Beautiful Fighter

Kristen Rivers · Chapitre 33 sur 40

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Beautiful Fighter

Chapitre 33

 

 

Lorsque j’ouvre les paupières, les iris dorés de mon amant sont déjà braqués sur moi.

– Tu me regardais dormir ?

– Absolument pas !

Sa bouche s’orne d’un sourire en coin joueur, comme s’il me provoquait. Et je fais semblant de mordre à l’hameçon en l’embrassant. Et en lui faisant l’amour paresseusement, comme il est bon de le faire après une nuit reposante.

Je m’habille d’un jean et d’un tee-shirt, presque fidèle à mes habitudes. J’ignore ce qui est prévu pour aujourd’hui, mais je n’ai pas envie de m’embarrasser avec des vêtements compliqués. La simplicité sera toujours ma meilleure alliée ! Mes longs cheveux bruns sont retenus en une queue-de-cheval qui tombe entre mes épaules. Je suis fin prête.

Après un petit déjeuner apporté par le personnel du palais, nous nous rendons ensemble au gymnase.

L’odeur de cuir, devenue familière, m’assaille les narines. Nous ne sommes pas les premiers arrivés sur les lieux. Chaque ring, décoré de drapeaux aux couleurs des nations invitées, est réservé à une équipe. Il y en a seize, en tout. Je reconnais plusieurs pays asiatiques, dont le Japon. La France et la Finlande représentent l’Europe. Les États-Unis sont également présents. Le seul pays hispanophone est le Venezuela. Je me promets d’aller saluer les combattants plus tard.

Notre groupe est déjà là. Kimberley vient de finir de masser Samaï, qui est prêt au combat. Assise un peu plus loin, Lily s’évertue à créer un menu pour la journée. Comme elle est occupée, je préfère ne pas la déranger. Seann, particulièrement motivé, aide aussi Sam à se préparer au combat après avoir procédé aux traditionnels étirements. J’ai beau avoir l’habitude de les voir se battre, je ne peux pas m’empêcher de trouver cette situation hautement érotique. Cette sensuelle bestialité, pourtant mêlée d’une certaine élégance, produit immanquablement un drôle d’effet sur moi. Pour chasser les images brûlantes qui assaillent mon esprit, je vais m’installer sur une chaise, ouvre mon sac à main et retire la liseuse que j’ai achetée avant de quitter l’Australie. Quand j’ouvre le premier roman, je me dis que je n’aurais pas dû choisir que des romances. Comment penser à autre chose, maintenant ?

J’ai à peine lu trois pages que quelqu’un vient s’asseoir à côté de moi. Vu la couleur rose flashy du legging de cette personne, je n’ai aucun mal à trouver son identité. Je prie pour que Nicole ne m’adresse pas la parole et tente de poursuivre ma lecture. Ce qui devient impossible quand je comprends qu’elle est en train de lire par-dessus mon épaule. Quel lecteur supporte une telle pratique ? Pas moi, en tout cas !

– Tu lis une histoire à l’eau de rose ? Je dois avouer que ça ne m’étonne pas de toi.

Je pousse un soupir en fermant ma liseuse. Cette condescendance à l’encontre des lecteurs de romance m’agace profondément.

– Il y en a qui respirent l’intelligence et d’autres qui sont en apnée définitive, lâché-je. Tu as prévu de devenir plongeuse professionnelle ? Si oui, je t’assure que tu y feras fortune.

– Pourquoi voudrais-je faire fortune par moi-même ? Mon père est plein aux as.

Bien entendu, elle n’a pas compris mon ironie. La subtilité lui est aussi familière que l’usage du déodorant à certains utilisateurs des transports en commun. Ciel, elle se remet à parler ! Je cherche un moyen d’échapper à cette peste. En voyant arriver Kelly, je souris, soulagée. La jolie blonde s’arrête devant moi, toute guillerette.

– Tu as bien dormi ?

– Phénoménalement bien. Ce palais est génial ! Et toi ?

– Très bien. Je me posais une question par rapport à ta formation.

– Je t’écoute.

