Chapitre premier
Chapitre 324
Chapitre 15
Jennsen s'était écartée du flot de gens qui descendaient la route, en provenance du sud.
Elle se tenait très près de Sebastian afin de s'abriter autant que possible du vent. Un instant, elle envisagea de se rouler en boule et de dormir sur le sol gelé.
Elle était affamée et son estomac gargouillait sans arrêt.
Quand Rouquine fit un pas nerveux sur le côté, Jennsen saisit la bride plus haut, très près du mors, afin de mieux contrôler la jument. Histoire de se rassurer, Betty, dont les yeux, les oreilles et la queue étaient toujours en mouvement, se pressait contre la cuisse de sa maîtresse. Très fatiguée, la chèvre bêlait de temps en temps son mécontentement aux humains qui passaient près d'elle - et qui s'en fichaient comme d'une guigne.
Dès que Jennsen caressait le ventre rebondi de Betty, la chèvre agitait la queue plus frénétiquement que jamais. Levant les
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yeux sur sa maîtresse, elle donnait un gentil coup de langue sur les naseaux de Rouquine puis se couchait de nouveau aux pieds de la jeune femme.
Un bras passé autour des épaules de Jennsen, Sebastian regardait passer les chariots, les charrettes et les gens qui avançaient vers le Palais du Peuple. Cette longue procession produisait un vacarme infernal: un concert de grincements, de cris, de craquements, de roulements de sabots et de cliquetis métalliques. Elle soulevait aussi une fantastique colonne de poussière dans laquelle flottaient d'agréables odeurs de nourriture et des relents de sueur humaine ou animale beaucoup moins plaisants.
—A quoi penses-tu donc? demanda Sebastian à sa compagne.
Les premiers rayons du soleil commençaient à se refléter sur les falaises du haut plateau, dans le lointain. Ces murailles de roche s'élevaient des milliers de pieds au-dessus des plaines d’Azrith, et le complexe bâti à leur sommet semblait
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carrément tutoyer le ciel. Ce qu'on nommait le Palais du Peuple était un ensemble beaucoup plus grand et imposant que la majorité des cités de D'Hara. Derrière son mur d'enceinte, d'innom-brables toits se serraient frileusement les uns contre les autres.
Très petite quand sa mère l'avait emmenée loin du palais, Jennsen en gardait de très vagues souvenirs qui ne l'avaient pas préparée à ce qu'elle découvrait maintenant. Le cœur de D'Hara, d'une incroyable beauté, dominait un immense désert. S'il ne s'était pas agi du fief ancestral des seigneurs Rahl, la jeune femme aurait tenu cet endroit pour une des merveilles du monde.
Jennsen se passa une main sur le visage, ferma les yeux pour soulager sa migraine et pesta pour la énième fois contre son destin. Être la proie du seigneur Rahl était décidément un sort peu enviable...
Pour ne rien arranger, le voyage avait été difficile et épuisant. Chaque soir, pendant que sa compagne préparait le
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camp, Sebastian profitait du couvert de l'obscurité pour aller voir ce qui se passait derrière eux. Plus d'une fois, il était revenu pour annoncer que leurs poursuivants gagnaient du terrain. A ces moments-là, malgré la fatigue et le découragement, les deux jeunes gens devaient tout remballer et se remettre en route.
—Ce que je pense? répondit enfin la jeune femme. Nous sommes ici pour une raison, et ce n'est pas le moment de baisser les bras.
—Peut-être, mais c'est notre dernière possibilité de renoncer...
Jennsen regarda son compagnon, surprise par cette soudaine prudence, et répondit simplement en reprenant sa place dans la colonne de visiteurs. Betty bondit sur ses pattes, regarda avec méfiance la meute d'inconnus et se pressa contre le flanc gauche de la jeune femme.
Sebastian vint se placer de l'autre côté.
Une femme d'âge mûr assise dans un chariot sourit à Jennsen.
—Ta chèvre est à vendre, ma fille?
