Chapitre premier
Chapitre 1183
Chapitre 50
Sebastian s'était tourné sur un flanc et rampait vers Adie pour prêter main-forte à Jennsen. La jeune femme vit une traînée de sang sur le marbre, derrière son compagnon. La vieille magicienne étant impuissante contre un trou dans le monde, elle avait décidé de périr en emmenant Sebastian avec elle. À l'idée qu'il meure, Jennsen eut l'impression qu'on lui arrachait cœur.
Sebastian était tout pour elle!
Et la magicienne allait le foudroyer dans moins d'une seconde!
Etant beaucoup plus près de Sebastian que d'Adie, Jennsen comprit qu'elle ne pourrait jamais être assez rapide pour empêcher la vieille femme de frapper. Mais en agissant vite, elle avait encore la possibilité de protéger le jeune homme aux cheveux blancs.
Bref, pour tuer Adie, elle devait sacrifier Sebastian. C'était le marché que la magicienne lui mettait en main.
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Renonçant à attaquer, Jennsen plongea vers Sebastian, plaçant sur la ligne de tir d'Adie un trou dans le monde qui l'empêcherait de viser.
L'éclair d'Adie manqua largement sa cible et alla réduire en miettes une colonne de marbre.
Jennsen se laissa tomber près de Sebastian et l'enlaça.
—Tu peux bouger? Tu crois que tu pourras courir? Nous devons filer d'ici!
—Aide-moi à me lever, et nous verrons bien...
Jennsen glissa sa tête sous le bras droit de Sebastian et banda tous ses muscles. Quand il fut debout, elle continua à soutenir le jeune homme tandis qu'ils avançaient le plus vite possible vers la porte. Dans leur dos, Adie leva de nouveau les mains, ses yeux morts suivant tous les mouvements de Sebastian. D'instinct, Jennsen changea de position pour se transformer une fois encore en bouclier vivant.
Un éclair rata d'un souffle les deux
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jeunes gens, alla percuter un des battants de la porte principale et l'arracha de ses gonds.
Jennsen et Sebastian franchirent l'ouverture providentielle et s'engagèrent dans le couloir. En voyant le battant sur le sol, la jeune femme s'avisa qu'elle ne survivrait pas davantage que son compagnon si une masse pareille s'écrasait sur elle. Dans le même ordre d'idées, elle s'aperçut que ses bras saignaient d'une multitude de petites coupures dues aux éclats de pierre et de verre.
Elle était invincible en un sens, certes, mais si la magie, au lieu de la frapper directement, lui faisait tomber dessus une colonne de marbre, elle serait tout aussi morte qu'un soldat carbonisé par des éclairs.
Et une fois mort, la manière dont on avait franchi le voile n'importait plus.
Soudain, Jennsen Rahl ne se sentit plus si invincible que ça...
A la première intersection, elle prit à droite et pressa le pas afin de s'éloigner
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autant que possible d'Adie. Contre son flanc, elle sentait le sang de Sebastian empoisser sa robe. Bien qu'il fût blessé, son compagnon ne se plaignait pas et ne demandait pas à marcher moins vite.
Les dents serrées, les deux jeunes gens remontèrent des couloirs et traversèrent des pièces pendant une petite éternité. Jennsen n'aurait pas cru qu'ils s'étaient éloignés autant de l'empereur.
—Tu es gravement blessé? demanda-t-elle à Sebastian au bout d'un long moment.
—Je n'en sais rien... J'ai l'impression d'avoir la poitrine en feu, mais avec un peu de chance, ça passera... Si tu n'avais pas amorti le coup, je ne serais plus de ce monde, c'est une certitude.
En chemin, ils finirent par rencontrer des soldats de l'Ordre. Épuisée, Jennsen se laissa glisser sur le sol. Elle n'aurait pas pu soutenir Sebastian dix pas de plus, songea-t-elle, soulagée qu'un miracle se soit produit.