– En tant que future psychologue, est-ce que tu aimes les cas bizarres avec des patients vraiment tordus ?

– Oui. Plus ils sont flippants, plus ils sont passionnants.

– Super. Dans ce cas, j’ai de quoi faire ton bonheur.

D’un mouvement de tête, je désigne Nicole, dont les mirettes bleues me foudroient.

– Je vous laisse, les filles. Je pense que vous avez plein de choses à vous dire.

Je m’en veux un peu de refiler Nicole à Kelly, mais mon amie saura se débrouiller pour s’en débarrasser. Après avoir adressé un signe à Sam, je me dirige vers le ring du Venezuela. Deux hommes métis sont en train de se battre, entourés de leur équipe. Sur un banc, une fille aux traits amérindiens me dédie un sourire avenant.

– Salut, tu es avec quel pays ? s’enquiert-elle en anglais.

– Mon copain combat pour l’Australie. J’imagine que le tien représente le Venezuela. C’est lequel des deux, ton chéri ?

Elle désigne celui qui porte un short rouge.

– C’est la première fois que mon pays est invité à ce tournoi. C’est un grand honneur pour nous.

– Dans ce cas, je te souhaite bonne chance. Je suis pour l’Australie, à cause de mon mec. Mais s’il ne gagne pas, alors j’espère que le Venezuela remportera la victoire, ne serait-ce que parce que nos pays sont frères.

Elle me jette un regard interloqué, se demandant sans doute le rapport entre l’Australie et le Venezuela.

– Je suis espagnole.

– Oh, super ! Je n’aurai pas besoin de m’épuiser à essayer de parler dans la langue de Shakespeare ! Au fait, je m’appelle Ana.

Je ris avec elle. Elle m’invite à m’asseoir à ses côtés pour qu’on fasse plus ample connaissance, ce que j’accepte avec plaisir. J’apprends qu’elle est également boxeuse professionnelle, ce qui me surprend, vu qu’elle est habillée avec beaucoup de féminité. Voilà de quoi renverser mes préjugés idiots.

– La boxe féminine n’est pas aussi connue que sa version masculine. Aux yeux de nombreux hommes, deux femmes qui se battent, ça relève plus du porno que d’un véritable sport, se lamente-t-elle.

– Vous luttez non seulement contre vos adversaires sur le ring, mais aussi contre la société, d’une certaine manière.

– Surtout contre la société, approuve-t-elle. À nous de mettre fin aux idées reçues.

Plus je la découvre et plus je l’apprécie. Alors que nous sommes en pleine conversation, une employée vient à notre rencontre.

– Bonjour ! Nous organisons une visite du palais royal, ce matin. Elle sera suivie d’un tour de Bangkok, pour ceux qui le souhaitent. Aimeriez-vous vous joindre à nous ?

Nous nous empressons d’accepter toutes les deux. Ça sera toujours plus sympathique que de rester assises sur un banc à regarder les hommes se battre.

– Je vais prévenir mon copain et je reviens.

Quand j’arrive auprès de Samaï, il est en plein combat contre Seann. Je n’ai pas envie de l’interrompre, et le départ de la visite n’a lieu que dans trente minutes. J’ai le temps de l’attendre. Du regard, je cherche les autres membres de l’équipe. Kimberley devait partir se procurer je ne sais quelle huile de massage. Lily est sur le départ, elle doit s’entretenir avec l’un des cuisiniers du palais. Quant à Kelly, elle est aux abonnés absents. J’imagine qu’elle a fui la peste, et je ne peux lui en vouloir.

– Je ne sais pas si tu trouves normal de faire ami-ami avec les autres équipes, mais chez nous, on appelle ça de la traîtrise.

Je ne me fatigue pas à répondre à la pique de Nicole et accueille d’un sourire Sam qui descend du ring. Nous nous embrassons langoureusement, ce qui, j’espère, servira de leçon à la cheffe des garces.

– Un tour du palais et de Bangkok vient d’être proposé aux accompagnateurs. Ça va peut-être me prendre la journée, mais j’ai super envie d’y participer.