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Serrant plus fort la longe de Betty, qu'elle tenait dans la même main que la bride de Rouquine, Jennsen sourit mais secoua vigoureusement la tête.
Alors que la femme lui répondait d'une moue qui exprimait toute sa déception, Jennsen vit une enseigne, sur le chariot, qui vantait la qualité de «saucisses à des prix défiant toute concurrence».
—Maîtresse! cria Jennsen. Vous allez vendre vos saucisses au palais?
La femme tendit un bras derrière elle, écarta un couvercle et plongea une main dans une de ses grosses casseroles qu'elle avait enveloppées d'une couverture pour qu'elles restent bien chaudes.
—Cuite ce matin même! lança-t-elle en brandissant fièrement une énorme saucisse. Ça t'intéresse? Un sou d'argent pour cette merveille! Jennsen acquiesça frénétiquement et Sebastian remit à la femme le paiement demandé. Puis il coupa la saucisse en deux et en donna une moitié à sa compagne.
Jennsen avala les premières bouchées
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sans prendre le temps de mâcher. Quand on crevait de faim, il fallait d'abord parer au plus pressé. Ensuite, on pouvait se permettre de déguster...
—C'est un délice! lança-t-elle à la marchande.
La femme sourit et ne parut pas surprise par ce compliment.
—Vous connaissez une femme nommée Althea? demanda Jennsen en pressant le pas pour rester au niveau du chariot.
Sebastian jeta un coup d'œil inquiet aux gens qui marchaient autour d'eux. Absolument pas perturbée par la question, la marchande de saucisses se pencha vers Jennsen.
—Tu es venue pour une prédiction?
Jennsen hésita un peu puis devina ce que voulait dire son interlocutrice.
—Oui, c'est ça, mentit-elle. Savez-vous où je pourrais trouver cette femme?
—Eh bien, ma fille, je ne la connais pas, mais je sais que son mari s'appelle Friedrich et qu'il vient régulièrement au palais vendre ses petites sculptures dorées
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à l'or fin.
La majorité des gens qui se dirigeaient vers le palais semblait avoir quelque chose à vendre. De sa lointaine enfance, Jennsen se souvenait que le fief du seigneur Rahl bourdonnait d'activité chaque jour, car il était pris d'assaut par des colporteurs qui proposaient à peu près tout ce qu'on pouvait imaginer. Toutes les villes près desquelles la jeune femme avait vécu instauraient un jour de marché. Au Palais du Peuple, le commerce battait son plein à longueur d'année. Une ou deux fois, se rappelait-elle, sa mère l'avait amenée dans une boutique pour acheter de la nourriture et même, un jour, faire l'acquisition de tissu pour une robe.
—Comment pouvons-nous trouver Friedrich ou quelqu'un d'autre qui nous donnera l'adresse d'Althea?
La marchande de saucisses désigna les hauteurs.
—Friedrich a un petit stand sur la place du marché, là-haut. D'après ce qu'on dit, il
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faut avoir montré patte blanche pour voir Althea. Ton ami et toi devriez essayer de parler à Friedrich. Là-haut...
Sebastian passa un bras autour de la taille de Jennsen et se pencha vers la marchande.
—Que voulez-vous dire par «là-haut?» demanda-t-il.
—Eh bien, au palais, tout là-haut. Moi, je n'y vais jamais, bien sûr...
—Où vendez-vous vos saucisses, dans ce cas?
—Le long de la route, tout simplement. J'ai mon chariot, mon cheval, et je commerce avec les gens qui entrent ou qui sortent du palais. Si vous voulez voir le mari d'Althea, les gardes ne laisseront pas entrer vos montures. Et encore moins la chèvre. Il y a des rampes d'accès pour les cavaliers importants, mais les chariots passent par la route de la falaise, à l'est. Par mesure de sécurité, les soldats ne laissent pas entrer de cavaliers. Une garantie de plus pour le seigneur Rahl...
—Si je comprends bien, dit Jennsen,
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nous allons devoir trouver une écurie avant de nous mettre en quête du mari d'Althea.
