Beautiful Fighter

Kristen Rivers · Chapitre 27 sur 40

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Beautiful Fighter

Chapitre 27

 

C’est en fin d’après-midi que nous atteignons notre destination finale. Et quelle destination, Seigneur ! Une fois de plus, comment décrire ce que je vois ?

Pour commencer, c’est une île. Petite, probablement. En son centre, la jungle émeraude est si dense que je me demande si un humain s’y est déjà aventuré. Toute cette verdure est entourée d’un sable si immaculé que la lumière du soleil semble danser sur cette plage. C’est sur ce rivage divin que viennent mourir les vagues du turquoise le plus pur au monde.

– Oh mon Dieu.

– Merci, mais Sam, ça suffira.

Je me tourne pour cueillir son sourire insolent.

– Tu ne vas tout de même pas me ressortir ton « et tu n’as encore rien vu », tout de même !

– Tu lis dans mes pensées, maintenant ?

Il doit blaguer. Ce n’est pas possible. Nous attachons nos amarres au petit embarcadère. Mes jambes tremblent d’appréhension quand je pose les pieds sur le ponton. Sam y balance nos affaires sans ménagement.

– Espèce de brute !

– D’habitude, tu aimes ça, quand je suis passionné.

Je ne réponds rien. Pas parce que je n’ai rien à dire, mais parce que le bonheur que j’éprouve en cet instant précis est si intense que mes pensées perdent toute cohérence.

– Allez, suis-moi.

– On va dormir à la belle étoile ? Tu as pensé à amener une tente ? Et du produit antimoustiques ?

Il veut me foudroyer du regard, mais parvient seulement à poser sur moi son regard rieur. J’ai envie de le taquiner encore, juste pour la forme, parce que j’adore le voir râler quand il estime que je suis trop curieuse.

– C’est… c’est là qu’on va dormir ?

– Perspicace, avec tout ça.

Expert en kickboxing ou pas, j’aimerais lui donner le coup de pied qu’il mérite pour sa raillerie, mais mes guibolles ont décidé de ne plus m’obéir.

La maison qui nous accueille n’est pas immense, mais les pilotis qui la surélèvent au-dessus de l’océan lui confèrent plus de charme que le plus prestigieux des palaces. Devant elle, l’horizon bleu est synonyme de liberté. Derrière elle, la jungle émeraude est un appel à l’aventure.

Lorsque je daigne enfin reporter mon attention sur mon homme, il arbore une expression teintée de timidité qui me retourne tout entière.

– Tu es déçue ? Ce n’est pas bien grand, mais…

– Déçue ? Comment le pourrais-je ? Tu m’offres le paradis, Sam.

– Le paradis, c’est toi et moi, ici et maintenant.

Il a raison à cent pour cent. Le paradis, ce n’est pas un endroit. C’est cette émotion exubérante que l’on peut ressentir à un moment de sa vie. Et quand on a la chance de tomber sur ce moment aussi exceptionnel que magique, on dit que ça dure éternellement.

Effectivement, la maison n’a rien de luxueux. Sa spécificité réside ailleurs. Dans le charme unique qui se dégage de chaque atome qui la compose.

– Je te fais visiter ?

Si les murs, le toit et les pilotis sont en bois, le sol de la chambre et du salon, lui, est en verre, nous offrant une vue imprenable sur les fonds marins. Nos bagages sont dans la pièce principale, preuve que Sam a pensé à tout en embauchant quelqu’un pour les déposer là. Une moustiquaire recouvre notre lit, comme un lit à baldaquin. Incapable de me retenir, je me jette dessus.

– Tu as raison. Repose-toi un peu.

Bercée par le ressac, je finis par sombrer. Samaï me réveille après une sieste de deux heures. Une délicieuse odeur de viande se mêle au parfum iodé de l’océan. La nuit est en train de tomber.

– Désolé de t’avoir réveillée, mais je me suis dit que tu devais avoir faim.

Maintenant qu’il en parle, le casse-croûte que nous avons ingurgité à midi ne m’a pas suffi. Mon amant m’aide à me relever, m’embrasse sur le front, puis m’entraîne à sa suite. Un barbecue a été allumé sur le balcon, sur lequel de la viande est en train de finir de cuire.

– Comment t’es-tu procuré ça ?

– Oh, j’ai trouvé un arc derrière le canapé du salon. Je me suis posté à la fenêtre de notre chambre, pendant que tu dormais. Comme tes ronflements attiraient les animaux curieux, je n’ai pas eu à patienter longtemps avant de pouvoir planter ma flèche dans une jolie maman kangourou. Mais ne t’en fais pas, je ne te forcerai pas à manger le bébé !

Pas dupe, je croise les bras et lui tire la langue.

Il rit si fort qu’il est obligé de se tenir les côtes.

– C’est du porc, Adi. Le mec que j’ai payé pour amener les bagages était aussi chargé de remplir notre frigo.

Quant à moi, je fouille tout le mobilier pour mettre la main sur les verres, les assiettes et les couverts. Je trouve même des bougies à la citronnelle. Elles ne suffiront certainement pas à faire fuir les insectes australiens, nettement plus coriaces que leurs cousins européens, mais elles ajoutent une touche magique qui me plaît bien.