Sam acquiesce.

– Super. Tu me raconteras ce soir ?

– Avec plaisir. J’ai déjà hâte de te retrouver.

Il m’attire à lui et je me colle contre son torse chaud. Il n’y a pas de meilleur endroit dans le monde ! À côté de nous, Nicole soupire. Je fais celle qui n’a rien entendu, embrasse mon homme une dernière fois, et retourne dans nos appartements afin de récupérer quelques bricoles après être passée en coup de vent chez Nitty, qui ne peut pas m’accompagner. J’arrive juste à temps pour la visite.

Le tour du palais nous prend déjà trois bonnes heures, ce qui nous amène à l’heure du déjeuner. Ensuite, nous montons à bord d’un bus qui nous emmène à Bangkok. La première chose que nous visitons, c’est le temple Wat Pho, qui recèle un imposant Bouddha couché de quinze mètres de haut sur quarante-six de long. Un véritable géant entièrement recouvert d’or ! Après cela, nous traversons la rivière Chao Phraya pour grimper au sommet du Wat Arun, surnommé le temple de l’Aube. De là, nous pouvons admirer le coucher du soleil sur la magnifique ville de Bangkok. Ce mélange de tradition et de modernité me laisse totalement sous le charme, et je regrette de ne pas avoir eu le temps d’en voir plus. Sur le chemin du retour, notre guide saisit le micro et se place dans le couloir du bus.

– Bangkok ne serait pas Bangkok sans sa circulation chaotique, lance-t-elle.

Je souris, parce qu’elle a raison. Je suis habituée au trafic espagnol, ce qui n’est déjà pas une mince affaire. Mais ici, en Thaïlande, c’est encore pire. Quand je regarde par la fenêtre de l’autocar, j’aperçois une famille de cinq personnes à bord d’une mobylette. Un peu plus loin, quelques braves habitants essaient de traverser la route. Les voitures se doublent entre elles. Par la droite, par la gauche, peu importe. Étonnamment, on n’entend pas de klaxons, seul élément calme dans ce joyeux bazar que sont les routes thaïlandaises.

– C’est pourquoi, poursuit notre guide, une autre visite est programmée pour demain pour les courageux qui souhaiteraient se joindre à nous.

Ana et moi échangeons un regard complice.

Effectivement, le lendemain, à peine notre petit-déjeuner ingurgité, nous nous retrouvons, prêtes à partir à la découverte de Bangkok. Au final, nous errons dans un centre commercial géant, qui nous fait croire que nous sommes en occident.

Mais ce qui attire nos regards, ce sont les fragments de vie que nous pouvons apercevoir depuis notre bus climatisé. Cette vieille dame qui arrive à peine à marcher avec sa canne en bambou. Cette famille qui dort sur un carton posé sur le trottoir, imperturbable face au vacarme du trafic qui sévit autour d’elle.

Le soir, nous rentrons au palais avec l’impression de ne pas avoir saisi l’âme de Bangkok.

Pour le premier jour de compétition, nous restons avec nos conjoints afin de les soutenir. Coup de chance, ils ne s’affrontent pas. Sam doit combattre les États-Unis. Comme il est particulièrement angoissé, je mets tout en œuvre pour lui changer les idées. Massages, câlins, petites blagues pour le détendre et, surtout, je lui montre que j’ai confiance en lui. Je sais qu’il est capable de remporter ce combat. Et si jamais il n’en sort pas victorieux, j’aimerais qu’il sache que ce n’est pas grave. Nelson Mandela a dit un jour « je ne perds jamais. Soit je gagne, soit j’apprends ». Cette maxime m’a marquée, parce qu’elle est criante de vérité.

Nous nous séparons une heure avant le combat, qui est retransmis à la télé. Il n’a pas lieu au sein du palais, mais dans un stade situé non loin. Il y a des caméras partout, et tous les regards de la Thaïlande sont tournés vers mon homme lorsqu’il fait son apparition sur le ring. La tenue traditionnelle de la boxe thaïe fait ressortir ses traits asiatiques, le rendant encore plus attrayant. J’ai la chance d’être assise dans la tribune d’honneur, non loin du Roi, ce qui me rend visible pour lui. Installée à mes côtés, Kelly me serre la main. Kimberley et Lily m’adressent un sourire auquel je réponds.