—Friedrich ne vient pas souvent... Pour lui mettre la main dessus, il vous faudra avoir de la chance. Cela dit, il vaudrait mieux que vous commenciez par lui parler...
—Savez-vous s'il sera là aujourd'hui? demanda Jennsen après avoir avalé une nouvelle bouchée de saucisse. Ou avez-vous au moins idée des jours où il vient au palais?
—Désolée, ma fille, mais je n'en sais rien... (La femme s'empara d'un énorme foulard rouge, l'enroula autour de sa tête et noua les deux extrémités sous son menton.) Je le vois de temps en temps, et c'est tout... Parfois, il m'achète des saucisses qu'il apporte à sa femme.
Jennsen leva les yeux vers le fantastique palais.
—Dans ce cas, nous allons devoir le dénicher, je suppose...
Ils n'étaient pas encore à l'intérieur, et le cœur de la jeune femme battait déjà la
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chamade. Du coin de l'œil, elle vit Sebastian glisser une main sous son manteau et tapoter la garde de son épée. Pour se rassurer, elle posa une main sur sa hanche afin de sentir la présence du couteau sous son propre manteau.
Jennsen n'avait pas l'intention de s'attarder au palais. Dès qu'ils sauraient où vivait Althea, ils s'en iraient pour ne plus jamais revenir. Le seigneur Rahl était-il dans son fief ou occupé à guerroyer dans le pays de Sebastian? Jennsen éprouvait une grande sympathie pour les compatriotes de son ami, car elle savait à quel point il était dur d'avoir pour adversaire un monstre comme Richard Rahl.
Pendant le voyage, elle avait interrogé Sebastian sur sa terre natale. Avec une grande ouverture d'esprit, il lui avait parlé des principales croyances et convictions de ses compatriotes. Dans l'Ancien Monde, les gens se souciaient beaucoup du sort de leurs semblables et ils désiraient vivre dans la Lumière du Créateur et obtenir Sa bénédiction.
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Sebastian débordait d'enthousiasme dès qu'il évoquait frère Narev, le guide spirituel de l'Ancien Monde. Sa philosophie, répandue par ses disciples, affirmait que s'occuper des autres était bien plus que la responsabilité de chaque être humain: son devoir sacré, en réalité.
Jennsen n'avait jamais pensé qu'il existait un endroit où la compassion primait sur tout.
L'Ordre Impérial, avait expliqué Sebastian, luttait héroïquement contre les hordes d'envahisseurs du seigneur Rahl. Jennsen était mieux placée que quiconque pour savoir à quel point il fallait redouter cet homme.
Si bien placée, même, qu'elle avait peur de pénétrer dans le palais. S'il y était, son demi-frère risquait de capter sa présence...
Une colonne de soldats en cuirasse et cotte de mailles avançait en direction des plaines d'Azrith. Quand ces guerriers croisèrent le chemin de Jennsen, leurs armes brillant au soleil, elle baissa les yeux et s'efforça de ne pas les regarder. Si elle
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portait une marque visible par les seuls séides de Richard, ils risquaient de la repérer dans la foule. Heureusement, elle n'avait pas abaissé son capuchon, car ses cheveux roux auraient pu attirer leur attention.
À mesure quelle approchait du grand portail qui donnait sur l'entrée souterraine du palais, la foule devenait plus dense. Juste avant, sur une bande de terrain, les vendeurs ambulants avaient déjà installé leurs étals. Les premiers arrivants avaient pris toutes les bonnes places, et les autres faisaient contre mauvaise fortune bon cœur. Malgré le froid, tous ces gens semblaient de bonne humeur et les affaires marchaient bien.
Il y avait des soldats partout. Des colosses, comme tous les militaires d'harans, protégés par une cotte de mailles et armés au minimum d'une épée - mais beaucoup portaient aussi une hache, une masse d'armes ou un énorme couteau. Même s'ils se montraient vigilants, ils n'ennuyaient pas inutilement les
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marchands et ne les empêchaient pas exercer leur métier.