—Nous battons en retraite, dit Sebastian aux hommes. (Il grimaça de douleur, mais
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se ressaisit vite.) Nous devons sortir d'ici! L’empereur est blessé, et il faut le conduire en sécurité. Formez plusieurs petits groupes qui iront chercher tous nos hommes encore vivants. Pour protéger l'empereur, nous aurons besoin de bras et d'épées. (Il regarda deux soldats.) Vous deux, vous m'aiderez à marcher...
Les guerriers partirent en quête de survivants. Les deux hommes désignés par Sebastian le prirent par les épaules pour le soutenir, lui arrachant une nouvelle grimace de douleur.
Jennsen ouvrit la marche, se fiant aux points de repère qu'elle avait notés en venant.
Il fallait qu'ils retrouvent au plus vite Jagang et qu'ils le tirent de ce piège. L’avenir de l'Ordre Impérial et de l'humanité en dépendait.
Le Palais des Inquisitrices était un incroyable labyrinthe de couloirs et de salles. Pour des raisons de sécurité, Sebastian préféra éviter ces dernières, en particulier les plus grandes, où quatre
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personnes auraient fait des cibles beaucoup trop faciles.
À intervalles réguliers, Jennsen entendait de lointaines explosions magiques. Chaque fois, le palais en tremblait sur ses fondations.
—Par là, dit la jeune femme.
Elle avait reconnu la brèche dans le mur, au coin d'un couloir. Ce trou permettait de voir dehors, où le carnage continuait. Il avait été percé par du feu de sorcier qui visait l'empereur et Jennsen.
Dans le couloir de droite, cinq soldats et une Sœur de la Lumière avançaient vers le groupe de la jeune femme. Plus loin, une dizaine d'autres soldats progressaient dans la même direction.
Deux sœurs au visage noir de suie sortirent d'une pièce, sur la gauche. Quelques guerriers les suivirent. Tous étaient blessés, mais ils tenaient à peu près debout et semblaient encore en état de se battre.
L'empereur était toujours assis contre un mur, à l'endroit où Jennsen l'avait laissé. Le
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bandage improvisé tenait encore, mais les lèvres de la plaie n'étaient pas correctement alignées l'une en face de l'autre, et la blessure nécessitait des soins urgents. La magie de guérison utilisée par la sœur, juste avant sa mort, avait au moins atteint un objectif: Jagang ne perdait presque plus de sang.
L'hémorragie ayant été massive, l'empereur était pâle comme un mort. Mais le teint de ceux qui découvraient sa blessure devenait vite plus blême que le sien...
Une des sœurs s'agenouilla près de Jagang, qui grimaça quand elle tenta de coller l'une à l'autre les lèvres de la plaie.
—Je n'ai pas le temps de le guérir, dit la femme. Il faut d'abord le conduire en sécurité.
Elle prit quand même la précaution de serrer plus fort le pansement mis en place par Jennsen. Pour cela, elle déchira un autre morceau du rideau coincé sous les débris.
—Vous avez eu cette garce? demanda
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l'empereur pendant que la sœur s'affairait sur sa blessure. Où est-elle? Sebastian, réponds-moi! (Il regarda à droite et à gauche et vit enfin son stratège, que deux hommes aidaient à marcher.)
—Ah! tu es là... Tu nous as débarrassés de cette maudite Mère Inquisitrice?
—Ce n'était pas elle, répondit Jennsen à la place de son compagnon.
—Quoi? Que racontes-tu là? Je l'ai vue de mes yeux, et quand je suis face à cette chienne, je la reconnais! Pourquoi l'avez-vous tous laissé filer?
—Vous avez vu un sorcier et une magicienne, dit Jennsen. Ils ont jeté un sort pour prendre l'apparence du seigneur Rahl et de la Mère Inquisitrice. C'était un piège.
—J'ai peur qu'elle ait raison, intervint Sebastian avant que Jagang hurle de rage. Nous étions ensemble, et tandis que je me croyais devant la Mère Inquisitrice, Jennsen voyait une vieille femme.
—Si tout le monde était abusé par l'illusion, comment as-tu pu...? commença Jagang.