Mon cœur saigne quand mon amant reçoit le premier coup de pied au visage, mais il ne se laisse pas abattre pour autant. Ses mouvements sont rapides, ordonnés, agiles. Il est complètement sous contrôle, et c’est un véritable régal de le voir combattre. Le commentateur le surnomme le Tigre, ce qui ne m’étonne pas, parce qu’il a la grâce d’un félin. Quant au pauvre Américain, il va pouvoir rentrer mais bredouille, puisque les matchs sont éliminatoires.

Après le combat, Sam a tout juste le temps de prendre une douche avant de nous rejoindre dans une salle où se tient une réception donnée en l’honneur du vainqueur. Dès que je le vois, je l’attire contre moi pour l’embrasser. C’est ma façon à moi de le féliciter d’avoir gagné. Il m’attire contre lui et notre baiser s’enhardit. Cet homme me rend folle, ma parole ! Les flashs crépitent et nous nous séparons à regret sous les applaudissements de nos amis. Enfin, quand je dis que nous nous séparons, c’est que nous cessons de nous embrasser. Sa main reste au creux de mes reins. Ses doigts descendant dangereusement vers mes fesses m’arrachent un frisson. Quant à moi, je passe un bras possessif autour de sa taille pour bien montrer à toutes les filles présentes dans cette pièce que cet homme est à moi. Sam a éveillé la femme des cavernes qui sommeillait en moi, et je ne peux rien faire pour lutter contre cet état de fait. Pas plus que je ne peux résister au magnétisme que le boxeur exerce sur moi. Nous sommes comme deux aimants qui s’attirent, incapables de rester loin l’un de l’autre.

Seule la présence de Nicole vient assombrir le tableau que nous formons tous les deux.

– Sammy ? J’espère que tu n’as pas oublié l’interview.

– Non, non, pas du tout.

Je souris, parce que contrairement à son ex, je suis capable de déterminer quand il ment. Je suis sur le point de sortir les griffes quand elle se hisse sur la pointe des pieds pour arranger le costume de Sam, qui n’en a aucunement besoin. Si je reste calme, c’est uniquement parce qu’il n’a pas besoin d’un scandale.

– Tu es prêt ?

Elle lui adresse un sourire mielleux qui me donne envie de lui casser les dents.

– Oui, allons-y.

Disant cela, il m’attire à lui et commence à marcher.

– Attends, qu’est-ce que tu fais ? Tu me prends avec toi ?

Il plante son regard dans le mien.

– Tu fais partie de ma vie. Il est normal que les autres veuillent en savoir plus sur nous. Tu peux refuser de venir, cela dit.

Je n’aime pas particulièrement les interviews, mais Sam a besoin de moi.

– OK. Je viens avec toi.

Le fait que Nicole ne trouve rien à y redire me met la puce à l’oreille, mais il est trop tard pour faire machine arrière. Nous sommes invités à rejoindre une petite salle, dans laquelle nous prenons place sur un canapé rouge. Samaï, assis entre Nicole et moi, s’empare de ma main pour y déposer un baiser quand la journaliste fait son entrée. Elle nous adresse un sourire aimable qui me rassure et s’assied devant nous en attendant le cameraman.

L’interview commence par des questions autour de la boxe et du tournoi, ce qui m’aide à me détendre. Samaï répond avec grâce et humour, charmeur comme à son habitude. Il est vraiment fait pour ce métier, à n’en point douter. Quand on l’entend parler de boxe, sa passion ne peut que séduire son auditoire.

– Et donc, vous êtes venu avec votre copine. C’est du sérieux entre vous ?

Sam et moi nous observons pendant quelques secondes. Il m’offre son sourire en coin, celui qui me fait craquer.

– Absolument, répond-il.

