Beautiful Fighter
Chapitre 37
Nous y sommes. La finale vient juste de se terminer, et alors que la salle est en liesse, mon cœur n’a jamais autant saigné. Mon âme, elle, est à l’agonie.
Pourtant, je m’efforce de sourire à Sam lorsque le Roi en personne lui remet son trophée. En mériterai-je un moi aussi pour le rôle que je m’apprête à jouer ?
Alors que mon futur mari disparaît dans les vestiaires, j’obtiens l’autorisation de le suivre. Et lorsque je le vois sous la douche, je ne peux pas résister à la tentation. Personne n’en saura jamais rien, de toute façon. Sous son regard ardent, je me dévêtis. Lentement, je m’avance vers lui d’une démarche féline. Les gouttes d’eau chaude se confondent avec mes larmes quand je l’embrasse avec passion. Mes mains parcourent son corps, mémorisant chaque muscle qui roule sous mes doigts. Les siennes me caressent avec l’innocence d’un ange et la passion d’un démon. J’ai été battue. J’ai été humiliée. Mais aucun homme ne m’a fait aussi mal que Sam, simplement en m’aimant.
Je t’aime, répété-je pour moi-même pendant qu’il me pénètre contre le carrelage bleu de ce lieu anonyme. Je t’aime.
Mes doigts tremblent quand je me rhabille. Comment vais-je trouver les bons mots pour lui briser le cœur ?
– On va se marier, Adi !
Il vient de me servir la phrase que j’attendais. J’adopte mon masque le plus froid. Lever de rideaux !
– Justement, je voulais te parler de ça.
– Tu veux savoir si la cérémonie se tiendra en Australie ou en Espagne ? Pourquoi choisir ? On peut en faire deux, une religieuse et une civile.
– Sam… tu ne penses pas que c’est un peu précipité, tout ça ?
Ma phrase le blesse comme un uppercut. Je le vois à ses larges épaules qui s’affaissent et à la stupéfaction qui brille dans ses yeux.
– On peut remettre la fête à plus tard. Rien ne presse, tant que tu m’aimes.
Ses mains viennent encadrer mon visage. C’est un vrai calvaire de me dégager de sa prise.
– Non ! C’est l’ensemble qui est précipité. Je… je ne veux plus me marier. Le mariage est une prison. C’est ce qui a tué ma mère. Je ne finirai pas comme elle.
– Mais Adi, je ne te ferai jamais de mal !
Si, tu es train de le faire en cet instant précis sans même t’en rendre compte.
Ses poings habitués à frapper agrippent mes bras. C’est l’électrochoc qui déclenche ma colère.
– Lâche-moi ! Tu te rends compte que tu m’emprisonnes, là ?
Comme il ne réagit pas, je me débats et me libère par un mouvement qu’il m’a appris, ce qui lui fait pousser un hoquet de surprise.
– On avait un accord, tu t’en souviens ? On n’a pas le droit de remettre en question la décision de celui qui nous quitte.
Parce que si tu continues de me crier ton amour, mon amie mourra par ma faute.
– Adi… Je t’aime.
– Moi aussi, je t’aime, mais ce n’est pas une raison pour qu’on reste ensemble.
Ma voix tremble. Il est temps que je m’en aille.
– Avec le temps, tu te rendras compte que tu mérites une fille meilleure que moi. Moins abîmée. Moins écorchée.
Il va protester, mais je m’enfuis.
***
Rompre avec Sam a été de loin la chose la plus difficile que j’aie eue à accomplir de toute ma vie. Mais pour protéger les personnes que j’aime le plus au monde, je suis prête à payer le prix qu’il faudra, dussé-je en souffrir jusqu’à ma mort.
Le simple fait de respirer me fait mal. Je dois faire appel à toutes mes forces pour mettre un pied devant l’autre et rester debout coûte que coûte.
Je retrouve Adolfo dans le temple du Bouddha d’émeraude. Bouddha en personne ne peut plus rien pour moi.
– Tu as été suivie ?
Je fais signe que non.