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Il ne finit pas sa phrase, car il venait de comprendre. Pour une raison qui dépassait Jennsen, il ne doutait plus du tout de sa parole.
—Pourquoi cette ruse? demanda la sœur qui avait presque fini de bander la jambe de Jagang.
La magicienne et le sorcier étaient très pressés, dit Jennsen. Sans doute parce qu'ils mijotent quelque chose...
—Une diversion..., marmonna Jagang. Ils ont voulu détourner notre attention pendant qu'ils attaquaient leur véritable objectif.
—Notre armée, précisa Sebastian, qui avait compris où l'empereur voulait en venir.
Une autre sœur se chargeait de lui bander la poitrine. En découvrant la blessure, elle n'avait pu s'empêcher de faire la grimace.
—Ce pansement ne tiendra pas longtemps, marmonna la femme. Et la plaie n'est pas belle à voir... (Elle s'adressa aux deux autres sœurs.) Nous allons devoir
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soigner cet homme, et nous ne pouvons pas le faire.
Ignorant la douleur, Sebastian continua son raisonnement.
—C'était une ruse... Nos ennemis ont évacué Aydindril pour nous surprendre. Puis ils nous ont forcés à courir après des leurres. Et pendant ce temps, ils ont attaqué notre armée.
Jagang éructa un juron. Regardant à travers le trou, il sonda le terrain dans la direction où ils avaient laissé leur force principale, dans la vallée.
—Foutue garce! cria-t-il en serrant le poing. Elle s'est arrangée pour nous occuper pendant que notre armée serait dans la position idéale pour subir un assaut. La sale vermine! Nous devons filer d'ici au plus vite!
La petite colonne remonta une interminable série de couloirs.
Soutenu par deux hommes, comme Sebastian, l'empereur ne ralentit pas ses compagnons, et la progression vers la sortie du Palais des Inquisitrices fut d'une
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étonnante rapidité.
En chemin, Jagang et son groupe furent rejoints par beaucoup d'autres hommes. Jennsen s'étonna qu'il y ait autant de survivants, après ce qui s'était passé dans le palais. Cela dit, si on pensait au nombre d'hommes qui y étaient entrés, l'aventure restait un véritable désastre. Et si les hommes étaient restés groupés, au lieu de se diviser comme le leur avaient ordonné l'empereur et Sebastian, ils auraient pu périr tous. Mais même ainsi, l'Ordre laissait un nombre incalculable de cadavres derrière lui.
Sebastian estimant qu'il valait mieux ne pas sortir par là où ils aient entrés - au cas où un ultime piège les attendrait -, les rescapés gagnèrent les sous-sols. Traversant en silence les cuisines désertes, ils empruntèrent une porte latérale et se retrouvèrent dans une cour protégée par un mur d'enceinte.
Quand ils en sortirent, émergeant dans les jardins, le spectacle leur souleva le cœur. Quarante mille cavaliers avaient été
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taillés en pièces si méthodiquement qu'il ne devait pas rester un survivant.
Révulsée, Jennsen ne put pourtant pas détourner le regard de cette vision cauchemardesque. Des cadavres d'hommes et d'animaux gisaient partout, le plus souvent coupés en deux ou éventrés...
Dans le lointain, près d'un bosquet, quelques chevaux privés de cavalier broutaient distraitement.
—Je ne vois pas un seul cadavre d'ennemi, dit Jagang quand il eut sondé le terrain. Qui a pu faire ça?
—Personne au monde..., marmonna une sœur.
Alors que la petite colonne avançait vers la sortie des jardins, des cavaliers qui étaient restés devant le portail l'aperçurent et galopèrent à la rencontre de leur empereur. Un millier d'hommes - sur quarante mille! - n'avaient pas été impliqués dans l'incompréhensible bataille. Les quelques sœurs qui les accompagnaient formèrent un cercle autour de Jagang afin de le protéger.
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Rouquine et Pete étaient restés à l'entrée des jardins. Quand Jennsen siffla, la jument reconnut l'appel de sa maîtresse et se précipita vers elle.
