance dans un village du nom prophétique de Good Food. Mensonges ! L’endroit ne compte qu’un seul restaurant – j’aurais plutôt appelé ça une gargote – qui ne sert que le plat du jour, du meat pie. Une sorte de chausson à la viande. Nous nous approchons du self où l’employée nous observe d’un sale œil. On se croirait au Texas.

– Qu’est-ce qu’il y a dedans ? demandé-je sans parvenir à masquer mon inquiétude.

– De la viande, explique la dame au chignon aussi gras que gris.

– Humaine, chuchote Samaï à mon oreille.

Je manque de tomber en lui flanquant un coup de genou dans la cuisse, puis me tourne à nouveau vers Mme aux-cheveux-rincés-à-l’huile-de-friture.

– Quel type de viande, s’il vous plaît ?

À la manière dont elle me lorgne, elle pourrait aussi bien dire « celle de notre dernier client qui date d’il y a trois mois » que ça ne m’étonnerait même pas.

– On a du bœuf, du poulet et du kangourou.

Rien que d’imaginer le pauvre Skippy enfermé dans un chausson, j’ai envie de pleurer. Je parviens à réprimer une grimace et souris à la vendeuse tant bien que mal.

– Du poulet, ça ira.

– Ah. On n’en a plus…

Achevez-moi !

Le déjeuner terminé, je surprends Sam en demandant à conduire.

– Ils ont ajouté de l’alcool à ton coca à ton insu ?

– Je t’assure que ça ne sentait pas le Cuba libre. En revanche, j’ai bien envie de retrouver ma liberté.

Il s’agit d’une longue route droite comme un spaghetti pas cuit, très peu fréquentée. Ça devrait me permettre de reprendre peu à peu confiance en moi.

– OK. Ce tas de ferraille est indestructible, de toute façon.

Ma montre bien en évidence pour ne pas confondre la gauche et la droite, je m’installe derrière le volant. Finalement, je roule durant deux heures sans provoquer d’incident. Mon handicap est réel. Une partie de mon cerveau a vraiment été endommagée. Cependant, je pense sincèrement que la peur dans laquelle j’ai baigné une bonne partie de ma vie me handicape tout autant que les suites de mon traumatisme crânien. La psychologie positive qu’enseignait Emilia disait que tout dépend de la vision que l’on a de soi. Il suffit qu’on améliore la perception qu’on a de sa personne pour que la situation change. Bien sûr, ce n’est pas en me répétant le mantra « j’en suis capable » que les séquelles de ce coup sur la tête disparaîtront comme par magie. On ne répare pas les synapses. Mais on répare les âmes brisées, et la mienne est sur le point d’être entièrement ressoudée. Qui sait quelle sera l’ampleur de mes capacités, demain ? Tout ça, cette confiance en moi que je suis en train d’acquérir, c’est grâce à Sam. Il croit en moi. Il n’y a aucune raison pour que je ne fasse pas pareil. Je ne suis pas plus idiote que les autres.

Ce n’est que lorsque la nuit tombe que nous décidons de mettre fin à notre périple, du moins pour aujourd’hui. Nous quittons la route au premier village qui se présente.

– Ça ne s’appelle pas « Sleep Well », c’est plutôt bon signe, prophétisé-je.

Tu parles !

– Eh bien, heureusement que tu n’as pas décidé de tout larguer pour faire fortune dans la voyance. Tu ferais faillite, me raille Sam.

Le seul hôtel du coin est un motel aux néons moribonds qui doivent dater des années soixante-dix. La chanson « Stayin’ Alive » flotte dans les airs chargés d’odeur de tabac froid de la réception. Je m’attends à voir une version jeune de John Travolta, mais c’est un adolescent à la peau cireuse et à la longue chevelure noire qui nous accueille d’un « hey » monocorde.

– Hey ! répliquons-nous à l’unisson.

C’est peut-être une façon de se saluer dans cette partie de l’Australie.

– Une chambre pour deux, c’est ça ?

– Excellente déduction, jeune homme, le félicite Sam.

– Il ne nous reste que des piaules single.

– Ce n’est pas grave, avec ma copine, on ne fait qu’un.

Je lève les yeux au ciel pour la forme, mais intérieurement, je jubile. L’ado dont les cheveux ont l’air plus longs et plus soyeux que les miens nous tend une clé crasseuse qui présage du mauvais état de la chambre.

– Bonne nuit. En cas de problème, n’hésitez pas à déclencher l’alarme incendie. Mais seulement en cas de vrai pépin, parce que je n’ai pas encore fini ma nuit.

Sam et moi échangeons un regard interloqué. Bienvenue dans la quatrième dimension !

– C’était quoi, ce type ? demandé-je en empruntant l’escalier. Un vampire ?

– Les jeunes d’aujourd’hui, je te jure !

– Tu parles comme un vieux.

– Possible. Mais, je t’assure que je ne baise pas comme…

– Samaï !

Je joue les offusquées, mais je suis morte de rire.

Enfin au troisième et dernier étage, nous parvenons à notre chambre. Ses murs sont jaunes. Il m’est impossible de déterminer s’il s’agit de la couleur d’origine ou s’ils ont été blancs un jour. Les rideaux beiges portent encore des traces de chocolat. Il y a un bureau, mais pas de chaise, et la télé doit être encore en noir et blanc, vu son âge. Quelqu’un a dû s’endormir sur le lit en fumant, puisque les draps présentent plusieurs trous avec des marques de brûlure. Quant à la couette, il n’y en a pas, ce qui est compréhensible vu qu’il règne une chaleur suffocante.

– On ouvre la fenêtre ?

Samaï a dû remarquer aussi l’odeur douteuse qui flotte dans cette piaule.

– La moustiquaire est déchirée, me lamenté-je. Il n’est pas question qu’on se retrouve avec les murs tapissés de bestioles.

– Ça ne risque pas. Les courants d’air ont tendance à les faire fuir.

Il ouvre la fenêtre, appuie sur un interrupteur et le ventilateur du plafond se met en route. Vu son état, j’ai peur qu’il nous tombe dessus. Mais c’est toujours mieux que de mourir de chaud.

– Tu crois qu’il va accélérer ?

– J’ai cessé de croire aux miracles quand j’ai surpris le père Noël avec une call-girl. Le mec déguisé en bonhomme rouge était mon voisin le plus proche, et cette histoire a mis fin à son mariage.

– Oh.

Nous regardons tourner les pales les plus lentes de l’univers, qui produisent un son assez proche de l’âne qui brait. Puis nous éclatons tous les deux de rire sans pouvoir nous arrêter. Oui, le chaos fait partie intégrante du voyage, et c’est ce qui rend les histoires mémorables !

Nous nous déshabillons en l’espace de quelques secondes et nous faisons l’amour sur le lit qui grince et menace de se casser. Nos gémissements meurent dans le bruit des pales et cette chambre miteuse accueille notre union la plus intense.

Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse ! Dans un palace comme dans un taudis, tout ce qui compte, c’est de dormir dans les bras de l’homme que j’aime. Parce que j’en ai l’entière certitude, maintenant. Ce que j’éprouve est bel et bien de l’amour.

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