Comme un moine passe près de nous, nous nous séparons. J’adresse un wai, le salut thaïlandais, au religieux, ce qui me permet de baisser la tête et de cacher mon visage, au cas où quelqu’un viendrait à me reconnaître. Dès que nous nous retrouvons seuls, Adolfo m’entraîne vers une pièce à l’écart. Il ouvre une armoire et en retire un habit de nonne bouddhiste.
– Enfile ça.
Il me jette la longue robe au visage.
– Plus vite !
Pour appuyer son injonction, il me bouscule en avant. Mon front percute le mur de plein fouet. Un filet de sang s’écoule sur mon visage. Ce crétin m’a ouvert l’arcade sourcilière.
– Déshabille-toi.
– Je le ferai quand tu sortiras de cette chambre, lancé-je en retrouvant un soupçon de courage.
Une gifle monumentale s’abat sur ma joue et ma tête percute le mur.
– Tu n’as aucun ordre à me donner, petite pétasse.
J’inspire profondément en vue de me calmer. Je retire ma robe, ce qui me laisse en sous-vêtements. Entendant un bruit familier, je me retourne pour voir mon ex déboutonner sa braguette et sortir son sexe rachitique.
– Je n’ai pas baisé depuis que je suis allé en taule, alors avant qu’on rentre en Espagne, je vais te niquer comme la grosse salope que tu es.
– Va te faire foutre !
Très vite, ses mains se referment sur mon cou et il me pousse en arrière jusqu’à ce que mon crâne percute le mur.
– Avec ou sans ton accord, je vais me soulager en toi.
Je lui crache dessus, ce que je regrette aussitôt. Mon but n’est pas de mettre en colère cet homme redoutable. Pas seulement parce qu’il a assis son autorité par la violence au cours de ces dernières années, mais parce qu’il détient la vie de ma meilleure amie entre ses mains.
– Choisis bien, belle Adi, ou ta copine finira comme ta mère. Avec une balle dans la tête, tirée à bout portant, alors qu’elle essayait de s’enfuir.
À ces mots, je sursaute.
– Comment tu le sais, ça ?
Les journalistes ne se sont pas étendus sur le sujet, et je n’ai jamais parlé de la manière dont maman a été assassinée à mon bourreau. Comme tout le monde autour de moi, il sait qu’elle est décédée, mais ignore comment.
– Comment crois-tu que ton père s’est procuré son arme ?
Il resserre sa prise en riant comme un dingue jusqu’à ce que l’air ne passe plus. Il ne se doute pas une seconde qu’il vient de m’offrir la force nécessaire pour le battre à tout jamais.
Je rejette la tête en arrière avant de la lancer en avant aussi fort que je le peux. Mon front percute le sien. Au même moment, mon genou vient trouver ses parties génitales.
Il me relâche en hurlant avant de me donner une gifle magistrale. Je manque de tomber et me rattrape à la dernière minute. Étrangement, je trouve ma paix dans ce combat. Je le frappe au visage tout en protégeant le mien, exactement comme Sam me l’a appris. Mes mains me font mal chaque fois qu’elles l’atteignent, mais je m’en fiche. Je frappe, frappe, et frappe encore. Je ne m’arrête que lorsqu’il est K.-O.
Je fouille dans ses poches et attrape son smartphone. Le premier numéro que je compose est celui de Miguel.
– Envoie tout de suite une patrouille chez Emilia.
En deux ou trois phrases, je lui explique ce qu’il en est tout en gardant un œil sur Adolfo. Mon cœur bat à tout rompre. Et s’il se réveillait avant que les flics arrivent ? J’ignore si je pourrais l’assommer une seconde fois, je ne suis pas une pro ! J’essaie ensuite de contacter Sam. Mes mains sont moites, j’angoisse. Son téléphone est éteint. Mon estomac se retourne quand je me dis qu’il cherche peut-être à m’éviter. Je n’ai pas de temps à perdre. Mon dernier coup de fil est pour la police. Je dois d’abord régler la situation de mon ex.