Dès qu'elle l'eût rejointe, elle quémanda des caresses et du réconfort N'ayant pas été entraînés pour la cavalerie, Rouquine et Pete n'avaient aucune habitude des horreurs de la guerre. Comprenant leur désarroi, Jennsen prit le temps de les rassurer.
—Que s'est-il passé? rugit soudain Jagang. Comment vous êtes vous laissé piéger ainsi?
L'officier qui commandait les miraculés regarda autour de lui comme s'il n'en croyait toujours pas ses yeux.
—Excellence, c'étaient.., des êtres sans substance. Nos pauvres camarades n'ont rien pu faire.
—Tu veux me faire gober que c'étaient dès fantômes? explosa l'empereur.
—Je crois plutôt qu'il s'agissait des chevaux que l'éclaireur a sentis, dit un autre officier au bras en écharpe.
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—Je veux savoir ce qui s'est passé! cria Jagang. Comment une chose pareille a-t-elle pu se produire?
Alors que des hommes amenaient des chevaux pour l'empereur et ses compagnons, sœur Perdita sauta de selle et approcha à grands pas.
—Excellence, c'était une attaque magique, déclara-t-elle. Des cavaliers fantômes invoqués par la sorcellerie, voilà la seule explication que je vois.
—Dans ce cas, pourquoi les sœurs n'ont-elles rien fait? demanda Jagang en foudroyant Perdita de son regard noir.
—Ça ne ressemblait pas à la magie dont nous avons l'habitude... Il ne s'agissait pas d'une invocation, mais.., comment dire.., d'une construction. Sinon, nous l'aurions détectée et neutralisée. En tout cas, c'est ce que je pense. J'ai entendu parler de la magie construite, mais je ne sais pas grand-chose sur le sujet. La seule certitude, c'est que la force qui nous a attaqués était insensible à notre pouvoir.
—La magie est la magie, quel que soit le
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nom qu'on lui donne! Vous auriez dû empêcher ce massacre. C'est pour ça que vous êtes là.
—La magie construite est radicalement différente de la magie invoquée, Excellence.
—En quoi, bon sang?
—Au lieu d'utiliser le don sur l'instant, la magie construite est en somme préparée à l'avance. Elle peut être préservée pendant très longtemps - des milliers d'années, voire pour l'éternité. Le moment venu, le sort est activé et la magie se déchaîne.
—Activé par quoi? demanda Sebastian.
—D'après ce que j'ai entendu dire, par à peu près n'importe quoi... Tout dépend de la méthode de construction, si on peut appeler ça ainsi. Aucun sorcier actuel n'est capable de construire un sort comme celui qui nous a frappés. Nous ne savons pas grand-chose des sorciers de l'ancien temps et de leurs capacités, mais nous pouvons supposer qu'un sort construit est, par exemple, endormi quand il est sec et éveillé lorsqu'il est mouillé. Imaginez un engrais
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prévu pour devenir actif au moment des pluies printanières... Il peut être aussi activé par la chaleur ou un médicament contre la fièvre. La potion inclut une construction, et la fièvre l'active... Il y a des milliers d'autres possibilités. Des sorts mineurs ou au contraire des toiles de sorcier incroyablement complexes.
—Si j'ai bien compris, récapitula Jennsen, il a fallu que quelqu'un qui contrôle la magie «libère» ces cavaliers fantômes. Par exemple, un sorcier ou une magicienne...
Perdita secoua la tête.
—Ce type de magie construite existe, mais il peut aussi s'agir d'un sort extrêmement puissant maintenu en stase depuis très longtemps et activé par... Eh bien, absolument n'importe quoi, y compris du crottin de cheval!
—Sûrement pas! intervint Jagang. Un sort susceptible d'être activé par des choses de ce genre ne pourrait pas être si puissant.
—Excellence, osa objecter Perdita, dans
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le cas qui nous occupe, la taille ou l'importance apparente de la construction ou de ce qui l'active n'ont aucune signification. En d'autres termes, il n'y a pas de relation logique entre la cause et l'effet. Pour évaluer une construction magique, il n'existe pas de critères logiques.
