Chapitre premier

Dominique · Chapitre 11 sur 60

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Chapitre premier

Chapitre 220

Chapitre 11

Oba aurait voulu que ça ne cesse jamais. Hélas, les meilleures choses avaient une fin, il le savait. L'heure était venue de rentrer. S'il s'attardait en ville, sa mère serait furieuse. De plus, il ne pouvait plus rien attendre de Lathea, qui lui avait donné tout l'amusement qu'il pouvait espérer -voire un peu plus.

Ces quelques heures avaient été fascinantes et enrichissantes. Oba avait appris beaucoup de choses, vraiment. Avec les animaux, c'était intéressant, mais pas à ce point. Bien sûr, assister à la mort d'un être humain ou à celle d'une bête étaient des expériences comparables sur bien des points, mais il existait des différences essentielles, et Oba les avait gravées dans sa mémoire.

Qui pouvait dire ce que pensait un rat — en admettant qu'il pût penser? Les gens, cependant... On voyait des choses passer dans leurs yeux, et on devinait facilement quelles idées défilaient dans leur tête.

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Les rats les volailles ou les lapins crevaient tous de la même manière monotone. En revanche, l'agonie de Lathea avait été un spectacle varié, divertissant et riche en enseignements. Et il y avait eu ce moment extraordinaire: l'instant où l'âme de la magicienne avait quitté son corps pour tomber aussitôt entre les mains du Gardien. Pendant une fraction de seconde, Oba avait senti chez la vieille femme une angoisse grisante...

Cela dit, il ne devait pas se montrer injuste avec les animaux, qui procuraient aussi une intense satisfaction. Clouer une bête à une clôture ou au mur d'une grange et l'écorcher vive resterait un grand moment dans son existence. Mais il y avait cette absence d'âme, qui rendait la mort bien moins intéressante.

Lathea était passée de vie à trépas en offrant à son bourreau un spectacle hors du commun.

A vrai dire, il n'avait jamais souri ainsi devant aucun événement.

Encore guilleret rien que d'y repenser, il

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retira le cache de la lampe, enleva la mèche et versa de l'huile sur le sol, la table cassée et l'armoire renversée de Lathea.

Même si ça l'aurait beaucoup amusé, il ne pouvait pas se permettre de laisser la magicienne comme ça. Quelqu'un la découvrirait tôt ou tard, et il y aurait inévitablement des questions, voire une enquête. Quand on trouvait un cadavre dans cet état, on concluait rarement à une mort naturelle...

En un sens, Oba regrettait que ce ne soit pas possible, car il aurait adoré entendre les discours hystériques des citadins. Oui, il se serait régalé que des idiots lui décrivent en détail la fin atroce de Lathea. Qu'un simple mortel soit ainsi venu à bout d'une magicienne aurait été une sensation en soi. Les citadins auraient voulu connaître le coupable, certains le tenant plutôt pour un ange exterminateur ou un justicier. Partout, la mort de la vieille peau aurait stupéfié les gens. Et en circulant par le bouche à oreille, cette histoire aurait pris les dimensions épiques d'une geste de

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chevalerie.

Oui, ç'aurait été très amusant...

Alors qu'il finissait de vider la lampe, Oba vit son couteau qui gisait sur le sol, près de l'armoire renversée. Jetant la lampe sur le meuble fracassé, il se baissa et ramassa son arme. La pièce était un vrai champ de bataille, mais comme disait sa mère, on ne pouvait pas faire une omelette sans casser des oeufs. Elle répétait sans cesse ce proverbe. Pour une fois, Oba le jugeait approprié.

Prenant d'une main le fauteuil favori de Lathea, il le jeta au milieu de la pièce puis entreprit de nettoyer sa lame avec la housse en velours.

Son couteau était un instrument précieux, et il l'aiguisait régulièrement. Une fois le sang essuyé, la lame brillait toujours autant, et cela rassura Oba. D'après ce qu'il avait entendu dire, la magie pouvait parfois avoir de drôles de conséquences. Un instant, il avait redouté que le sang acide de Lathea ait pu corrompre l'acier de son arme.

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Il regarda autour de lui. Non, c'était un sang normal. Mais il yen avait beaucoup...

Quel dommage que cette scène ne soit jamais vue par d'autres yeux que les siens! Les gens en auraient parlé pendant des années...

Certes, mais Oba n'avait aucune envie que des soldats viennent enquêter. Les militaires étaient des gens soupçonneux, et ils adoraient mettre leur nez dans les affaires des autres. Avec leurs interrogatoires et les indices, ils auraient risqué de tout ficher en l'air. De plus, Oba doutait qu'ils aient assez de goût pour apprécier le genre d'omelette qu'il avait préparé...

Bref, il valait mieux que la maison brûle. Les conversations seraient beaucoup moins vives, il n'y aurait aucun scandale, et personne ne penserait à mal. Les maisons brûlaient souvent, surtout en hiver.