La vendeuse de saucisses salua gentiment Jennsen et Sebastian, Puis elle rangea son chariot à côté de l'étal de trois hommes qui vendaient du vin. Blonds et larges d'épaules, les marchands aux traits taillés à la serpe étaient à l'évidence des frères.
—Choisissez bien les gens à qui vous confierez vos animaux.., souffla la marchande de saucisses aux deux jeunes gens.
Beaucoup de commerçants qui exposaient leurs produits dans la plaine avaient des animaux, et il devait leur sembler plus simple de travailler là où ils étaient que de grimper jusqu'au palais. D'autres, des colporteurs, vendaient leurs divers produits à la sauvette en se mêlant à la foule. Selon ce qu'ils proposaient - bien souvent des choses très simples –, ça paraissait une excellente solution.
Les vendeurs de nourriture, comme la nouvelle «amie» de Jennsen, écoulaient
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sans problème leur marchandise dans la plaine, et ils auraient donc été idiots de se fatiguer à monter jusqu'au palais - d'autant plus que les soldats et les fonctionnaires devaient y surveiller de bien plus près toutes let transactions...
Sebastian prenait note de tout avec une discrétion remarquable. Alors qu'il assimilait sans doute des données stratégiques de la plus haute importance, on aurait juré qu'il s'intéressait exclusivement aux marchands, époustouflé par la variété de ce qu'ils proposaient. Mais Jennsen n'était pas dupe...
—Qu'allons-nous faire des chevaux et de Betty? demanda-t-elle. Sebastian désigna un grand endos.
—Il faudra les laisser là, je suppose...
En plus d'être très près de la demeure de l'homme qui voulait sa mort, Jennsen était coincée dans une foule, et elle détestait ça. Quand elle se sentait menacée à ce point, réfléchir sainement devenait difficile. Confier Betty à une écurie, dans une cité normale, ne la gênait pas trop.
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Mais elle n'allait sûrement pas abandonner son amie d'enfance parmi des inconnus qui risquaient... Eh bien, elle ne savait pas trop quoi, mais ça lui paraissait très dangereux.
Du menton, elle désigna les types miteux qui tenaient le fameux enclos. Pour l'instant, ils étaient surtout concentrés sur leur partie de dés.
—Tu crois qu'on peut confier des animaux à des gens pareils? Ce sont peut-être des voleurs, pour ce qu'on en sait... Tu devrais rester avec les chevaux et Betty pendant que je cherche le mari d'Althea.
Sebastian cessa d'observer les soldats en poste devant le portail.
—Jenn, dans des endroits comme celui-ci, se séparer n'est jamais une bonne idée. Et je refuse de te laisser y aller seule, pour commencer.
Jennsen lut une sincère inquiétude dans les yeux de son ami.
—Et si nous avons des ennuis, tu crois que nous nous en sortirons en combattant?
—Non. Jennsen, tu auras besoin de toute ton intelligence, c'est certain. Mais je t'ai
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guidée jusqu'ici, alors pas question de t'abandonner maintenant. C'est bien compris?
—Et si on nous menace avec des épées?
—Dans ce cas, en un lieu pareil, se battre ne nous sauvera pas... Il faut impressionner les gens, les inciter à penser que tu es très dangereuse, histoire qu'ils n'aient pas envie de t'affronter. C'est ce qu'on appelle l'intoxication... Ou le «bluff», plus simplement...
—J'ai peur de ne pas être très douée pour cet exercice.
Sebastian lâcha un petit rire.
—Tu t'en tires très bien, au contraire! N'est-ce pas exactement ce que tu m'as fait avec la Grâce, la première nuit?
—Oui, mais il n'y avait que toi, et ma mère était à mes côtés. C'est différent dans un lieu inconnu, avec tant de gens autour de moi.