Jagang désigna les dizaines de milliers de cadavres.
—Mais pour obtenir un effet comme celui-ci, il faut sûrement une cause hors du commun...
—L’armée de cavaliers fantômes a pu être réveillée par un sorcier qui dessinait des runes incroyablement complexes dans du sable spécial, et ce en déclamant des invocations incompréhensibles pour quiconque d'autre que lui. Mais le «détonateur peut également être un banal livre qui parle d'une importante force montée et qu'on aurait ouvert à la bonne page face à nos cavaliers - même en se tenant à des lieues d'ici.
»Pour aller encore plus loin, la simple
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peur d'une personne confrontée à une telle construction peut suffire à l'activer.
—Faut-il comprendre que n'importe qui peut réveiller par hasard un sort construit? demanda Jennsen.
—C'est ça, si le sorcier l'a voulu ainsi. C'est pour cette raison que certains de ces sorts sont si dangereux. Mais d'après mes lectures, les constructions de ce type sont très rares. Pour éviter des drames, les sorciers prévoient en principe des mécanismes de déclenchement qui demandent des connaissances magiques poussées.
—Peut-être, dit Jennsen, mais si un sorcier formé à cette complexité décide de simplifier au maximum ces mécanismes, le sort est susceptible d'être activé par quelque chose de très simple. Je me trompe?
—Non, répondit Perdita, étonnée par la vivacité d'esprit de Jennsen.
—En conséquence, dit Jagang, ces cavaliers fantômes pourraient revenir à n'importe quel moment histoire de finir de
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nous massacrer?
—Par bonheur, la réponse est «non», Excellence! D'après ce que je sais, un sort construit ne peut fonctionner qu'une fois. Quand sa mission est accomplie, il n'existe plus. C'est en partie pour ça que ces sortilèges sont rares. Depuis des millénaires, ceux qui sont activés disparaissent, et il n'y a plus de sorciers pour en créer de nouveaux.
—Pourquoi n'avons-nous jamais été confrontés à des sorts construits? demanda Sebastian, exaspéré. Et tout d'un coup, voilà que ça arrive!
Perdita foudroya du regard le jeune homme aux cheveux blancs.
Elle n'aurait jamais osé faire ça à Jagang, même si l'attaque du Palais des Inquisitrices - qu'il avait ordonnée - avait coûté la vie à plusieurs Sœurs de la Lumière.
Sans chercher à dissimuler son angoisse, la sœur désigna la forteresse du Sorcier, derrière le palais.
—Il y a des milliers de salles dans ce
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sinistre complexe, dit-elle, et beaucoup sont pleines d'artefacts maléfiques. Quand nous nous sommes arrêtés pour l'hiver, le sorcier Zorander a eu tout le temps qu'il lui fallait pour fouiller dans ces «stocks» et y trouver de quoi nous réserver de mauvaises surprises au printemps. Je frémis en pensant aux tours qu'il a encore dans son sac. Cette forteresse est imprenable depuis des millénaires.
—Pourquoi ne nous as-tu pas prévenus de tout ça? demanda Sebastian, le regard presque aussi noir que celui de l'empereur.
—Vous n'étiez pas là quand j'ai essayé...
—Tu nous as mis en garde contre beaucoup d'autres choses... qui ne nous ont jamais posé de problèmes! s'écria Jagang. Quand on livre une guerre, il faut prendre des risques et accepter d'avoir des pertes. Seuls les audacieux finissent par l'emporter.
Sebastian désigna à son tour la forteresse.
—A quoi faut-il nous attendre?
—Contre des adversaires pareils, les
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sorts construits ne sont qu'un danger parmi tant d'autres. Comme toutes les sœurs, je ne me méfiais pas vraiment de ces sortilèges, parce qu'ils sont très rares. Mais comme nous l'avons vu, un seul peut être dévastateur... Nul ne peut dire quelles autres armes magiques nous frapperont.