Une bûche qui roulait hors de la cheminée, des braises qui envoyaient des étincelles dans des tentures ou des rideaux, des bougies qu'on oubliait d'éteindre et qui

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mettaient le feu aux meubles... Les accidents de ce genre arrivaient tout le temps. Et avec les activités étranges de la magicienne, qui manipulait sans cesse des poudres et des liquides bizarres, les gens s'étonneraient plutôt que ça ne soit pas arrivé avant. Pour beaucoup de citadins, Lathea était depuis toujours un membre dangereux de la communauté...

Bien sûr, un passant pouvait remarquer la maison en feu, au bout du chemin. Mais il serait beaucoup trop tard pour que les secours puissent intervenir. Et demain matin, il ne resterait plus que des cendres.

Oba eut une pensée émue pour le beau scandale qui aurait pu occuper ses concitoyens pendant des mois. Le banal incendie ne leur ferait même pas la semaine...

Oba s'y connaissait en feux. Au fil des années, plusieurs de ses fermes avaient brûlé, les animaux étant carbonisés vivants. Mais tout ça s'était passé dans d'autres villes, avant que sa mère et lui s'installent ici.

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Le paysan adorait regarder brûler une maison, et les cris des animaux étaient une douce musique à ses oreilles. Et voir les gens affolés accourir lui ravissait l'âme. Comme ils semblaient déconfits face à ce qu’il avait créé! Les hommes et les femmes moyens avaient peur des flammes, alors qu'il se régalait de les entendre rugir en dévorant un bâtiment

Ces soirs-là, les citadins appelaient à l'aide, s'agitaient, jetaient des d'eau, tentaient d'étouffer les flammes avec des couvertures... ils n'étaient jamais venus à bout d'un incendie allumé par Oba, qui n’était pas un bousilleur! Il faisait toujours du bon travail, en réfléchissant avant d'agir...

Quand il eut fini de nettoyer sa lame, Oba jeta la housse sur l’armoire qu'il avait arrosée d'huile.

La dépouille de Lathea était clouée au dos du meuble, qui reposait façade contre le sol.

La magicienne fixait le plafond.

Oba sourit. Bientôt, il n'y aurait plus rien

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à fixer, et le cadavre n'existerait plus non plus.

Apercevant un petit objet rond brillant, sur le sol, il se baissa et le ramassa. Une pièce d'or! Il n'en avait jamais vu jusqu'à ce soir, et à présent, il en avait les poches pleines. La magicienne en gardait plusieurs sur elle, et il avait en plus trouvé une bourse pansue sous son matelas.

Lathea avait fait de lui un homme riche. Qui se serait douté qu'elle était si prospère?? Une partie de cet argent, versée par la mère d'Oba pour payer les maudits «traitements», revenait à celui qui le méritait le plus. Voilà ce qu'on appelait la justice immanente.

Le reste des pièces était un bonus...

Alors qu'il approchait de la cheminée, Oba entendit des bruits de pas, dehors, et se pétrifia.

Quelqu'un approchait de la maison.

Mais qui pouvait venir voir Lathea à une heure si tardive? Quel casse-pieds, en tour cas! Ou plutôt, quels casse-pieds, car il y avait au minimum deux personnes. Ces

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imbéciles ne pouvaient pas attendre le matin pour acheter leurs médicaments? Ne respectaient-ils donc pas le repos d'une vieille femme?

Certaines personnes étaient d'un égoïsme forcené!

Oba prit le tisonnier et tira les bûches hors du foyer, les poussant sur le parquet imbibé d'huile.

Des flammes s'élevèrent aussitôt, puis une fumée noire monta de ce qui serait le bûcher funéraire de Lathea.

Rapide comme l'éclair, Oba sortit par le trou que la magicienne avait fort obligeamment foré dans la cloison en essayant de le tuer.

Cette idiote ne s'était pas aperçue qu'elle affrontait un adversaire invincible.

Sebastian prit Jennsen par le bras et la tira en arrière. Se tournant vers son compagnon, la jeune femme vit briller dans ses yeux une lumière orange qui ne pouvait pas la tromper: des flammes.

A la gravité du jeune homme aux

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cheveux blancs, Jennsen comprit que ce n'était pas le moment de parler.

Sebastian dégaina son épée et avança vers la porte. A la façon dont il se déplaçait, son amie reconnut un professionnel entraîné pour affronter de telles situations.

Il se pencha sur le côté pour pouvoir jeter un coup d'œil par la fenêtre sans devoir marcher devant. Puis il murmura:

—Un incendie...

—Entrons vite! Lathea est peut-être endormie. Nous devons la sauver.

Sebastian réfléchit une fraction de seconde, puis il ouvrit la porte, entra, Jennsen sur les talons.

Les deux intrus eurent du mal à déterminer ce qu'ils voyaient vraiment. À la lumière du feu, tout semblait irréel- les images brouillées d'un autre monde, pas tout à fait à la même échelle que le leur.