—Tu as eu recours à cette tactique à l'auberge, quand tu as montré tes cheveux roux à la tenancière. C'est ça qui lui a délié la langue. Ensuite, tu as tenu les clients à
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distance par ta seule posture menaçante. Ces types t'ont crue plus forte que tu l'es, et ils t'ont fichu la paix.
Jennsen n'avait jamais vu les choses sous cet angle-là. Elle avait cru agir sous le coup du désespoir, mais en un sens, Sebastian n'avait pas tort.
Betty se frottant contre sa jambe, la jeune femme lui gratta l'oreille en regardant les types miteux se détourner un moment de leurs dés pour prendre leurs chevaux à des voyageurs. Elle n'aimait pas la brutalité de ces hommes, plus disposés à jouer de la badine qu'à user de persuasion.
Jennsen sonda la foule jusqu'à ce qu'elle ait repéré le foulard rouge de la marchande de saucisses. Puis elle enroula la longe de Betty autour de son poignet et avança, tenant Rouquine par la bride.
D'abord surpris, Sebastian la suivit avec Pete.
La marchande finissait d'installer son étal quand Jennsen la joignit.
—Maîtresse?
—Oui ma fille? Encore envie de
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saucisses? (La femme souleva un couvercle.) Tu sens cette odeur délicieuse?
—C'est un parfum grisant, oui, mais je ne suis pas là pour ça, Je me demandais... Contre un paiement, vous accepteriez de veiller sur nos chevaux et sur ma chèvre?
La marchande remit le couvercle en place.
—Les animaux? Je ne tiens pas une écurie, ma fille!
La longe et la bride toujours dans une main, Jennsen appuya son avant-bras sur le flanc du chariot. Betty se laissa tomber sur le sol et se coucha à côté d'une roue.
—Je crois que vous apprécierez la compagnie de Betty... C'est une chèvre adorable et elle ne vous fera pas le moindre ennui. La marchande baissa les yeux et sourit.
—Betty, c'est son nom? Eh bien, je suppose que je pourrai veiller sur elle.
Sebastian tendit une pièce d'argent à la marchande.
—Je vais attacher nos chevaux avec le vôtre, dit-il. Les savoir entre de bonnes
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mains nous permettra d'avoir l'esprit en paix.
La marchande étudia la pièce puis jeta sur Sebastian un regard quelque peu critique.
—Combien de temps comptez-vous rester là-haut? Quand j'ai vendu mes saucisses, j'aime rentrer très vite chez moi. Vous pouvez comprendre ça, non?
—Nous ne serons pas longs, assura Jennsen. Dès que nous aurons trouvé Friedrich, nous reviendrons, c'est promis.
L'air détaché, Sebastian désigna la pièce que la marchande n'avait pas encore rangée dans sa poche.
—A notre retour, je vous en donnerai une autre, pour vous remercier. Et si nous ne revenons pas avant que vous ayez écoulé toutes vos saucisses, je doublerai la somme pour vous dédommager.
La marchande hocha la tête.
—Marché conclu, dit-elle. Je serai ici, occupée à vendre mes délicieuses saucisses. Attachez la chèvre à la roue, que je puisse garder un œil sur elle. Quant aux
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chevaux, laissez-les avec ma vieille jument, qui sera ravie d'avoir un peu de compagnie.
Betty accepta joyeusement le petit morceau de carotte que Jennsen lui offrit. Pour ne pas être oubliée, Rouquine frotta ses naseaux contre l'épaule de sa cavalière, qui lui donna aussi une gâterie, puis en rendit une à Sebastian afin que le brave Pete ne soit pas en reste.
—Si vous ne réussissez plus à me trouver, demandez Irma, la vendeuse de saucisses.
—Merci, Irma. Je vous suis reconnaissante, et nous reviendrons très vite.
Quand ils reprirent place dans la foule, Sebastian passa un bras autour de la taille de Jennsen pour la réconforter alors qu'elle allait se jeter dans la gueule du loup.
La jeune femme capta les lointains bêlements de Betty, désespérée qu'on l'abandonne encore.
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