»Dans le Nouveau Monde, le danger est partout, Excellence, et nous sommes sans cesse pris au dépourvu. L'hiver a tué des centaines de milliers des nôtres sans que l'ennemi ait besoin de lever un doigt. Le climat nous a fait plus de tort que les batailles ou les embuscades magiques. Avions-nous prévu que le froid nous coûterait si cher? La taille de notre armée et sa force nous ont-elles protégés? Ces morts nous manqueront-ils moins sous prétexte qu'ils ont succombé à la maladie et pas à la magie? Pour eux, quelle différence cela fait-il? Et pour les survivants?
» C'est vrai, pour un soldat, vaincre parce que l'ennemi est malade n'est ni glorieux ni héroïque. Hélas, un mort est un mort! Nous sommes bien plus nombreux
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que nos adversaires, mais ça ne nous a servi à rien contre la fièvre. Un fléau bien plus grave que la magie dont nous devons vous protéger...
—Lors des batailles, grogna Sebastian, le nombre nous a valu de grandes victoires.
—Allez dire ça aux victimes de la fièvre! Le nombre ne suffit pas toujours pour gagner.
—Du bla-bla inepte! s'écria Sebastian.
—Demandez leur avis à ces malheureux, répondit Perdita en désignant les montagnes de cadavres.
—Pour gagner, il faut prendre des risques, dit Jagang, pour clore le débat. Moi, je veux savoir si nous pouvons être confrontés à d'autres sorts construits.
—Je n'en sais rien..., soupira Perdita. Le sorcier Zorander en sait probablement à peine plus long que moi sur ces sortilèges. Cette ancienne magie est mystérieuse...
—Apparemment, il s'en est très bien tiré avec les cavaliers fantômes, dit Sebastian.
—Mais c'était peut-être le seul sort qu'il a pu utiliser. Et comme je l'ai déjà dit, un
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sortilège construit ne sert jamais deux fois.
—Rien ne prouve qu'il n'a pas d'autres sorts construits à sa disposition, souligna Jennsen.
—Exact... Mais rien ne nous dit non plus qu'il ne s'agissait pas du dernier disponible! Cela posé, le sorcier peut en avoir une centaine d'autres en réserve. C'est impossible à savoir.
—En tout cas, il a utilisé celui-là pour..., commença Jagang, Il n'acheva jamais sa phrase.
Un éclair aveuglant venait de jaillir à l'horizon.
La lumière brilla avec l'intensité de celle d'un éclair normal, mais elle ne se dissipa pas, comme lors d'un banal orage.
Jennsen prit Pete et Rouquine par la bride, juste au-dessous du mors, pour les empêcher de ruer.
D'autres chevaux hennirent nerveusement.
La lumière blanche était en suspension dans le ciel juste au-dessus de l'endroit où attendait le gros de l'armée.
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Impressionnés par cette lueur d'une incroyable pureté, des centaines de soldats se jetèrent à genoux.
La lumière grandissait, dévalait les collines et se reflétait sur les flancs des montagnes environnantes.
Puis Jennsen entendit enfin un formidable roulement de tonnerre qui se répercuta jusque dans sa poitrine. Le sol trembla sous ses pieds et le roulement de tonnerre devint un rugissement de rage.
Un dôme noir se forma dans l'océan de lumière. À cette distance, comprit Jennsen, ce qu'elle prenait pour de la poussière devait en réalité être des débris de la taille d'un arbre.
Ou d'un chariot...
Le dôme noir grandit, occultant bientôt toute la lumière. Dans la masse obscure, Jennsen distingua des ondulations comme celles qu'on produit en jetant un caillou dans une mare.
Sous les veux des guerriers de l'Ordre pétrifiés, une bourrasque charriant de la poussière et du sable balaya la colline où
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gisaient les cavaliers.
L'onde de choc d'une lointaine explosion, assez puissante pour arracher des branches aux arbres et renverser des rochers.
Presque tous les chevaux paniquèrent et presque tous les guerriers se jetèrent à plat ventre pour se protéger de ce qui risquait d'arriver encore.