Notre repas se déroule sous le signe de la complicité. Nous flirtons un peu. Nous rions, parfois. Et nos cœurs s’envolent, souvent.

Nos ventres enfin pleins, nous prenons la direction de la plage.

– Ils ont même pensé à installer un hamac double entre deux cocotiers !

– Ouais. Tu veux l’essayer ?

J’acquiesce avec conviction. Après quelques efforts, nous parvenons à nous allonger sur le tissu multicolore. Note à moi-même : ne jamais sous-estimer la difficulté de l’art de se coucher avec grâce sur un hamac. J’ai failli tomber deux fois, et lui, il s’est étalé sur le sable comme une belle crêpe !

Au-dessus de nous, les étoiles et la lune forment le toit le plus beau que l’on puisse avoir sur la tête. Il y en a tellement que mes yeux ne savent plus vers quelle direction se tourner.

– Merci, Sam.

– Merci pour quoi ?

– Merci pour tout. Je n’aurais jamais pensé vivre un instant tel que celui-ci. Aussi incroyable que cela puisse paraître, tout est… parfait. Ce lieu est…

Je n’arrive pas à trouver de mots assez puissants pour exprimer ce que je ressens. Samaï se hisse sur son coude pour planter ses iris d’ambre dans les miens. La lumière provenant de la maison est juste assez forte pour que je puisse contempler les traits de son visage. Ce mélange réussi de l’Orient et de l’Occident qui propulse mon âme vers l’infini.

– Tu sais quoi ? Je suis déjà venu ici.

Seul ou accompagné ? J’essaie d’endiguer le sentiment de jalousie qui compresse mon palpitant dans ma poitrine. Je lui jette un regard noir qui le fait sourire. Il a raison d’être heureux puisque j’ai réussi à me retenir de lui sauter à la gorge.

– Et je n’ai jamais senti cet enchantement qui t’a envahie aujourd’hui. Ce sentiment particulier que ce que tu vis est unique. Jamais, jusqu’à aujourd’hui, poursuit-il. J’en conclus qu’il fallait que tu sois là pour que la magie opère. Tu es l’élément qui manquait à ma vie pour qu’elle vaille la peine d’être vécue.

Boom. C’est le bruit que fait mon palpitant lorsqu’il se cogne comme un fou aux parois de ma cage thoracique.

J’aimerais trouver les paroles adéquates pour répondre à ce qu’il vient de me dire. Il n’a pas prononcé les trois mots que je rêverais d’entendre, mais le message qu’il a voulu me faire passer est autrement plus puissant. Alors, je réplique de la manière la plus convaincante qui soit. Avec mon corps. Avec mon cœur. Avec mon âme. Cette fois, c’est à moi de prendre l’initiative. Mes lèvres s’écrasent sur les siennes avec la force des vagues qui viennent mourir sur la plage. Mais moi, je ne me suis jamais sentie aussi vivante qu’à cet instant précis. Sa bouche a un goût d’iode et de liberté, la saveur la plus douce qui soit.

J’ignore comment, mais je me débrouille pour me coucher sur lui dans ce hamac qui bouge comme un diable. Je soulève l’ourlet de son tee-shirt et il se redresse pour m’aider à le lui enlever. Se dénuder mutuellement sur un hamac est un sport de combat qui mérite sa place aux Jeux olympiques, mais nous y parvenons. Nos rires meurent quand nos peaux se touchent. Sa solidité contre ma douceur. Nos forces et nos vulnérabilités réunies. Chaque cellule de mon corps prend vie à son contact. Chacun se bat pour être celui qui sera dessus, et nous menons le plus érotique des combats. Son sexe contre mon ventre, ma fente sur la hanche, ses doigts dans mon intimité, sa bouche sur mes seins. Partout et nulle part à la fois.

– Préservatif ?

– Dans la poche de mon jean.

Nous nous battons pour être celui qui prendra le vêtement en premier, et nous manquons de tomber tous les deux. Il gagne cette manche en s’emparant de la précieuse protection en latex, mais je remporte la victoire en m’empalant sur lui.

Le ressenti dans cette position est si intense que le plaisir monte à une vitesse hallucinante. À moins que ce ne soit lié à la magie des lieux, je ne saurais le dire avec certitude. Mes mouvements sont rapides, efficaces, guidés et non bridés par ses mains sur mes hanches. Mes seins sont secoués de haut en bas dans cette danse sensuelle, et quand les doigts agiles de Sam viennent les pincer, tout mon univers explose. Dans ce paradis, toute retenue est inutile. Je hurle son nom sans avoir peur d’effrayer les perroquets. Samaï jouit à son tour, juste avant que mon orgasme prenne fin.

Quand je reprends mes esprits, blottie dans ses bras, quelque chose attire mon regard sur la plage.

– Je rêve, ou l’océan s’est mis à scintiller ?

En effet, d’étranges lueurs bleutées illuminent la surface de l’eau, près du rivage.

– C’est le plancton, un organisme bioluminescent qui brille lorsqu’il est stimulé. La présence d’un gros poisson, ou quelques pas sur le sable, et tout ce petit microcosme devient lumière.

– Je présume que l’ouragan orgasmique qui vient de secouer cette plage ne les a pas laissés indifférents, ponctué-je.

Puis, j’autorise mon âme à se perdre dans ce paradis bleu.

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