Nous nous prêtons au jeu des questions-réponses au sujet de notre idylle. À ma grande surprise, je me débrouille plutôt bien. Jusqu’à ce que Nicole intervienne…

– Néanmoins, leur histoire naissante n’est pas la seule raison qui a poussé Adriana à suivre Samaï, précise-t-elle. En effet, l’ex-petit ami de Mlle Aguilar a été emprisonné pour violences conjugales. Mais il se pourrait qu’il sorte prochainement de prison, ce qui a obligé l’actuelle conquête de M. Parker à fuir en Thaïlande. La gentillesse de mon ami boxeur n’est plus à prouver, comme sa tendance à faire preuve de compassion envers ceux qui ont désespérément besoin de lui.

La journaliste reste comme deux ronds de flan, sans trop savoir comment réagir. Ce déballage était totalement inutile. Quant à moi, je me sens blêmir en même temps qu’une couche de sueur froide vient recouvrir l’ensemble de mon front. Je serre les poings pour éviter de les coller dans la gueule de ma rivale, ravale mes larmes et affiche un sourire de façade. Elle s’attend probablement à ce que je fasse un scandale, mais je ne vais pas lui offrir le spectacle dont elle rêve. Dignement, j’attends que l’interview s’achève. Durant d’interminables minutes, je me bats contre moi-même pour ne pas craquer, mais je finis gagnante. La journaliste me lance un regard compatissant lorsqu’elle me serre la main avant de prendre congé. J’ai honte, tellement honte ! Je déteste cette pitié que je lis dans ses yeux.

Je dois presque courir pour suivre Sam à travers la grande salle de réception, mais ça m’arrange, parce que j’ai besoin de bouger.

– On rentre, décrète-t-il lorsqu’il retrouve son équipe.

Nous nous serrons dans le minibus affrété par le Roi. Une fois arrivés au palais, je veux rejoindre ma chambre pour éviter de faire un esclandre en public, mais je suis interrompue par quelqu’un qui s’accroche à mon bras, juste au moment où nous entrons dans un hall désert. Quand je me tourne, je découvre qu’il s’agit de Nicole. Elle retrousse les lèvres dans une moue faussement contrite. Une chance pour elle qu’elle n’ait jamais essayé de devenir actrice, elle aurait fait faillite. Sam la met directement en garde.

– Nicole, lâche-la.

– Attends, je voulais juste m’excuser.

Je me défais de sa prise. Je refuse d’être touchée par cette ordure.

– On verra ça demain, Nicole. Calmement. Tu as été trop loin, la prévient Sam. Et je crains que tu n’aies plus ta place au sein de notre équipe.

– Tu me vires ? Mais, je pensais bien faire !

Je ferme les yeux. Elle ment comme elle respire. Il ne va tout de même pas gober ces âneries ?

– Je voulais te présenter comme un héros, c’est bon pour ta pub. Et puis, ce n’est pas un mensonge. Tu as toujours été du genre à recueillir les chats errants, les koalas orphelins, les femmes battues…

La colère que j’essayais de contenir éclate comme une bulle et je vois rouge. Je ne contrôle plus rien quand mon bras part en avant. Mon poing percute quelque chose, et au craquement sonore qui suit, j’en conclus qu’il s’agit d’un nez. Celui de mon ennemie. Bien fait pour elle, mais ce n’est pas suffisant. Je l’agrippe par le col de sa robe et la plaque violemment contre le mur. Son visage est en sang et elle tremble comme une feuille, mais je ne suis plus en mesure de m’apitoyer sur elle. Mon pouls bat si fort dans mes tempes que je n’entends plus rien. Ça tombe bien, parce que je n’ai aucune envie qu’on me parle.

– Mon passé n’appartient qu’à moi, tu piges, connasse ?

Je plie le bras, prête à abattre mon poing sur sa face encore et encore, jusqu’à ce que son visage de poupée ne ressemble plus à rien. Ce n’est que lorsque mon amant me sépare brusquement d’elle que je prends conscience de ce que j’aurais pu lui faire.

– Arrête ! hurle-t-il.

Honteuse, je relâche ma victime, même si la colère bout encore dans mes veines.