Tandis que les soudards de l'Ordre récitaient des prières au Créateur apprises durant leur enfance, Jennsen mit une main en visière et regarda le phénomène jusqu'au bout.
—Par les esprits du bien! dit-elle quand le calme fut revenu, qu'est-ce que c'était?
—Une toile de lumière, répondit Perdita, blanche comme un linge.
—Impossible! rugit Jagang. Des sœurs sont justement avec l'armée pour neutraliser les sorts de ce type.
Perdita ne fit aucun commentaire.
—D'après ce que j'ai entendu dire, fit Sebastian, qui semblait souffrir de plus en plus, une toile de lumière ne peut pas faire autant de dégâts que ça... Détruire un
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bâtiment, peut-être, mais au-delà...
Perdita ne desserra pas les lèvres. Une façon de souligner que ces ouï-dire n’avaient aucune valeur...
Jennsen prit la bride des deux chevaux dans une seule main et posa l'autre sur l'épaule de son compagnon. Désespérée de le voir souffrir, elle aurait voulu qu'il soit dans un endroit sûr où on aurait pu s'occuper de le guérir. D'après ce qu'avaient dit les sœurs, sa blessure était grave, et il y aurait besoin de magie pour le soigner.
—Une toile de lumière..., murmura Jagang. Comment est-ce possible? Il n'y a aucun ennemi dans le coin, à part un sorcier et une magicienne.
—C'est suffisant, dit Perdita. Pour lancer un sort, point n'est besoin de troupes! Je vous avais prévenu que quelque chose clochait, Excellence. Avec la forteresse à sa disposition, un seul sorcier peut tenir tète à une armée - même la nôtre, j'en ai peur.
—Comme une petite force qui défend un col de montagne? demanda Sebastian.
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—C'est ça, oui...
—Bref, le vieux sorcier squelettique dont vous m'avez parlé peut être responsable de tout ça? lança Jagang.
—Ce «vieux sorcier squelettique», comme vous dites, répondit Perdita, a réussi l'impossible. Non content d'avoir déniché une toile de lumière vieille de plusieurs milliers d'années, il est parvenu à l'activer.
—Créateur bien-aimé..., soupira l'empereur. Cette lumière a jailli exactement à l'endroit où était notre armée. Mais nous avons des défenses magiques! Comment l'ennemi a-t-il pu les prendre en défaut?
Perdita baissa humblement les yeux.
—Je ne peux pas le dire, Excellence... Il y a tant de possibilités. Par exemple, une banale boîte contenant le sortilège et débarrassée de ses protections les plus complexes. Il aura suffi qu'un homme la découvre et trouve malin de l'ouvrir pour voir ce qu'il y avait dedans... Le piège peut également être beaucoup plus compliqué
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que ça, et dépasser notre imagination. Nous ne le saurons jamais, parce que l'élément déclencheur est parti en poussière avec tour le reste...
—Excellence, dit Sebastian, je propose que nous battions en retraite avec les vestiges de l'armée, s'il en reste quelque chose. (Il grimaça de douleur.) Si l'ennemi dispose de telles défenses, prendre la forteresse est probablement impossible malgré l'importance de nos propres forces magiques.
—Nous devons investir la forteresse! s'écria Jagang.
Sebastian tituba, attendit que la douleur cesse et répliqua:
—Excellence, si nous perdons toute l'armée, le seigneur Rahl triomphera. C'est aussi simple que ça. Aydindril ne vaut pas le prix qu'elle risque de nous coûter. Il vaut mieux battre en retraite et lutter un autre jour, selon nos conditions. Le temps est notre allié, pas celui de nos adversaires.
Bouillant de rage, mais encore capable de réfléchir, Jagang regarda de nouveau le
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dôme noir. Combien de soldats étaient déjà morts? Et combien périraient encore s'il n'écoutait pas son stratège?
—C'est l'œuvre du seigneur Rahl, murmura-t-il. Ce chien doit mourir. Au nom du Créateur, quelqu'un doit l'exécuter. Jennsen hocha la tête.
Elle seule était en mesure d'éliminer le monstre. Et elle ne se déroberait pas...
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