Quand elle vit le «bûcher», au centre de la pièce, Jennsen saisit la sinistre réalité de tout cela. Lathea était étendue sur une grande armoire renversée. Avait-elle été blessée lors de la chute du meuble? De

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toute façon, elle avait besoin de secours...

Jennsen approcha et découvrit ce qui s'était réellement passé. Tétanisée, les yeux écarquillés d'horreur, elle faillir vomir devant cette impensable boucherie. Elle cria, mais le rugissement des flammes couvrit le son de sa voix.

C'était horrible! Comment avait-on pu faire une chose pareille?

Du coin de l'œil, Sebastian vit que le cadavre de Lathea avait été cloué au dos de l'armoire. Il nota mentalement ce détail, le classant avec tous ceux qu'il venait de recenser dans la pièce. Une autre réaction de professionnel qui en avait trop vu pour s'émouvoir encore. Blasé, l'agent de Jagang ne se laissait plus démonter par de telles horreurs.

Jennsen...

La jeune femme ferma la main sur la garde de son couteau et sentit le «R» en relief qui l'ornait pénétrer dans la chair de sa paume. Luttant contre l'envie de vomir, elle dégaina la lame et se raidit.

Renonce.

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—Les soldats d'Harans, souffla Jennsen. Ils sont venus ici, c'est évident...

De la surprise passa dans le regard de Sebastian. C'était la conclusion que, pourtant, il ne semblait pas convaincu.

—Tu es sûre de ce que tu dis? demanda-t-il.

Jennsen.

La jeune femme ignora la voix qui résonnait dans sa tête et repensa à l'homme qu'ils avaient croisé en sortant de chez Lathea. Il était grand, blond et bien bâti - le portrait type du soldat Haran. Sur le coup, elle n’avait pas pensé qu'il s'agissait d'un militaire. Mais c'était possible...

Non, pas vraiment... Il avait semblé gêné de les rencontrer. Les militaires ne se comportaient pas ainsi, parce qu'ils se croyaient toujours en terrain conquis.

—Qui d'autre aurait pu faire ça? D'après nos comptes, il y a deux quatuors. Les trois survivants ont dû nous suivre quand nous avons quitté la cabane.

—Tu dois avoir raison, Jennsen, fit

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Sebastian.

Renonce.

—Nous devons sortir d'ici, ou nous serons les prochains cadavres. (Jennsen rira le jeune homme par son manteau.) Les D'Harans ne sont peut-être pas loin...

—Mais comment ont-ils pu savoir, pour la magicienne?

—Par les esprits du bien, le seigneur Rahl est un sorcier! Comment a-t-il su où était ma maison, d'après toi?

Utilisant la pointe de son épée, Sebastian continua à retourner les débris qui jonchaient le sol. Jennsen tira plus fort sur son manteau.

—Ta maison..., répéta-t-il. Oui, je vois ce que tu veux dire.

—Nous devons filer avant d'être coincés ici.

—Oui, oui... Où veux-tu aller?

Les deux jeunes gens approchèrent ensemble de la porte, sondant l'obscurité par-dessus leur épaule.

—Nous n'avons plus le choix, dit Jennsen. Lathea était notre seul espoir de

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trouver la réponse sans aller jusqu'au Palais du Peuple. Elle est morte, et nous devons contacter sa sœur. Althea est une magicienne, elle sait tout ce qui m'intéresse, et elle est la seule capable de voir les «trous dans le monde - quoi que ça puisse vouloir dire.

—Tu es sûre de ta décision?

Jennsen repensa à la voix froide et sans vie qui avait retenti dans sa tête. Cette intrusion l'avait surprise, car elle n'avait plus rien entendu depuis la mort de sa mère.

—Que pourrions-nous faire d'autre? Si je veux découvrir pourquoi le seigneur Rahl tient tant à me tuer et pourquoi il a fait assassiner ma mère, je dois voir Althea. C'est ma seule chance d'échapper aux griffes de Richard Rahl—enfin, peut-être...

Sebastian et sa compagne passèrent la porte et s'engagèrent sur le sentier obscur.

—Nous devrions rentrer à l'auberge et préparer nos affaires, au cas où il faudrait partir précipitamment, demain matin...

—Si nos poursuivants sont si près, je

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refuse de dormir à l'auberge.

Jensen.

—J'ai l'argent que tu avais donné à ma mère, et toi, celui que as pris aux hommes. Nous pouvons acheter des chevaux et partir dès ce soir en espérant que personne ne nous ait vus à proximité de chez Lathea.

Sebastian rengaina son épée et réfléchit.

—Grâce au feu, dit-il, il ne reste aucune preuve. C'est une très bonne chose pour nous... A part le type que nous avons croisé, personne ne nous a vus dans le coin, et on ne nous dénoncera pas si une enquête est ouverte.

—Il vaut quand même mieux partir avant qu'on découvre que la Maison de Lathea a brûlé, dit Jennsen. Au début, tout le monde risque de soupçonner tout le monde, et les soldats s'intéresseront d'abord aux étrangers, comme d'habitude.

—Tu as raison. Fichons le camp au plus vite!

 

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