Adolfo se réveille juste à l’instant où j’aperçois la première camionnette de police. Comprenant que chaque seconde lui est comptée, il se met debout en titubant. Sa détermination de me nuire lui donne la force de marcher vers moi. Je jette un coup d’œil aux trois fourgons qui se garent. L’un d’eux est une ambulance. Je pourrais fuir, mais je veux voir son interpellation. J’en ai besoin. Arrivé à ma hauteur, il lève son poing pour me frapper. J’esquive le premier coup. Il n’a pas le temps de m’en flanquer un deuxième, puisque deux policiers viennent de l’immobiliser. L’un d’eux lui passe les menottes derrière le dos, puis ils l’entraînent à l’extérieur. Je ne perds pas une miette du spectacle. C’est ma vengeance ! Quand ils l’enferment dans le fourgon, ma première pensée est pour Sam. Il faut que je le retrouve !
– Mademoiselle, vous êtes blessée ?
En secouant la tête, j’éprouve une violente douleur là où mon crâne a percuté le mur. Oui, j’ai hâte de revoir Samaï et de m’expliquer avec lui, mais cette fois, je vais d’abord m’occuper de moi.
J’accepte les soins qu’on me prodigue. Les flics prennent ma déposition sur place, en concertation avec l’ambassade espagnole qui s’est dépêchée d’envoyer un agent sur les lieux. Au bout d’un peu plus de deux heures, on me certifie que mon ex restera longtemps derrière les barreaux. J’espère que cette fois, c’est vrai. Je prends le temps de passer un appel à ma meilleure amie tout en courant en direction de la maison que j’occupe avec Sam. Emilia se porte bien. Miguel a pu faire arrêter le complice d’Adolfo. Il ne me reste plus qu’une histoire à régler, et pas des moindres. C’est l’histoire de ma vie, comme dirait plus ou moins le Roi Lion. Mon poing écorché s’abat contre le battant de toutes mes forces.
Samaï ouvre et me jette un regard interloqué. Et pour cause ! J’ai pu remettre ma robe, mais mes cheveux ne ressemblent à rien et je suis couverte d’hématomes, sans parler du bandage qui entoure mon crâne, me donnant des airs de momie. En me précipitant ici, j’avais préparé un petit discours, mais j’ai tout oublié quand je l’ai vu. Je prends une profonde inspiration en priant pour ne pas me planter.
– Adi ! Qu’est-ce qui se passe ? Que t’est-il arrivé ? Parle-moi !
Il se précipite vers moi, inquiet comme jamais, mais je l’arrête en posant un doigt sur ses lèvres.
– Adolfo était là. Je ne sais pas comment il s’est débrouillé pour venir, mais… il était là, déguisé en moine. Il m’a forcée à… je t’ai… j’ai fait semblant de rompre avec toi pour te protéger. Mais je n’ai pas pu… je n’ai pas supporté qu’il me touche. Il a essayé de me faire du mal et j’ai riposté comme tu me l’as appris. J’ai pu appeler la police. Il est derrière les barreaux, nous sommes sauvés, Sam !
Il ne répond pas tout de suite. J’imagine qu’il est incapable de parler à cause de l’émotion. À la place, il me serre contre lui. Et moi, je hume son odeur que je craignais de ne plus jamais sentir. J’écoute son cœur qui bat dans mon oreille. Je profite de l’instant présent, plus que jamais consciente que la vie peut basculer à tout moment. Enfin, je lève les yeux sur son visage. Il me regarde avec une intensité qui me fait frémir.
– Je sais qu’on dit que l’amour ne frappe jamais deux fois à la même porte. Mais je suis prête à frapper autant de fois qu’il le faudra jusqu’à ce que tu me pardonnes. Parce que je t’aime, Samaï. Maintenant et à jamais.
– Je t’aime aussi, Adi. Pour toujours.
Je n’attends pas qu’il m’embrasse. Je me hisse sur la pointe des pieds et m’empare de ses lèvres chaudes, parce qu’elles sont à moi, comme je suis à lui. Ce baiser est le plus passionné que nous ayons échangé, parce qu’il a le goût des retrouvailles, du bonheur et de la liberté.
Nous sommes libres !
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