– Viens, Adi.

Kelly m’entraîne à l’écart, jusqu’à la maison que j’occupe avec Samaï. Je rentre avec elle. Lui, il est resté auprès de Nicole, ce qui ne fait qu’encourager ma haine à son égard.

– Quelle pouffiasse !

– Je suis d’accord avec toi, réplique mon amie. Mais tu pourrais peut-être commencer par prendre une douche pour te détendre.

J’accède à sa requête. Lorsque je quitte la salle de bains, enveloppée dans un peignoir, je lui raconte ce qui m’a motivée à agresser la rouquine. Elle, qui ne connaissait rien de mon passé, réagit à la fois comme une amie compatissante et comme une clinicienne, qui sait trouver les mots pour me guider.

– Je comprends ta réaction. Elle n’aurait pas dû te pousser à bout en t’humiliant. Et toi, tu as encore un long parcours à faire avant de réussir à maîtriser complètement ta colère, mais tu sais quoi ? Tu as déjà accompli le plus dur en acceptant ce fait.

Nous discutons encore un peu jusqu’à ce que Sam rentre. Et à voir la tête qu’il fait, il m’en veut, ce qui n’est pas étonnant.

– Ça va aller ?

Je rassure Kelly pour qu’elle puisse filer. La future psy doit être épuisée, les journées sont longues pour tout le monde.

Je me lève pour avancer vers Sam, qui n’a toujours pas desserré les dents. J’ouvre les hostilités.

– Elle ne peut plus me parler comme ça. Il faut qu’elle se calme.

– Non. Toi, il faut que tu te calmes !

Ma bouche s’ouvre en grand sous l’effet de la surprise. Je ne m’attendais pas vraiment à ce qu’il exprime de la joie parce que j’ai cassé la figure de son ex, mais de là à rejeter la faute sur moi, il y a un monde. Je reconnais que j’ai eu tort, mais je ne suis pas la seule fautive dans cette histoire. Il n’est pas question que je rampe pour demander pardon. Nous nous observons longuement, nous toisant avec colère. Enfin, son regard laisse place à autre chose. Des regrets ?

– Adi, tu n’as pas idée de tous les sacrifices que j’ai accomplis pour arriver jusqu’ici, pour mener ce combat. Nicole s’est débrouillée pour que l’agression dont elle a été victime se déroule sous une caméra de surveillance. Et elle m’a affirmé qu’elle était prête à nous faire du chantage pour garder son poste. Cette vidéo pourrait sonner le glas pour moi, parce que le Roi a horreur des scandales. Je ne veux pas rentrer en Australie sans le trophée.

– Et toi ? As-tu une idée de la lutte que j’ai menée, rien que pour avoir le droit de vivre ? Moi, je ne veux pas rentrer en Espagne dans un cercueil.

Ma réponse cinglante a le don de le calmer.

– Tu ne finiras pas dans un cercueil, Adi. Pour la simple et bonne raison que je suis prêt à mourir pour te protéger.

Je bats des cils, décontenancée. Son visage est un mélange de colère et de sincérité. Il pense réellement ce qu’il dit !

– Même si tu sais te protéger toute seule, d’après ce que j’ai vu, ajoute-t-il avec son sourire en coin de séducteur.

Je me détends un peu.

– Quant à ton combat, Adi, je suis prêt à le mener avec toi. Parce que se battre pour ta survie, c’est la lutte la plus honorable qui soit.

Je ne résiste pas quand il m’attire à lui. Je vais même plus loin en me hissant sur la pointe des pieds pour passer mes bras autour de ses épaules.

– Je suis désolée de m’être emportée. Elle m’a poussée à bout et je n’ai pas su garder mon calme.

– Tu es passionnée. C’est aussi pour ça que je… je…

– Tu ?

Ses lèvres parlent pour lui quand il m’embrasse. Ses mains disent à ma peau nue ce que sa bouche ne peut formuler. Et nous faisons l’amour, à défaut de le dire. Les actes ne valent-ils pas mieux que des paroles, après tout ?

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